Alors qu’Israël connait actuellement sa seconde vague et se retrouve une nouvelle fois confiné à cause de cette satanée pandémie qui bouleverse bien des programmes, cela n’a pas arrêté la formation israélienne de sortir enfin son premier album après presque vingt-ans d’existence ! D’abord formé sous le nom de Moonskin en 2002, Tomorrow’s Rain intègre plusieurs artistes issus de formations dont vous avez certainement entendu parler dans le passé (Salem, Nail Within, Distorted pour l’essentiel) et évolue dans un registre Dark/Doom Metal aux influences Gothic sur son premier essai où l’on retrouve pléthore d’invités de renom caractérisant les racines de ce jeune sextet finalement déjà âgé de dix-huit ans. Acteur important et artiste reconnu sur la scène musicale de Tel Aviv, son chanteur nous a raconté la longue et difficile genèse de Hollow où l’on retrouve donc moult invités qui lui ont permis d’exprimer ses sentiments emplis de mélancolie avec différentes couleurs vocales et textures de guitares pour un résultat très professionnel et qui reste cependant très personnel.  [Entretien avec Yishai Sweartz (chant) par Seigneur Fred – Photos : DR]

TOMORROW’S RAIN

Comment allez-vous personnellement en Israël dans ce contexte d’épidémie de Covid-19 (NDLR : entretien réalisé en août, avant que le pays rentre de nouveau dans un second confinement) et surtout dans cette partie du monde appelée Moyen-Orient où il y a encore tant de troubles de nos jours (guerre, terrorisme, etc.) ?
Nous faisons face actuellement à ce qu’on appelle une deuxième vague, et 99% de l’industrie culturelle est fermée, sans aucune aide ou soutien du gouvernement… Le bon côté des choses, en fait, réside dans la promotion qui est plus facile en ce moment parce que tout le monde (nous, les médias, les fans…) est à la maison devant son ordinateur 24h/24h, 7/7 étant donné que l’on n’est pas en tournée ni en vacances. Les deux seuls points qui sont très problématiques sont qu’il n’y a pas de concerts pour pousser l’album à la sortie et donc jouer en live, et aussi le fait que les gens ont peur de dépenser de l’argent parce qu’ils ne savent pas ce que demain apportera. Sans aucun spectacle pour le moment bien sûr, c’est une triste situation. Plus de 25% des gens en Israël sont sans emploi maintenant et malheureusement il n’y a aucun soutien du gouvernement, donc je ne sais pas quand les spectacles seront à nouveau autorisés. Et tu sais, je suis aussi un promoteur de Métal ici depuis vingt ans, et jamais ces dernières années je n’ai dû déménager ou annuler tous mes shows ainsi les uns après les autres. Alors bien sûr c’est une grosse perte d’argent. Lorsque les choses reviendront à la normale, nous commencerons à planifier toute la situation pour tout ce qui est concert live, mais en ce moment nous faisons face à l’inconnu malheureusement…

