Membre originel de At The Drive In, Jim Ward, un artiste authentique et chevronné, a pris son temps pour donner une suite à l’histoire de Sparta. Retour avec lui sur la genèse du nouvel album, mais sans volonté de  parler de qui vous savez. [Entretien avec Jim Ward (chant, guitare) par Norman Garcia – Photo : Ivan Pierre Aguirre]

Vous êtes de retour 14 ans après la sortie de Threes en 2006. Pourquoi avoir attendu autant de temps pour réaliser Trust the River ?
Je ne suis pas interessé par la routine et le schéma écriture/enregistrement/répetition/tournée. Je veux vivre ma vie à ma façon, donc certaines fois ça prend plus de temps de refaire un disque. Le moment de faire Trust the River n’était pas encore arrivé. J’ai fait beaucoup plein d’autres trucs entre 2006 et maintenant, c’est juste que ça ne portait pas le nom de Sparta.

Considères-tu Trust the River comme la suite logique de Threes, ou au contraire penses-tu qu’il s’est écoulé trop de temps entre les deux albums  ?
Je pense que Trust the River correspond à l’évolution naturelle  de ma façon de composer. La chanson « Believe » a été écrite il y a 10 ans, donc il y a des éléments de l’album qui ont été tout le temps avec moi,  c’est comme si  mes chansons avait été horodatées au moment de leur enregistrement.

Dis-en nous plus sur votre méthode de composition. A-t-elle changé avec le temps ?
J’ai toujours écrit seul puis apporté le résultat au groupe. Je ne suis pas là à essayer de mélanger mes chansons avec les idées des autres. J’écris quasiment tout et le montre à Matt et Cully, et on enregistre. Bon, j’ajoute leurs  idées si je pense que c’est nécessaire ou que cela semble fun. Matt procède de la même façon, il a par exemple entièrement composé la chanson « Empty House » – avec mes paroles et mon idée de mélodie – mais la musique est entièrement de son fait, j’ai juste joué ses parties de guitare sur le disque.

Votre son et votre nouvel album me rappelle les groupes de rock alternatif des années 90. Es-tu nostalgique de cette période ?
J’ai vieilli donc je suis certain que c’est inscrit dans mon sang. Ce n’est pas fait exprès mais c’est comme ça.

On peut noter un côté mélancolique dans des chansons comme « Dead End Sings » et « Empty House ». Peux-tu nous expliquer d’où il vient ?
J’écris toujours dans des endroits sombres, je suis quelqu’un de sombre mais plutôt optimiste, c’est comme ça que je suis, et parfois la mélancolie l’emporte sur l’espoir.

Pour finir, un mot concernant la guest sur le titre teinté de folk « Spirit Away » ?
Nicole Fargo est une musicienne et enseignante d’El Paso. Nous avons chanté ensemble sur mes projets solo et Sleepercar. Elle est juste fantastique, je lui ai donné la chanson sans les parties prévues pour des paroles féminines, et lui ai demandé de les écrire, en pensant à ce que pouvait ressentir le personnage. Le résultat est incontestablement réussi.

Sparta
Trust the River
Rock alternatif
Dine Alone Records
3,5/5

Il est important de commencer par prévenir les fans  de At The Drive In : ici, il est question de rock plutôt de bonne facture, mais loin des folies auxquelles nous a habitués ATDI. A part quelques rares titres où le sieur Ward s’autorise à s’égosiller (le très bon « Class Blue », « No One Can Be Nowhere »), Trust the River présente une poignée de titres efficaces (« Cat Scream »), agréables à l’écoute (« Empty House », « Believe »), mais parfois trop prévisibles ou sans relief (« Graveyard Luck », le dépressif  « Dead and Sing »). En bref, Trust the River est un album empli de sincérité, mais  qui présente un certain manque d’originalité. [Norman Garcia]