THE NECROMANCERS

Clair-obscur démoniaque

Depuis la sortie de son dernier album, « Of Blood And Wine », THE NECROMANCERS n’a cessé de tourner avec, en point d’orgue de ses concerts, un passage remarqué au ‘HellFest’. Retour sur ces derniers mois et l’évolution scénique du quatuor de Poitiers. [Entretien avec Tom (chanteur et guitariste) par François Alaouret – Photo : DR].

Avant de parler de votre tournée et de vos récents concerts, revenons sur « Of Blood And Wine ». Quel regard portez-vous sur ce second album, un peu plus d’an après sa sortie ?
À sa sortie, l’album a reçu d’excellentes critiques journalistiques et spécialisées. Je crois que ce qui ressortait le plus c’était l’ouverture à d’autres styles, et le fait de ne pas tomber dans une redite du premier album. L’album apparaissait aussi plus travaillé, plus complet et le son plus maîtrisé. Là où le premier album était plus brut, plus « rentre-dedans », le deuxième prend plus le temps d’exploiter nos différentes influences musicales, laisse aussi plus de place à l’installation d’ambiance et d’expérimentations. Ça reste du Heavy-Rock, mais on voulait vraiment intégrer d’autres éléments à notre musique. Visiblement, ça a produit l’effet escompté et, avec un an de recul maintenant, on est vraiment heureux d’avoir fait ce choix de rester libres et de ne pas se cantonner à ce qu’on avait fait dans le premier. Le fait de travailler autour d’une thématique précise (ici le mythe du vampire, la luxure, la soif de sang, etc…) a aussi été très bien perçue et reçue par le public, et c’est très agréable en tant qu’artiste.

Est-ce que le fait de l’avoir joué à de nombreuses reprises sur scène a donné lieu à de
nouveaux arrangements sur certains morceaux ?
Les morceaux sont globalement assez semblables mais, bien évidemment, la scène apporte son lot de petites modifications et de mises-en-place. L’énergie est toute autre et, notamment en ce qui concerne la voix, laisse plus de place à la liberté d’interprétation. J’aime à croire que les morceaux prennent une toute autre ampleur en live, et que le public apprécie ça.

Grâce à des aspects Doom et parfois même Blues, votre Heavy Metal propose des reliefs assez sombres et une atmosphère occasionnellement pesantes. De quelle manière cela se concrétise-t-il sur scène ? Y ajoutez-vous une théâtralité particulière via un jeu de scène et de lights très travaillé ?
Comme les morceaux évoluent avec le live, forcément quelque chose de nouveau s’en dégage. On aime beaucoup jouer avec la notion de clair/obscur dans notre musique, et ça prend tout son sens sur scène. On alterne les passages très stoïques et très froids face au public sur les passages plus « Doom » ou lourds en général, alors que les moments plus énergiques et « dansants » sont l’occasion de laisser l’énergie exploser et de galvaniser les gens. Au niveau de l’ambiance visuelle sur scène, on travaille généralement sur des teintes rouges et bleues avec des lumières assez dynamiques et l’utilisation de strobes, par exemple. Il y a aussi des passages proches d’un discours, ou d’une voix « parlée » dans certains de nos morceaux ce qui me permet, en tant que chanteur, d’être en contact direct avec les gens, de les fixer et de les défier du regard. Comme on aime à le dire, avec ce groupe, on raconte des histoires au public, des histoires qui finissent mal ! Et il est important que les gens se sentent transportés dans ces histoires et soient immédiatement plongés dans l’ambiance. Notre backdrop, tiré du Gatefold de notre deuxième album (réalisé par nos amis de Vaderetro) aide aussi beaucoup les gens à s’immerger dans l’univers du groupe, en rappelant les vitraux d’une cathédrale démoniaque.

Vous avez ouvert le dernier « Hellfest » dans la ‘Valley’. J’imagine que vous en gardez un très bon moment souvenir ? Comment se prépare-t-on à un set si court, et à la fois très important ?
Oui, le ‘HellFest’ restera un souvenir marquant pour le groupe, évidemment. C’était une date particulière pour nous et on était très curieux de voir comment allait réagir un public aussi nombreux. On a très vite prit la décision de prendre le risque d’inclure au set « Erzebeth », un morceau de notre deuxième album, qui représentait quasiment à lui tout seul la moitié du set. Mais on ne s’imaginait pas ne pas le jouer dans de telles conditions, il devait y être !
La setlist s’est donc articulée autour de trois morceaux : « Salem Girl Pt.1 », « Erzebeth » et « Black Marble House ». Le premier et le dernier morceau sont très appréciés du public, qui les connait en général très bien, c’était donc obligatoire des les incorporer à notre set. Pour ce qui est de la préparation en amont, j’ai envie de dire qu’on a fait comme à notre habitude. On a travaillé et on s’est lancé. L’accueil a été plus que positif, c’était très gratifiant de voir autant de gens présents si tôt pour nous voir (le groupe a joué en matinée – NDR).