Autrefois si mes informations sont exactes, ton groupe s’appelait Moonskin à sa création au début des années 2000 (en 2002, je crois). Alors, est-ce que Tomorrow’s Rain est un vrai groupe maintenant avec des membres à plein temps ? Êtes-vous un groupe live ou seulement un projet studio avec seulement beaucoup d’invités présents sur ce premier album studio officiel baptisé Hollow qui sort vingt ans après la genèse du groupe ?
Nous ne l’avons jamais considéré comme un projet, c’était un groupe complet depuis le début, les invités sont venus plus tard dans le processus. La raison pour laquelle cela a pris si longtemps de faire cet album est néanmoins autre chose : quand on a commencé (en tant que Moonskin donc) en 2002, c’est exact, le groupe était en quelque sorte notre sauveur, notre échappatoire du quotidien. Nous avons alors écrit quelques chansons, donné quelques spectacles, ouvert pour Epica ici à Tel Aviv… Nous avons commencé à nous sentir mieux dans nos vies respectives, moins déprimés, moins de tristesse. Et puis je me suis marié, j’avais envie de vivre ma vie de la meilleure manière. Je me sentais beaucoup mieux et je sentais que je ne pouvais pas monter sur scène pour chanter ces chansons sur mes blessures et mes démons intérieurs en me mariant, alors sur le point d’être père et de me sentir plus heureux, cela aurait sonné faux, ce sera « travailler » alors j’ai dit au à mon ami co-fondateur Maor Appelbaum (ingénieur du son pour Mayhem, Sabaton, Cynic, Abbath…) que je ne voulais plus continuer car je ne voulais pas faire semblant. C’était tout une façon de penser purement artistique. On a donc arrêté vers 2006. En 2010, ma vie a encore changé, j’ai divorcé et j’ai obtenu la garde à mi-temps ce qui signifie que mon enfant vit avec moi la moitié du temps, l’autre moitié avec mon ex-épouse. Je me sentais tellement dans la douleur et la triste à cause de la fin de cette relation que la seule chose dans mon esprit était de protéger mon enfant. J’étais brisé intérieurement, mon cœur était en mille morceaux, puis je me suis tourné vers le meilleur moyen que je connaisse pour m’exprimer : la musique…. J’ai appelé le guitariste Raffael Mor et je lui ai dit trois mots : « Let’s do it ! », c’est tout. Environ un jour plus tard nous étions en studio et peu de temps après nous avons ouverts pour Dark Tranquillity en Israël en 2012, je crois On a alors commencé à écrire les chansons que vous entendez maintenant sur ce premier et nouvel album. J’ai appris que je pouvais danser avec mes démons au lieu de les ignorer, j’ai appris qu’en écrivant sur ces choses, je me soigne moi-même, j’apprends sur moi-même, je touche la plaie avec un coup de main, alors nous voilà aujourd’hui avec Tomorrow’s Rain…

Tu as déclaré dans la presse avant la sortie de cet album Hollow que votre objectif avec Tomorrow’s Rain était d’enregistrer un album de Dark/Doom/Gothic Metal réalisé par des fans pour les fans. Pourquoi un tel retard à l’allumage et tant d’années pour enregistrer ce premier album studio depuis la création de Moonskin et plus tard avec Tomorrow’s Rain? Il n’y a pas de bon équipement audio en Israël ou aux alentours ?! (rires)
J’ai formé le groupe en 2002 avec Maor Appelbaum (aujourd’hui un homme de mastering studio célèbre à Los Angeles) et le guitariste Raffael Mor. J’ai splitté mon groupe précédent Nail Within (NDLR : excellente formation de Thrash Metal qui avait notamment invité Schmier de Destruction pour un duo sur un morceau) juste après un premier album via Listenable Records. Quant à Maor, il avait aussi son groupe qui splitta aussi : Sleepless. Nous étions tous les deux en sérieuse crise et remise en question devant faire face au coup de fouet de la dure réalité et au rêve brisé. On a commencé à écrire des chansons et il était clair dès les premiers morceaux que cela serait le reflet de nos vies antérieures voire même de nos vies antérieures qui étaient loin d’être cool : dépression, alcool, anxiété, stress et crises de panique, enfin tu appelles ça comme tu veux… ! (rires) Donc la musique a évolué de cette façon aussi. Nous nous appelions Moonskin et avons joué quelques concerts ici (ouvert notamment pour Epica entre autres comme je le disais tout à l’heure) mais en 2006 je me suis marié et je voulais laisser mes démons intérieurs en dehors de ma vie quotidienne. Traiter ces chansons ont creusé au quotidien alors mes propres blessures. Ce fut une erreur comme j’ai appris à comprendre. Trois ans après, j’ai traversé un processus de divorce douloureux en tant que jeune père et encore une fois je me suis senti bouleversé mais cette fois j’ai pris les choses différemment. Comme je le disais, avec Raffael on s’est dit : « « cette fois on y arrive ! » Alors nous sommes partis de zéro avec un nouveau nom, Tomorrow’s Rain, et à petits pas nous avons commencé à construire notre rêve, nous avons joué avec Dark Tranquility en 2012 et avons essayé de trouver un line-up solide ce qui a pris quelques années. En 2016 les choses sont devenues vraiment sérieuses et à partir de là nous sommes entrés dans le processus d’écriture du disque. On n’écrivait jamais des chansons juste pour écrire de bonnes chansons. Chaque chanson requiert un sens, possède une véritable histoire authentique derrière elle, donc la qualité sur la quantité était toujours la règle. Si tu considères qu’en 2002 comme le point de départ, alors nous battons le record de préparation et de sortie d’un disque de Hard Rock des Guns’n Roses avec Chinese Democracy qui fut l’abum le plus long à écrire à jamais ! (rires) Mais disons que pour moi, les choses ont commencé en 2016. Je pense que nous faisons quelque chose de bien, quelque chose dans notre style et qui nous correspond. On ne peut pas vraiment revendiquer ici du Doom ou du Gothic Metal mais oui, nous apportons divers éléments nourris par nos propres expériences de la vie et les mélangeons pour créer notre style.

