STRYPER
Vade Retro Satanas !

Les hard-rockers chrétiens bousculent une nouvelle fois avec assurance les préjugés grâce à un album à mi-chemin entre génie artistique et « hérésie » musicale ! Mais que cache donc le titre choc : God Damn Evil ? 

[Entretien avec Michael Sweet (chant, guitare) par Philippe Saintes  photo : Alex Solca]

Photo taken in LAs Vegas  on 01/30/18.

Photo taken in LAs Vegas on 01/30/18.

Voilà un disque surprise. Les critiques qui ont suivi la sortie de God Damn Evil ont été élogieuses. Même des metallistes endurcis ont apprécié votre travail.
Nous avons donné le meilleur de nous-même pour cet album et les retours sont effectivement très positifs. Il a été bien accueilli par nos fans mais également par des inconditionnels de Judas Priest ou de Slayer, comme j’ai pu le constater sur le web et les réseaux sociaux. J’en suis très fier, car je suis moi-même un grand admirateur de Rob Halford et de Judas Priest. Si un témoignage doit rester, ce sont les mots et sensations du public.

« Take It To The Cross » est le morceau le plus ‘endiablé’ de l’album en raison notamment des grognements death metal de Matt Bachand (Shadows FallAct Of Defiance). Peux-tu nous en dire plus sur cette collaboration. 
Matt est un artiste passionné originaire comme moi du Massachusetts. Il habite à 10 minutes du studio d’enregistrement. Il était disponible et en une demi-heure, il a bouclé sa partie vocale. Matt était une évidence pour cette chanson, car il a un timbre guttural incroyable. Il faut une technique vocale particulière pour cela. Ce n’est pas du tout mon style !

35 années d’existence, ça donne la liberté de composer ce qui vous tient à cœur, quitte à désorienter votre public ?
Oui ! Mais quoi qu’il en soit, tu dois aussi garder ton cap pour ne pas décevoir les fans. L’album a un côté heavy et rapide, mais on trouve aussi des chansons mid-tempo comme « The Valley », « Sorry », ou « Lost », des titres à la fois mélodiques et puissants, qui sont selon moi les meilleurs de l’album. Ces chansons épiques rappellent la glorieuse époque de Stryper entre 1986 et 1988. Nous les avons d’ailleurs intégrées dans la set-list. Musicalement et artistiquement, il ne faut jamais oublier son héritage, pourquoi on a eu envie de faire ça un jour, pourquoi des gens continuent à écouter ton travail. Je crois que nous avons réussi la fusion entre deux styles, l’ancien et le moderne. Il n’y a pas d’opportunisme. J’aime beaucoup ce disque, car le son est très naturel. Les compositions ont été terminées en une dizaine de jours. Nous n’avons fait aucune démo, préférant nous focaliser sur l’élaboration des bandes finales. Il n’y a pas eu plus de deux ou trois prises par morceau, en studio.

Il y a eu une brève polémique à propos du titre « God Damn Evil » aux Etats-Unis. La chaîne de distribution Walmart a décidé de retirer l’album de la vente. Visiblement, les responsables de cette boîte n’ont pas pris la peine d’écouter ou de lire les paroles. Il s’agit clairement d’une déclaration de foi et non d’un juron. Dès lors, quel est le problème ?
Je n’en sais rien, à vrai dire. C’est une bonne question. Certaines personnes ont besoin de créer le problème là où il n’y en n’a pas. C’est typique de notre société. Ce n’est pas du racolage. Nous sommes attachés à des convictions et nous sommes très à l’aise avec cela, parce que la musique ne sert pas qu’à se changer les idées ou à danser. C’est aussi un moyen de communiquer. Stryper a souvent utilisé des titres forts pour ses albums : To Hell With The Devil », In God We Trust, Murder By Pride, c’est dans notre nature. « God Damn Evil » littéralement « Dieu damne le mal ») invite les individus à demander à Dieu de mettre fin à la haine et à la violence qui gangrènent le monde. C’est une à la fois une prière et un hymne ! Lorsque nous jouons cette chanson en concert, le public se déchaîne. Je n’ai pas de mots pour décrire le plaisir et les émotions que celui-ci ressent.

