Simple exécutoire funéraire à l’origine pour Greg Mackintosh suite à la disparition de son paternel fin 2009, Vallenfyre est rapidement devenu un side-project dans lequel le célèbre guitariste de Paradise Lost se fait plaisir, notamment au micro, en retrouvant ses racines Death/Doom Metal d’antan si chères à son cœur au côté de son vieux pote Hamish Glencross (ex-My Dying Bride). En attendant leur venue cet été au festival Motocultor (avec Paradise Lost également à l’affiche), le sympathique musicien et chanteur nous présente son troisième bébé Fear Those Who Fear Him alors qu’il achève tout juste l’enregistrement du prochain Paradise Lost qui s’annonce très Doomy selon les dires de l’Anglais…

[Entretien avec Gregor Mackintosh (guitare/chant) par Seigneur Fred]

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Les choses sont allées très vite pour Vallenfyre depuis sa création à la maison suite au deuil de ton père : tu as tourné avec Morgoth et Bolt Thrower, et sors déjà ton troisième album Fear Those Who Fear Him. Comment expliques-tu cette rapide évolution ?
Ok, c’est tout à fait correct. Au début, c’était vraiment purement à cause du décès de mon père. Le premier disque A Fragile King est d’ailleurs très personnel de ce fait. La plupart de cet album traite de cela. On n’avait jamais prévu de sortir ensuite un second album avec les autres gars dont Hamish (guitares, basse) mais on a tous vite pris du plaisir quand on a commencé à jouer ensemble. Vallenfyre est alors devenu un véritable hobby pour nous. Dès qu’on pouvait faire un petit concert le samedi soir avec quelques bières, on jouait ! Mais mon hobby, qui est aussi mon job, c’est Paradise Lost ! Ça c’est toute ma vie et une vraie passion aussi bien que ce soit totalement différent notamment dans la démarche. A présent, Vallenfyre semble bien plus qu’un hobby. (rires) On a eu de très bons retours du public et on se moque bien des ventes de l’industrie musicale. On s’en fichait à vrai dire si ça ne marchait pas. On veut juste prendre du plaisir et voilà pourquoi on continue.

En 2015, vous avez sorti un EP The Last Of Our Kind tiré à 500 exemplaires en version vinyle chez Century Media. Pourquoi les deux titres de cet EP, « The Last Of Our Kind » et « The Great Divide » ne figurent-ils pas sur votre nouvel album Fear Those Who Fear Him ? Cela aurait été une bonne idée pour ceux qui n’ont pas pu se procurer le vinyle ?
On avait enregistré ces deux morceaux durant les sessions studio du précédent album Splinters. Et Century Media voulait les sortir uniquement en format 7 pouces en vinyle lors d’un tirage limité. C’était leur idée en fait. Nous, on ne voulait pas sortir juste cela et n’offrir que deux titres au public, mais bon, ce fut l’idée du label un an à peine après la sortie de Splinters. Sur le nouvel album, Fear Those Who Fear Him, il n’y a pas de chanson en bonus, on a mis l’intégralité des chansons finies issues des nouvelles sessions d’enregistrement en studio parce que, contrairement à Paradise Lost et à bien d’autres groupes importants en Métal où c’est formaté et où le label publie différentes versions de chansons, remixées, edit, live, démo, etc. sur différents formats d’albums ou singles, avec Vallenfyre, on ne fait pas ce genre de choses, c’est plus simple et primaire.

Vallenfyre est donc moins marketé en quelque sorte que Paradise Lost ?
Oui, en quelque sorte. Disons qu’il n’y a pas toute cette forme de marketing. (rires)

Enfin, tout est relatif : Vallenfyre avait sorti, tout seul, le single « The Great Divide » à l’origine en 2014 en format vinyle avec le magazine Decibel à travers la série Decibel Flex Series  Or il est repris sur cet EP The Last Of Our Kind ? C’était une forme de promotion et un coup marketing aussi !
Oui, bien vu, mais c’est parce que je connais bien le gars de Decibel Magazine, Albert, depuis des années. Il m’avait demandé si j’avais du matériel, genre une chanson, à publier avec Decibel Flex Series en vinyle. Et je ne pouvais dire non car c’est une bonne promotion, c’est un bon magazine, donc comment refuser ? En plus, c’est un très bon ami… (rires)