Question concerts : avez-vous déjà joué en live dans le passé en Afrique, en Europe, en Amérique ou en Asie par exemple sous le nom actuel de Tomorrow’s Rain ? Et vous êtes-vous déjà produits en live en France par exemple ?
Non, nous n’avons jamais joué en dehors d’Israël jusqu’à présent malheureusement. Bien sûr, nous le ferons une fois que la vie reviendra à la normale, si elle le revient… En Israël, nous avons déjà joué avec Kreator, Swallow The Sun, Tribulation, Epica, Dark Tranquillity comme je l’évoquais, mais aussi Draconian, Orphaned Land, Rotting Christ et Paradise Lost…

Venant d’Israël, avez-vous grandi dans votre jeunesse avec les sonorités des albums d’Orphaned Land et Salem ou plus avec les sons de groupes étrangers de Métal et Gothic européens et américains ? Vos influences musicales semblent être très méditerranéennes et du sud de l’Europe mais pas que, je trouve, non ?
Je connais les gars d’Orphaned Land depuis que nous sommes enfants, enfin nous étions ados, vers l’âge de quinze ans, lorsque l’on se cognait encore la tête en headbanguant dans les clubs locaux au son des premiers Bolt Thrower et Morbid Angel… (sourires) Nous sommes des amis proches depuis de nombreuses années, le batteur d’Orphaned Land Matan Shmueli était en fait le batteur du temps de Moonskin au début. Et en tant que propriétaire d’un label, j’ai réédité le classique d’Orphaned Land, leur démo The Beloveds Cry, au format CD paru il y a vingt ans, donc nous sommes vraiment proches. J’ai été aussi le manager de Salem auparavant, et ce pendant plus d’une décennie aussi et notre batteur Nir Nakav, est issu du groupe Salem d’ailleurs. Les deux groupes sont supers et bien sûr nous remontons loin mais quand il s’agit d’influences musicales je dirai que nous sommes surtout inspirés par les premiers Paradise Lost, My Dying Bride, Sisters Of Mercy, The Mission, etc. ainsi que les artistes locaux musicalement. Bien sûr, je suis un grand fan à la fois de Salem et d’Orphaned Land et comme je l’ai dit : les deux sont l’apogée de la scène Métal israélienne et les premiers groupes qui ont percé surtout en dehors d’Israël. Là encore, bien sûr, ce sont des des amis proches depuis de nombreuses années.

Comment se porte la scène Métal israélienne aujourd’hui ? Est-elle toujours active que par le passé parce que l’on connaît surtout et aimons les anciens leaders Salem et Orphaned Land (toujours actifs) ? On connait quelques nouveaux groupes dont tu as fait partie, toi et ton batteur Nir Nakav, comme Nail Within ou Distorted pour ce qui est du guitariste Raffael Mor, ou bien encore Betzefer apparu un peu plus tard, mais quoi de neuf depuis ces dernières années honnêtement hormis ces noms ? (sourires)
J’étais le chanteur de Nail Within, et Raffael, notre guitariste venait de Distorted, oui. Betzefer est génial bien sûr et il y a beaucoup de groupes intéressants en Israël maintenant comme Scardust, Arallu, Desert, Dim Aura, Subterranean Masquerade, Shredhead, Lehavoth et bien d’autres qui font que la scène est active, mais bon pas en ce moment en termes de concerts par contre à mon grand désespoir…

Revenons à la musique de Tomorrow’s Rain : comment définir et décrire votre musique car elle pourrait se définir comme un riche mélange d’influences différentes : Gothic, Dark, Doom donc, Death Metal aussi comme on le disait à travers l’objectif du groupe mais vous intégrez aussi de temps à autre des touches folk orientales, non ?
Je laisserai cela à la presse et aux fans de le dire (sourires), mais je ne pense pas que notre musique soit tellement orientée Folk, peut-être des parties orientales mineures ici et là pour pimenter Hollow, notre album, tout au plus. Nous avons été plus influencés par les groupes de Rock Dark des années 80 comme The Mission, New Model Army et Sisters Of Mercy. On a grandi la main dans la main avec le grand son de la scène Death/Doom Metal au début des années 1990 (1991-1994 plus précisément), au début des Anathema, Paradise Lost, My Dying Bride, Tiamat, etc.