Quel a été le rôle de Robert (Sweet, batteur) et de Oz (Fox, guitariste) sur cet album ?
Ils ont collaboré à l’écriture de certains morceaux et Robert a trouvé le titre de l’album. J’ai toujours composé la majorité des titres au sein de Stryper tout simplement parce que c’est mon rôle. Robert a peut-être co-écrit une dizaine de chansons sur les 200 de notre catalogue. L’écriture est quelque chose qui vient facilement chez moi. Créer une chanson me prend généralement deux heures. J’imagine le groove puis le riff et ensuite je trouve les paroles et la mélodie et c’est terminé. Cela me vient naturellement !

Photo taken in Las Vegas on 01/31/18.

Photo taken in Las Vegas on 01/31/18.

Considères-tu que Stryper a encore des choses à dire après un tel album ?
Bien sûr, car le groupe regarde toujours vers l’avant. On m’a dit plusieurs fois que nous ne pourrions pas réaliser un album plus fort que No More Hell To Pay ! Pourtant, on l’a fait avec Fallen en 2015 et maintenant God Damn Evil. Notre secret ? Celui d’être animé par la passion. Pour moi, chaque nouvel album doit être supérieur au précédent.

La lyric vidéo de « Take It To The Cross » vaut le coup d’œil, elle semble directement inspirée des jeux vidéos. La réalisation est très réussie.
C’était le single idéal pour présenter l’album. La vidéo a été conçue par Wayne Joyner, un grand spécialiste en matière de multimédia et d’images de synthèse. Je trouve l’animation vraiment intéressante. Wayne a fait un travail remarquable. Cela ressemble davantage à un clip musical qu’à une simple vidéo avec lyrics.

Au niveau de l’artwork, vous avez choisi de confier le travail à un certain Stanis Dekker qui avait réalisé les pochettes des deux précédents albums, No More Hell To Pay et Fallen.
Absolument, il s’agit d’un artiste français. Si tu regardes d’un peu plus près les trois images en les plaçant l’une à côté de l’autre, tu constateras qu’il s’agit d’une trilogie. Il y a une similarité au niveau de la technique, du graphisme, des couleurs, des détails. Stan est un passionné qui est également fan du groupe. Cela se voit, car il restitue à merveille l’univers de Stryper grâce à ses illustrations.

Une nouvelle fois, Stryper est le grand absent des principaux festivals Metal de l’été en Europe…
Sur le plan de la logistique et financièrement, c’est très compliqué de jouer en Europe. Par ailleurs, certains organisateurs préfèrent nous éviter pour ne pas être estampillés de l’appellation « chrétien ». Je ne mets pas tout le monde dans le même sac puisque le groupe est invité au Rock Fest de Barcelone, le 7 juillet prochain. Ensuite, nous nous envolerons vers l’Australie et le Japon.

Quels sont tes plans et projets futurs ?
J’ai signé un deal avec le label Rat Pack pour un nouveau disque solo. Ensuite, je vais enchaîner avec un album en duo avec Joel Hoekstra (Whitesnake). L’enregistrement commencera au mois de janvier 2019. J’imagine que le prochain Stryper sortira fin 2019 ou début 2020. Il y aura entre-temps la commercialisation d’un album acoustique qui a déjà été enregistré, mais aussi d’un documentaire sur le groupe. Enfin, il y a toujours une probabilité de voir un troisième Sweet-Lynch. J’espère pouvoir continuer notre collaboration. George (Lynch) désire faire un album concept sur la chrétienté, mais ça ne me botte pas car nous avons des divergences sur le sujet. Et puis, nous n’avons jamais pu défendre sur scène les deux premiers albums. Sans tournée, ce projet deviendrait superflu pour moi !