Ce concert à Clisson a bien sûr été scruté et a beaucoup fait parler. Quels retours en avez-vous reçu, et cela a-t-il engendré des changements ou des ajustements scéniques par la suite ?
En effet, ce serait mentir que de dire qu’on ne nous en a pas parlé ! Ça a permis au groupe de se faire connaitre d’un public plus large et d’affirmer sa place dans la scène actuelle. C’est un peu comme si on avait prouvé aux gens notre valeur en quelques sortes, qu’on méritait effectivement notre place. Mais le concert nous a surtout permis, comme tu le dis, de réfléchir au chemin parcouru et de savoir vers où on voulait se diriger ensuite. On est actuellement entrain de travailler sur le futur du groupe et beaucoup de choses ont été décidées suite à ce concert en particulier. On prend en compte maintenant de nouveaux paramètres, et on a aussi de nouvelles envies autant scéniques que musicales.

Depuis, vous multipliez les dates et vous avez notamment joué avec Belzebong. Dans quel état d’esprit enchaînez-vous les prestations, et enfin pensez-vous déjà à votre troisième album ?
Alors, le ‘Hellfest’ était la dernière date de notre dernière tournée européenne pour le coup, qui s’est passé en majorité en ouverture de Belzebong, en effet. Depuis le premier album, on a beaucoup tourné en Europe avec le groupe, et je crois que c’est grâce à ça qu’on a avancé.
Certains moments ont été compliqués, évidemment, mais on a toujours eu la chance d’avoir une équipe soudée et motivée avec nous. On a donc beaucoup appris, et assez vite au final. Quand on est sur la route, on a tendance à oublier tout le reste, nos vies personnelles restent à la maison et ce sont vraiment des moments « hors du temps », où seuls comptent le groupe, le public et les prestations. Je pense vraiment qu’on y a très vite pris goût et les tournées nous manquent en général assez vite. Maintenant, on a fait le choix pour début 2020 de ralentir un peu le rythme des concerts pour pouvoir tout assimiler, et se remettre à la composition d’un nouvel opus, forts de toutes nos expériences depuis maintenant presque trois ans. Donc, oui, on travaille effectivement sur un troisième album à l’heure actuelle. Et on a plutôt hâte.

THE NECROMANCERS

Of Blood And Wine

Ripple Music

Metal

★★★★☆


Découverts sous la Valley du Hellfest 2019 le temps de trois (longs) morceaux, « Salem Girl Part 1 », « Erzebeth » et « Black Marble House », les Poitevins de The Necromancers ont sorti deux albums, Servents Of The Salem Girl (2017) et Of Blood And Wine (2018) chez Ripple Music, label californien de rock seventies viriliste qui réédite aujourd’hui ce dernier. Contrairement à son prédécesseur, Of Blood And Wine a été travaillé sur quelques mois seulement, entre deux tournées européennes avec Monkey 3 et Belzebong, autour d’une thématique bien précise : celle des créatures de la nuit. Et de la luxure associée. Ainsi, « Erzebeth » et « Secular Lord » sont-elles des relectures très libres des mythes de la comtesse Bathory et de Vlad l’Empaleur… Deux âmes noircies, reflet des passions humaines exacerbées en périodes troublées (XV et XVIème siècles). Sur « Lust », morceau d’ambiance écrit d’une traite, c’est Marie Besiat, la Salem Girl des clips du premier album, qui vient prêter main forte aux voix. Cette tentative de redynamiser le heavy metal mélodique, classique sans être anachronique, est la plus réussie depuis que Tobias Forge a enfilé sa mitre dans Ghost. Il exsude même d’Of Blood And Wine un parfum d’originalité, comme si The Necromancers était dépositaire de ce son. [Jean- Christophe Baugé]

THE NECROMANCERS : Clair-obscur démoniaque

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