Votre nouvel album Hollow commence par la chanson « Trees » avec le guitariste Shlomi Bracha (Mashina) qui figure comme invité ici. Sur l’introduction et la fin de ce morceau très attendrissant et mélodique, on peut entendre des cris d’enfants jouant dans la rue (jouant au football peut-être ?). Est-ce là le symbole d’un espoir pour l’avenir en Israël peut-être ou simplement un souvenir de ta jeunesse dans les rues de Tel Aviv où tu as grandi avec un certain sentiment de nostalgie ?
C’est intéressant. Les deux en fait. Cette chanson « Trees » est l’histoire de ma vie en quelque sorte. C’est la première chanson que nous ayons écrite, les paroles racontent deux histoires liées les unes aux autres, l’une est l’histoire d’enfance de Yossi Elephant, un musicien Post-Punk/New Wave israélien décédé sur scène en septembre 1991. Il avait des problèmes cardiaques depuis qu’il était enfant et vers l’âge de vingt-cinq ans, il est tombé dans la dépendance aux drogues dures… La deuxième histoire de la chanson est relative à ma propre enfance alors que Yossi vivait presque à côté de chez moi. Quand j’étais enfant, son père survivant d’Auschwitz, mon grand-père vivait aussi et il y avait un partisan avec eux qui vivait à l’âge de treize ans dans les forêts de Biélorussie après que sa famille ait tué durant la guerre. Ils ont survécu et sont tous les deux devenus très proches jusqu’aux années 70, oui, je parle durant les années 70 ici, donc l’histoire remonte dans le temps… Ensuite, durant les années 80, quand Yossi est devenu un musicien populaire en Israël et que je commençais à peine aussi mes premiers pas dans le milieu de la musique, je raconte une histoire sur le début des années 80 dans la ville de Ramat Gan où nous avons grandi. Comment être de jeunes enfants avec une mentalité de survivants qui découvrant les atrocités de la vie, et cette nouvelle vague de musique en temps réel. C’est une histoire de dépendance, d’espoir de guérir, de souvenirs qui ne seront jamais oubliés et qui ont fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui .Il y a là un hommage à cette période et c’est un honneur pour Yossi et nos deux familles. La vidéo reflète tout cela, nous sommes retournés dans le temps à la maison où nous avons grandi, à l’école, aux vieux bâtiments presque inexistants, même à nos appartements, et l’avons filmé à nouveau en 2020. Ce fut très émouvant, les voix des enfants de l’école ont été enregistrées à l’extérieur de l’école où nous étions jadis enfants, dans la même zone, tous authentiques. Je ne voulais pas enregistrer des cris d’enfants au hasard dans n’importe quelle école. Je voulais aller dans la même école que nous avons été et enregistrer les enfants là-bas en 2020 plus de quarante ans après. Ces enfants symbolisent la nouvelle génération, le nouveau cercle de la vie, nous voici en 2020 en respectant le passé et en regardant vers l’avenir plein d’espoir.

Parfois, vous utilisez des parties de guitares folkloriques avec des influences orientales sur certains passages comme sur les plages n° 2 et 5 par exemple correspondant aux titres « Fear » et « Misery Rain ». Souhaitez-vous ou pourriez-vous développer davantage cette approche musicale dans le futur un peu comme Orphaned Land l’a fait ? Sur Hollow, vous avez d’ailleurs invité le chanteur Kobi Farhi sur trois chansons…
On a utilisé ces petites touches orientales juste pour pimenter les choses, je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve mais je doute que nous ajoutions une quantité drastique de ces éléments, peut-être un peu plus ou un peu moins mais pas un changement radical. L’instrument folklorique oriental joué ici est in Saz, une sorte de Baglama. C’était l’idée de notre producteur (Dory Bar Or). Il a vraiment essayé de me convaincre qu’il occuperait quelques passages, je lui ai donné quelques jours et lui ai dit : « Ok, essayons alors ». Alors j’ai appelé Yossi Sassi qui n’est autre que l’ancien guitariste d’Orphaned Land et un bon ami à moi depuis que nous étions adolescents et lui ai demandé de venir au studio. Il est venu avec le Saz et en une heure nous avons enregistré tous ces passages. Il a compris exactement ce que je voulais entendre et l’a fait sans trop en faire. Cela s’intègre parfaitement. Yossi est un grand artiste à lui seul et a sorti quelques excellents albums solos pleins d’instruments intéressants, donc je t’invite à découvrir ce qu’il fait maintenant en solo, c’est très intéressant.

