THE SMASHING PUMPKINS
Cyr
Pop/Electro
Sumerian Rec./WMG

Halloween a beau être passé, Les Eclatantes Citrouilles de Chicago font malgré tout de la résistance depuis leur reformation scénique en 2018, et à présent discographique avec ce nouvel et douzième album en 2020 (si l’on exclut la compilation de titres inédits Pisces Iscariot que le groupe ne considère pas comme tel tout comme les fans). Sur ce double album (format généreux souvent adopté par le groupe) simplement baptisé Cyr, Billy Corgan semble revenir à son prime amour de jeunesse, c’est-à-dire la Pop/Rock mélodique teintée de sonorités new-wave héritées des années 80 comme à l’époque de son tout premier opus Gish (Hut/1991) et des chansons comme « Snail« … aux influences psyché sauf qu’aujourd’hui les guitares ont totalement disparu ?! Si The Smashing Pumpkins intégrèrent rapidement dans leur ADN musical des influences Rock plus musclées, voire Heavy Metal, sur l’album suivant, le classique Siamese Dream, qui fit alors éclater le groupe sur la scène Rock Grunge internationale en plein boom, près de vingt-huit ans plus tard, le fameux groupe de Rock américain donne donc dans une Pop/électro sage et sucrée contemporaine aux mélodies savamment composées et orchestrées par le leader chauve. Cet aparté du passé étant fait et si l’on ne regarde pas trop dans le rétroviseur, Cyr peut apparaître comme un album tout à fait honorable pour ceux qui aiment la Pop électronique, douce mais rythmée, où l’on reconnaît tout le savoir-faire du compositeur Billy Corgan (guitare/chant/claviers). On sait que l’artiste déborde de créativité et a toujours aimé innover, n’ayant pas peur expérimenter pour sortir le tapis rouge et les grands moyens comme sur le chef d’œuvre Mellon Collie and the Infinite Sadness (1995). Sur Cyr, chaque nouveau titre attire et donne tout simplement envie de danser, tantôt sur un rythme endiablé (la chanson-titre taillée pour les dance floors quand ils rouvriront, « Anno Satana »…) ou bien très souvent dans une ambiance cosy et lounge (« Ramona », « Black Forest Black Hills »).

Mais sincèrement on se demande où est passée cette nostalgique dualité qui caractérisait tant les Pumpkins avec cette voix fragile de son chanteur entre les riffs de guitares rageuses et la batterie jadis appuyée de l’ex-joueur de jazz et fidèle lieutenant Jimmy Chamberlin comme à la bonne époque de « Cherub Rock » ?!. Même si James Iha (A Perfect Circle) et son ex-remplaçant Jeff Schroeder (The Lassie Foundation) qui lui amène quelques touches shoegaze par endroit, conjuguent tous deux leurs guitares sur le papier, on compte sur les doigts d’une main les rares parties où l’on entend véritablement leur six cordes, qu’elles soient électriques (« Wyttch ») ou acoustiques (« Ramona »), au profit toujours de ces synthés léchés et dansants (« The Hidden Sun »), presque trop faciles à créer sur n’importe quel clavier Roland actuel avec quelques boucles en prime (« Minerva »)…

Un peu perdu, on s’interroge alors dans tout ça s’il s’agit bien du Smashing Pumpkins d’antan ici. Où sont les guitares Rock ? Où est donc passé le grand guitariste (plus connu pour sa taille que par sa technique même si c’est un excellent riffeur), lui qui a toujours mis au premier plan son instrument au côté de son chant, et ne jurait que par sa gratte Fender lors de la préparation de ce nouveau disque il y a un peu plus d’un an déjà ?!

Une chose est sûre, la voix de grand ado de Corgan rassure et n’a cependant pas changé sur Cyr méritant le respect après toutes ces années. A noter que sur cette cuvée 2020, seul l’ex-bassiste D’arcy Wretzky manque à l’appel dans le line-up originel de formation sur ce disque long (20 morceaux) mais quelque peu répétitif. Peut-être que la présence de l’autre dame de The Smashing Pumpkins, la talentueuse artiste canadienne Melissa Auf der Maur, aurait été requise en tant qu’invitée afin d’apporter une pincée de Heavy/Rock comme elle sait si admirablement le faire (en solo ou avec Hand of Doom), elle qui ne fit que passer, certes, en 1999-2000 au sein du célèbre quatuor. Mine de rien, nos Citrouilles ont fêté leurs trente-deux ans de carrière cette année (entrecoupées de quelques années de breaks) et semble s’être un peu trop assagi sur Cyr qui fera probablement fuir les vieux fans adeptes de Rock alternatif qui préféreront alors spéculer sur une reformation de Zwan, le side-project de Billy Corgan, Jimmy Chamberlin, James Iha et de la bassiste argentine Paz Lenchantin en espérant une suite à leur unique et premier essai Mary Star of the Sea. Fantasme ou nostalgie, quand tu nous tiens ! Peu importe, jetez tout de même une oreille à ce disque plaisant mais pas du tout Rock… [Seigneur Fred]