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Parlons à présent du nouveau matériel justement et du nouvel album. Avez-vous travaillé de la même manière que les deux précédents albums, notamment dans la phase d’écriture et de pré-production à la maison avec ton ami Hamish Hamilton Glencross ? L’atmosphère a dû être différente par rapport à 2010 et le premier album où tu venais de perdre ton père, je présume, non ?
Hé bien, on a fait une tournée américaine avec le magazine Decibel justement pour le second album et l’idée d’un troisième album a germé durant ce Decibel Tour. On n’avait pas prévu tout ça, encore une fois, ni fait de plan. On a joué live là-bas, et les concerts se sont vraiment bien passés. En fait, les Américains furent très enthousiastes, car ils n’ont pas connu la première vague du premier album, on n’avait pas tourné là-bas, uniquement en Europe. Et ils ont adoré Splinters. Converge était sur la tournée avec nous et il y avait donc le producteur Kurt Ballou (NDLR : guitare, chant de Converge) de présent. Chaque soir, il nous regardait jouer live et nous disait qu’il aimerait bien capter cette vibration live en studio, ce côté chaotique, et nous aiderait à cela, à rendre les choses plus nerveuses et vivantes sur disque. On a dit OK.

En effet, je trouve le nouvel album plus groovy et plus dynamique, notamment au niveau de la batterie, tant au niveau du rendu sonore que de la structure des morceaux…
Oui, c’est davantage orienté live, c’était ça le but recherché en studio qu’on a voulu capter avec Kurt Ballou (Converge), et le tout sonne donc plus énergique. On n’a pas non plus fait trop de plans en la matière avec Hamish lors de la composition des nouvelles chansons, mais voilà l’idée : sonner plus live et brut.

As-tu donc composé les nouveaux titres de Fear Those Who Fear Him durant la tournée américaine de Splinters alors ou bien une fois rentré à la maison en Angleterre, car il me semble que tu n’aimes pas trop composer en tournée sur la route ?
Non, j’ai écrit et composé à la maison une fois rentré des Etats-Unis, mais on a juste eu l’idée durant la tournée américaine. Je compose rarement sur la route, c’est assez difficile à vrai dire. Si tu écris durant la tournée, tu ne peux arrêter ton processus comme tu le souhaites et finaliser les choses sur place exactement comme tu aimerais le faire en studio ou chez toi. J’ai besoin de rentrer puis me poser quelques semaines et ensuite seulement reprendre le travail en me mettant à écrire avec un nouvel état d’esprit. C’est pareil pour Paradise Lost, tu sais.

Et durant la tournée européenne de Vallenfyre en 2014 toujours pour Splinters, tu as joué au côté de Bolt Thrower (avant leur split en 2016 et le décès de leur batteur Martin Kearns en 2015) et Morgoth (qui s’est reformé en 2010) avec son nouveau chanteur Jagger de Disbelief. Et vous vous êtes notamment produits au Trabendo à Paris. Quel souvenir en gardes-tu ? Ce sont deux légendes du Death Metal old school. Est-ce que cette tournée avec ces groupes cultes t’a inspiré ou bien donné une certaine énergie pour composer ce troisième album ?
C’était assez drôle en fait. Ce sont des groupes que j’adore depuis des lustres dans ma vie plus que tout au monde et que je connais très bien à vrai dire : Morgoth depuis 1989, quelque chose comme ça, et Bolt Thrower, ils sont anglais comme moi et je les connais depuis 1987… Donc je connais bien ces gars. Mais j’avais l’impression d’arriver comme un jeunot le soir sur scène. C’était vraiment intéressant de se retrouver avec eux et mon nouveau groupe, c’était cool comme situation en fait d’ouvrir pour eux. Ça faisait un bail que je ne les avais pas revus en plus. Paradise Lost est arrivé juste après eux sur la scène, on a un peu le même parcours et on a un tas de choses en commun. Revoir Karl, Barry, Gavin, Kiddie (R.I.P.) et Joe, c’était vraiment sympa. Ils avaient les mêmes T-shirts qu’à l’époque ! (rires) C’est comme si le temps ne s’était jamais arrêté…