Comment avez-vous organisé l’enregistrement de chaque partie des invités (Shlomi Bracha, Aaron Stanthorpe, Kobi Farhi, Fernando Ribeiro, Seth Spiros Antoniou, Sakis Tolis, guitariste de Jeff Loomis, etc.) car il y en a beaucoup sur Hollow ? Vous avez échangé par Internet ? Et ces célèbres artistes ont-ils été impliqués dans la composition ou l’écriture de leurs propres partitions (paroles, parties de guitare, etc.) ?
Mon idée avec les invités était de les accueillir à bras ouverts dans notre maison et de faire en sorte que chacun d’eux laisse quelque chose de lui dans notre travail artistique. Nous avons pensé à chaque partie et avons donné à chaque invité exactement les parties que je pensais lui convenir, par exemple sur « Misery Rain », j’avais presque une partie parlée, racontant une histoire très personnelle et chaque fois que je la chantais en studio. Je me suis dit que ce serait génial d’avoir Fernando de Moonspell pour faire cette partie narrative dans la même ambiance qu’il l’a pu faire sur Wolfheart qui est un album que j’aime vraiment vraiment beaucoup ! Alors j’ai invité Fernando et il a enregistré cette partie avec gentillesse. Pour Jeff Loomis, nous l’avons invité en fait pour une chanson en hommage à Warrel Dane. Warrel était un de mes amis et en fait était même censé produire Hollow donc inviter Jeff Loomis à jouer de la guitare sur cette chanson commémorative personnelle pour son ami de longue date et partenaire musical de Nevermore était une excellente idée, etc. Je pense que le public pourra facilement reconnaître sa patte, de même pour le solo spécial de Greg Mackintosh sur « In The Corner Of A Dead End Street ». Idem vocalement pour le chanteur anglais Aaron de My Dying Bride sur le single « Fear ». Bref, ils m’ont tous donné une petite partie d’eux-mêmes à leur manière et pour cela je les remercierai à jamais. (sourires)  La plupart d’entre eux sont en fait des amis que je connais depuis de nombreuses années. Par exemple, j’ai connu Sakis de Rotting Christ en 1993 et ​​je suis toujours resté en contact et lui et Rotting Christ sont un peu de ma famille pour nous, ainsi qu’Anders, le chanteur de Draconian (NDLR : interview à venir très bientôt dans METAL OBS et sur notre site web en intégralité), ainsi que Spiros de Septicflesh, Mikko de Swallow The Sun et bien sûr Kobi de Orphaned Land qui sont tous des amis. Cela remonte à de nombreuses années ! Pour Jeff Loomis, c’est pareil même si je ne l’ai connu personnellement qu’en 2003 ou 2004 je crois, mais ça fait dix-sept ans, que le temps passe vite ! Paradise Lost a joué ici plusieurs fois à Tel Aviv, et nous avons ouvert pour eux deux fois et c’est ainsi que je connais personnellement Greg. Aaron Stanthorpe de My Dying Bride est en fait le seul que je connaissais personnellement depuis peu, il y a seulement environ deux ans. Mais je suis un grand fan de My Dying Bride depuis 1991 donc il était l’une des personnes avec qui j’ai toujours voulait travailler. Alors l’avoir sur l’album, ouah ! Nous avons fait toutes les connexions par e-mail mais nous nous sommes beaucoup écrits et pas seulement sur la musique, donc c’est définitivement une personne que je considère comme un ami. Quelle chance et c’est un grand honneur pour nous en tant que groupe pour qu’il chante avec Tomorrow’s Rain dans l’album. Le procédé de travail a été naturellement différent d’une personne à l’autre du coup : certains ont enregistré sur place en Israël (Sakis, Fernando, Anders, Miko, Kobi et Lisa) et d’autres enregistrés sur leur ordinateur à distance.

