Mené par le prometteur batteur Max Portnoy (fils de qui vous savez), Tallah revient sur le devant de la scène avec son premier album, Matriphagy (qui vient succéder à son EP No One Should Read This sorti en 2018). Tallah, c’est aussi Justin Bonitz, chanteur et nouvelle sensation YouTube, pour lequel le Néo Métal n’a jamais été un genre sur le point de mourir… [Entretien avec Justin B. (chant) par Norman Garcia – Photos : Richard Valley]

Avec Matriphagy, n’as-tu pas le sentiment de ressusciter le mouvement Néo Métal ?
Je ne suis pas certain que soyons en train de revigorer le genre. À mes yeux, le neo metal n’a jamais disparu. Qu’il soit mort impliquerait que plus personne n’écoute ce style de musique. Pour moi, tout le monde a toujours aimé le neo metal, mais certains ont arrêté de le faire parce que peut-être que d’autres genres leur paraissaient plus attirants, ou peut-être qu’il est vraiment mort et que je vis juste dans l’ignorance ! Quoi qu’il en soit, Tallah a réussi à mélanger neo metal et hardcore, et les gens semblent apprécier notre musique. 

Matriphagy est un concept-album, ce qui n’est pas commun pour le style…
L’idée de faire un concept album me revient. Avant que Tallah ne vienne me chercher, je faisais des projets en solo dans mon studio. J’ai cinq projets en cours, et chacun est composé de différents concept-albums. J’adore juste écrire et raconter des histoires, au lieu d’écrire sur n’importe quoi. Cela donne aux gens une échappatoire. Matriphagy parle d’un homme avec une mère autoritaire. Elle l’a gardé enfermé pendant plus de vingt ans, il n’a jamais vu la lumière du jour et il est impatient de sortir avant de perdre sa lucidité. L’album évoque juste ça : est-ce qu’il sort ou est-ce qu’il devient fou ?

Korn et Slipknot sont cités comme vos principales influences, mais je suis sûr que vous en avez d’autres, et des surprenantes, non ?
Nous avons une tonne d’influences individuelles, ainsi que des influences de groupe, comme Korn, Slipknot, Linkin Park, Code Orange, Knocked Loose, Suicide Silence et System Of A Down. Personnellement, mes plus grandes influences sont Disillusion, Mariah Carey (!?), Days Of The New, Fuel, A Perfect Circle, Shakira (!?), Tommy Lee Sparta, les vilains de Disney, et bien d’autres encore.

Es-tu le seul à écrire les paroles, et arrives-tu à les faire accepter par tout le groupe ?
Oui, j’écris toutes les paroles et les mélodies vocales. C’était une de mes conditions, quand Tallah m’a demandé de les rejoindre. Je leur ai dit : « J’ai besoin de contrôler à 100 % ma voix et mes paroles, et cela ne doit pas interférer avec mes projets solo. » Jusqu’à présent, les deux conditions ont été remplies. D’après ce qu’ils m’ont dit, le groupe adore mes paroles, mes concepts, et n’a jamais eu de problèmes avec les sujets sur lesquels j’écris. De la façon dont je vois les choses, je ne dirais jamais à Max comment jouer de la batterie, je ne dirais pas à Cooper comment jouer de la basse, je ne dirais pas à Derrick comment jouer de la guitare, alors pourquoi devraient-ils le faire avec moi ? Quand il s’agit de chant et de paroles, je suis vraiment mal à l’aise lorsque je dois chanter les mots de quelqu’un d’autre. Je me dis : « Ce ne sont pas mes mots, donc je ne peux pas me les approprier. » À l’exception des reprises, si je veux tout donner, les paroles doivent venir de mon cœur et m’appartenir.

Qui écrit les chansons, et comment travaillez-vous sur leur conception ?
La plupart du temps, Max s’occupe de tous les instruments. Il arrive avec les idées de base et me les envoie. Je pose mes paroles et ma voix par-dessus, et de temps en temps je peux me dire : « Hey, je ne ressens pas cette partie. C’est difficile d’écrire là-dessus. » Max et moi trouvons alors ce qui cloche, et, ensuite, il va faire des ajustements, que ce soit en accélérant quelque chose, le ralentissant, ou même réécrivant une partie, mais c’est rare. C’est un compositeur fantastique, donc, la plupart du temps, son intuition le conduit dans la bonne direction. Une fois que mes vocaux sont faits, il envoie les démos à Cooper et Derrick. Lorsqu’il s’agit de prendre des décisions, nous agissons comme une démocratie, mais Max en est le président ! Il est l’épine dorsale du groupe et le gars à l’origine du groupe.

Pourquoi avoir choisi Josh Schroeder comme producteur ?
Nous avons choisi Josh parce que nous avons adoré son travail avec Varials et King 810. C’est un grand producteur, mais c’est aussi un ingénieur incroyable. Il nous a donné exactement ce que nous voulions et bien plus. Il était très favorable à nos envies d’expérimentations. De plus, il avait tous les outils et toutes les connaissances nécessaires pour que ça sonne comme nous l’avions entendu dans nos têtes. Cerise sur le gâteau, il est facile de travailler avec lui, mais, plus important, il n’avait pas peur de nous dire quand nous allions trop loin et quand quelque chose ne pouvait pas fonctionner. Il nous a aussi donné toutes sortes de tuyaux sur l’enregistrement d’un album. Dans l’ensemble, nous avions le sentiment qu’il serait celui qui prendrait ces chansons et les rendrait encore meilleures. Et nous n’avions pas tort.

La question qui fâche : n’est-ce pas frustrant d’être présenté comme le groupe du fils de Mike Portnoy ?
Non, ça n’a jamais été un problème. Son père est l’un des meilleurs batteurs du monde, et quand Max a décidé de suivre ces traces, il a bien compris dans quoi il s’embarquait. Max est technique, rapide, agressif et c’est un showman. Je suis sûr qu’il y a des gens qui disent des choses comme : « Tallah devient seulement populaire à cause du père de Max », mais ces gens ont tort. Nous nous sommes battus, nous avons joué dans des petites salles et les deux dernières années n’ont pas été faciles pour nous. Bien sûr, son père nous soutient, mais l’attention que nous recevons est uniquement due à notre musique et à notre show. Max s’est donné beaucoup de mal pour trouver tous les membres du groupe. Je pense que les gens aiment ce que nous apportons à la communauté du Métal.

Une question plus fun, dirons-nous : penses-tu continuer à escalader les échafaudages et autres structures scéniques lors de vos concerts ?
Non, après m’être fait arrêter, j’ai arrêté de grimper sur ces trucs. Ce n’est plus drôle pour moi. Je suis sûr que je pourrais continuer à demander la permission aux propriétaires de lieux, mais ce n’est tout simplement plus mon trip. Je trouve d’autres choses folles et théâtrales à faire sur scène maintenant. Évidemment, je me soucie toujours beaucoup de notre prestation scénique, mais me faire arrêter m’a ouvert les yeux et je suis le genre de personne qui peut comprendre ce genre de signes.

Un dernier mot peut-être ?
Eh bien, nous espérons vraiment que les gens aimeront Matriphagy et viendront nous voir jouer. Chaque concert est une occasion pour nous de regarder en arrière et de dire : « D’accord, qu’est-ce qui a fonctionné et qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? Que devrions-nous faire de plus et de moins ? Où étions-nous faibles et où étions-nous forts ? Sur quoi devons-nous nous concentrer ? » Nous encourageons les gens à nous filmer et à publier leurs vidéos en ligne, parce que nous aimons pouvoir visionner nos performances. Cela nous aide à nous améliorer tout en nous fournissant des souvenirs.

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