Au chant dans Bolt Thrower, c’était donc Karl Willetts qui avait fait son retour en 2004, et à la batterie tu as donc côtoyé Kiddie (R.I.P.), enfin Martin Kearns, quelques mois avant sa subite et triste disparition durant son sommeil en 2015. As-tu écouté le nouveau projet Memoriam de Karl Willetts justement paru en début d’année en hommage à Kiddie ?
J’ai uniquement écouté les démos 7 pouces, The Hellfire Demos, parues l’an dernier puis en début d’année et j’ai bien aimé, oui. Ça m’a rappelé les débuts de Bolt Thrower justement. Je connais bien les gars. Il y a notamment aussi Frank Healy à la basse dans le groupe qui joue aussi dans Benediction. C’est un vieil bon ami. Mais je n’ai pas encore écouté leur premier album. C’est un bel hommage de leur part, je trouve, avec le même état d’esprit de départ que Vallenfyre, on a les mêmes racines tu sais et on provient du même coin. Et je pense que c’est bien mieux comme ça que si ça avait été de reformer Bolt Thrower avec Andrew « Andy » Whale à la batterie pour rendre hommage à Kiddie. Cela a bien plus de sens surtout qu’Andy est de la partie aussi dans Memoriam.

Et quelles sont les nouvelles de la bassiste Jo Bench à présent étant donné qu’elle ne joue pas dans Memoriam, elle, et que Bolt Thrower a splitté par conséquent ?
Tu veux savoir ce qu’elle devient ? (rires) Je crois qu’elle vit en Allemagne maintenant. Elle ne fait rien dans la musique me semble-t-il, ou n’a pas de projet en la matière du moins je crois. Cela serait bien si elle refaisait quelque chose de nouveau.

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Ce fut l’une des premières femmes de la scène Death Metal et de la scène extrême à la fin des années 80, c’est une figure de légende en fin de compte quand on y regarde bien…
Oui, c’est marrant, c’est vrai que quand on regarde dans le passé, c’était la seule nana dans le groupe et dans le milieu à l’époque parmi les groupes : Carcass, Napalm Death, Bolt Thrower, etc. Et crois-moi, c’était probablement celle qu’il ne fallait pas regarder de travers car tout le monde en avait peur, comme une « dame de fer » ! (rires)

Toujours sur cette fameuse tournée en 2014 de Vallenfyre avec Bolt Thrower et Morgoth, c’était aussi les derniers concerts du chanteur Marc Grewe avec Morgoth avant son remplacement par Jagger de Disbelief
Exact, Marc est également un très bon et vieil ami à moi. Il a ensuite quitté Morgoth. Ce fut un peu triste d’ailleurs. Ensuite, oui, Jagger de Disbelief l’a remplacé au micro en live et sur leur dernier disque Ungod. Mais je pense que Marc a la voix la plus terrible en termes de cris/chant Death Metal, c’est lui le meilleur et personne n’a la même voix que lui.

Oui, enfin, il ne faut pas oublier aussi Martin van Drunen (Asphyx, ex-Pestilence, ex-Hail Of Bullets) tout de même, et peut-être toi dans Vallenfyre !
Ah merci ! (rires)

D’ailleurs, c’est vrai que tu vas te concentrer désormais uniquement sur ton chant sur scène et délaisser ta guitare ? Pourquoi ? Pas en studio par contre, j’espère que tu vas continuer à jouer de la guitare sur les disques de Vallenfyre ?
Oui, je me consacre désormais uniquement au chant en live dans Vallenfyre. C’est mon choix, en effet. C’est ce à quoi j’ai toujours aspiré à faire sur scène, et je peux le faire à présent grâce à Vallenfyre. Je ne joue donc plus de guitare en live, contrairement à Paradise Lost. Je veux séparer totalement les choses : je reste le guitariste soliste de Paradise Lost, et à côté, je suis le chanteur de Vallenfyre. C’est Hamish Hamilton Glencross qui s’occupe des guitares, mais on compose tous les deux bien sûr.

Une nouvelle fois, sur Fear Those Who Fear Him, il s’agit d’un véritable retour à tes racines avec un son bien old-school produit donc par Kurt Ballou (Converge). D’ailleurs, la chanson « Nihilist » très Death/Grind old-school limite Crustcore, m’a rappelé justement les prémices d’Entombed et Unleashed Un clin d’œil à Nihilist ?
Oui, bien sûr ! Sur chaque album de Vallenfyre il y a toujours un clin d’œil de ce style quelque part, que ce soit dans les paroles, un titre, ou bien quelques notes… (rires) Il s’agit d’une de mes influences, absolument.