Vous n’avez pas peur que les gens qui vous découvrent avec ce premier disque Hollow et ses nombreux invités ne comprennent pas qui est exactement derrière ce nom et soient sceptique par rapport à l’entité du groupe elle-même ? Je m’explique : le fait d’avoir autant d’artistes célèbres sur un premier album pourrait devenir rapidement un risque car les gens ne se souviennent pas ou n’identifient pas bien qui est vraiment Tomorrow’s Rain, un peu comme Delain le fit en 2006 avec son premier album Lucidity (Roadruner Rec .) avec une multitude d’invités dessus et qui, même si c’était réussi en matière de Gothic Métal symphonique, dut s’affirmer doublement sur scène par la suite peu à peu. Le coup de buzz ne suffit pas toujours au départ… (sourires)
C’était très important pour moi que les chansons soient justement fortes et convaincantes par elles-mêmes, même sans les invités. Il s’agit de la chose la plus importante dans un album à mon avis : des chansons fortes d’abord, après les invités peuvent pimenter et ajouter une valeur supplémentaire, bien sûr, mais le les chansons doivent être solides et exister sans cela pour commencer. L’une des choses les plus importantes était d’écrire des chansons et non d’écrire une succession de riffs et mélodies sans aucun sens. Il convient de regarder l’image dans son ensemble, toute « l’histoire » que raconte chaque chanson, et non pas juste se dire un truc du genre : « ouah, c’est un super riff » ou « le chant d’un tel ou un tel est magnifique ». Donc c’était très, et j’insiste, très important pour moi cela afin que les chansons restent fortes à l’avenir même sans aucun invité, que l’album ne soit pas du remplissage, que les chansons soient fortes et indépendantes. Tu sais, tu peux amener Mick Jagger et Nick Cave à chanter sur un de des disques si les chansons sont merdiques, cela ne fonctionnera jamais ! (rires)  Les chansons doivent être fortes et vraies, sincères, après tout : les gens resteront pour les chansons et non juste avec les noms, car s’ils aiment les chansons, ils continueront à écouter pour eux, et seulement les chansons resteront, pas les hommes avec le temps…

Où avez-vous enregistré Hollow ? En Israël alors étant donné tes relations dans le milieu professionnel de la musique avec tes anciens groupes et ton activité de promoteur là-bas ? J’ai trouvé le résultat de la production sonore très bon : clair et lourd à la fois.
Oui, nous avons enregistré et mixé en Israël. L’album a été produit, mixé et masterisé by Dori Bar Or à Tel Aviv. Ravi d’entendre que tu aimes le résultat. (sourires)

Avant de conclure, quelques mots sur l’une des nouvelles chansons « The Weeping World » dont le refrain est vraiment accrocheur avec au chant comme invités : Kobi Farhi (Orphaned Land), Anders Jacobsson (Draconian) et Lisa Cuthbert (The Sisters Of Mercy) ? Anders, lui qui est un peu loin en Suède et sort bientôt son nouvel album Under A Godless Veil, est-il aussi un bon ami à toi ? Je sais qu’il a déjà fait un duo spécial avec un groupe russe aussi dans le passé…
Ravi que tu aimes là encore. Oui, Anders est un ami, un gars formidable. Tu sais, j’ai été manager de Draconian aussi pendant un an ou un peu plus. J’adore vraiment ce groupe, je pense qu’il est un leader fantastique.

Enfin, pour la scène, quand les concerts reprendront un peu partout (en configuration assise ou debout pour le public), comment ferez-vous en live pour interpréter les chansons de Hollow sur scène sans tous ces invités prestigieux à la guitare ou au chant ? A l’aide de samples peut-être de leurs parties ?
Non, pas de samples d’invités, pas moyen. C’est nul, c’est comme avoir un échantillon de violon et pas de violoniste sur scène, je n’aime pas cette idée, ce n’est pas du Rock and Roll de faire quelque chose comme ça et toute notre ambiance est jolie, sombre mais jolie, Rock’n Rollish ! (rires) Ce doit être un spectacle de Rock ou Métal. Un groupe joue en live, et requiert cent pour cent d’énergie et ce que vous entendez est ce que vous obtenez. C’est l’essence d’un spectacle en direct alors comme tu me demandes, sache que nous avons écrit les chansons sans les invités et nous avons déjà joué tous nos concerts sans aucun invité et ça s’est très bien passé live. Après tout comme je l’ai dit : tout est question de chansons. (sourires)

Merci à toi pour cette interview et bonne chance avec ce premier album donc !
Merci beaucoup Fred pour ton soutien à Tomorrow’s Rain, à toi et Metal Obs, et pour une si belle interview. Tenez-nous au courant lorsque c’est publié. Bravo !! A bientôt.

CHRONIQUE ALBUM

TOMORROW’S RAIN
Hollow
Dark/Gothic/Doom Metal
Art Of Propaganda Rec.


Composé de divers membres de la scène Métal israélienne dont le chanteur et organisateur local de concerts Yishai Sweartz (ex-Nail Within, ex-Betrayer, Thy Mesmerized) du côté de Tel Aviv, Tomorrow’s Rain publie enfin son premier album après dix-huit ans d’existence. D’abord fondé en 2002 sous le nom de Moonskin (probablement inspiré par le célèbre single « Second Skin » de Moonspell avec qui son leader est ami depuis des lustres), puis leur patronyme actuel, ce groupe transpire le Dark/Doom/Gothic Metal de par ses influences marquées justement par la présence des artistes essentiellement méditerranéens qui ont bercé leur culture sonore au Proche-Orient dans les années 90, début 2000. On retrouve ainsi pléthore de chanteurs ou musiciens connus tels que le guitariste national Shlomi Bracha sur le titre d’ouverture « Trees » empli à la fois d’une douce nostalgie avec ses cris d’enfants (captés à l’ancienne école de Yishai en clin d’œil à sa jeunesse) et d’espoir pour l’avenir la jeunesse de son pays ; puis sur le single « Fear », Aaron Stanthorpe intervient de manière pas trop cricaturale et délivre une prestation intéressante sans trop en faire. Plus loin, Kobi Farhi (Oprhaned Land), Fernando Ribeiro (Moonspell), Seth Spiros Antoniou (Septicflesh), Sakis Tolis (Rotting Christ) ainsi que le guitariste de Jeff Loomis font également une apparition ce qui au total fait du beau monde, peut-être un peu trop justement… Du coup, on s’interroge sur la sincérité de la démarche avec cette facilité de piocher dans son carnet d’adresses pour chaque chanson qui, malgré tout, raconte et véhicule des choses profondes et personnelles faisant d’Hollow un disque agréable à l’écoute, extrêmement bien produit, relativement accrocheur, mais musicalement assez conventionnel. Si de petites incursions folkloriques orientales agrémentent ici ou là ce Gothic Metal au chant Doom/Death (principalement), les musiciens n’en abusent pas pour autant, comme le guitariste bien connu Yossi Sassi (ex-Orphaned Land) qui désormais accomplit une carrière solo et joue sur deux titres (« Fear » et « Misery Rain ») du saz, sorte de luth oriental à manche long grosso modo. D’ailleurs, pour l’anecdote on croise également sur un titre en commun le chanteur d’Orphaned Land. Enfin, sur le dernier et huitième, trois guests concluent ce premier essai : Kobi Farhi (Orphaned Land) encore une fois, le chanteur suédois Anders Jacobsson (Draconian) et Lisa Cuthbert (chanteuse live de The Sisters Of Mercy), reprenant ainsi en chœur la très entrainante et magnifique chanson « The Wheeping Song » de Nick Cave and The Bad Seeds avec des sonorités méditerranéennes de Fado voire corses (esprit I Muvrini, es-tu là ?). Donc en résumé, si vous vouez un culte à tous ces artistes précités et aimez baigner dans une douce mélancolie idéale pour traverser l’automne, vous vous sentirez au chaud en terrain connu, pour les autres, c’est un excellent moyen de découvrir ces artistes sur cet album qui fait parfois plus office de compilation mais dont les chansons possèdent tout de même suffisamment d’âme pour séduire les fans de Gothic Metal et de sonorités plus extrêmes. A confirmer sur un second essai plus personnel dans le line-up mais les bases sont bel et bien là, et l’ambiance aussi. [Seigneur Fred]