À la batterie, c’est ton ami guitariste et multi-instrumentiste Hamish qui s’est davantage chargé de la composition des parties sur ce troisième album ou bien votre nouveau batteur ?
Nous deux. Comme sur le précédent album, je viens avec la plupart des idées au départ. Hamish a apporté encore quelques suggestions et écrit des parties à la batterie, notamment les passages Doom, comme sur les deux titres « An Apathetic Grave » et « Cursed From The Womb ». Waltteri a apporté aussi diverses idées et sa touche sur quelques chansons.

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Parle-moi de votre jeune et excellent nouveau batteur finlandais Waltteri Väyrynen justement qui remplace Adrian Erlandsson. Il n’y a donc aucun bon batteur qui joue du vieux Death Metal dans les pubs anglais ?
(rires) En fait, on a fait un casting par vidéo via notre page Facebook sur internet, et il s’est révélé avoir de réelles facultés techniques dans un premier temps, et j’ai bien aimé sa personnalité dans un second temps. Il a tourné avec nous déjà, et je l’ai même suggéré ensuite pour jouer dans Paradise Lost car il est vraiment doué. Il provient d’un groupe finlandais, Abhorrence (NDLR : à ne pas confondre avec le groupe brésilien). Et il est plutôt jeune, oui, puisqu’il a la moitié de mon âge ! (rires) Ça fait déjà trois ans qu’il nous accompagne sur scène, on l’a intégré juste après l’album Splinters de Vallenfyre en 2014 car Adrian Erlandsson est très pris actuellement par ses autres groupes (The Haunted et At The Gates).

C’est intéressant, car on y regarde de plus près dans Paradise Lost, Adrian a toujours eu d’autres groupes importants à côté. Aujourd’hui, toi tu as Vallenfyre et Nick Holmes chante dans Paradise Lost et dans Bloodbath depuis 2014. Vous avez donc tous les deux des projets parallèles récents et plutôt extrêmes dans lesquels vous avez renoué avec vos racines premières de Death ou de Doom Metal… Est-ce que cela vous a aidé, artistiquement parlant, pour toujours rester frais, évoluer, je pense aux albums Gothic, Host, ou plus récemment The Plague Within, et surprendre vos fans à chaque nouvel album ?
Je pense que Bloodbath a permis à Nick de prendre davantage confiance en lui dans sa voix et dans ce type chant précisément. Cela l’a aidé notamment sur scène avec Paradise Lost. Il ne voulait plus faire de growls Death Metal en fait depuis plusieurs années déjà, mais quand j’ai lancé Vallenfyre en 2010, il fut d’accord et cela lui a redonné envie d’en refaire dans Paradise Lost. Du coup, il a pu le faire complètement à travers Bloodbath. C’est comme un retour aux sources, à nos premières influences qui nous ont fait démarrer à l’époque Paradise Lost.

Et crois-tu que Paradise Lost aurait pu sortir de tels albums comme Tragic Idol puis The Plague Within ces dernières années sans l’aide de vos side-projects respectifs ?
Paradise Lost a toujours su évoluer et évoluera toujours. On fait toujours des choses différentes à chaque nouvel album, c’est par période. La musique naît différemment selon nos humeurs, mais on a toujours nos racines en nous. Quand on a débuté avec Paradise Lost, nos racines étaient extrêmes et cela nous a influencés alors à l’époque et encore maintenant. Par contre, je ne pense pas en effet que The Plague Within aurait pu voir le jour sans nos side-projects Vallenfyre ou Bloodbath concernant Nick. Cela nous a donné davantage confiance en nous en revenant à nos premiers amours en musique.

Tu pourrais chanter alors dans Paradise Lost et assurer le chant exclusivement Death au côté de Nick ?
Non, non, ce n’est pas mon travail dans Paradise Lost. C’est le job de Nick ! (rires)

Enfin quelles sont les nouvelles de Paradise Lost depuis le DVD live symphonique ? Vous avez signé avec un nouveau label, je crois ?
Nous venons tout juste d’achever l’enregistrement du prochain album. Il s’appelle Medusa et sortira chez Nuclear Blast en fin d’année je pense, car oui, on vient de changer de label. Ce sera huit nouvelles longues chansons de Doom, très lentes donc… (sourires)

VALLENFYRE
Fear of the dark

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