W.A.S.P. s’est fait connaître notamment par ses frasques diverses et variées dans les années 80 : séance de torture de femmes nues sur scène, morceaux de viande balancés à foison sur le public et autres réjouissances étaient au programme. Si depuis un virage à 360 degrés a été effectué, force est de constater que celui-ci n’est pas pour autant raté. À travers les années, les californiens menés par Blackie Lawless, parviennent à conserver un certain public. Auteur, compositeur, interprète, le frontman est peu avare en efforts afin de produire un travail de qualité avec « Golgotha ». L’entretien se déroule par téléphone, et c’est avec une pointe d’appréhension que je regarde le mien sonner à l’heure fatidique. En effet, la réputation de l’homme n’est plus à faire tant de controverses circulent à son sujet. Néanmoins, bien loin de toutes ces négatives rumeurs, Blackie Lawless se veut décontracté, avenant, drôle et reconnaissant au bout du fil à Los Angeles. La discussion autour de « Golgotha » est loin d’être une bête conversation promotionnelle sans âme ni fond. 

[Entretien avec Blackie Lawless par Aurélie P. Lawless]

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W.A.S.P. a récemment dû faire face au départ de Mike (Dupke, ndlr). Patrick Johansson a été annoncé pour faire l’intérim mais qu’en est-il réellement ? As-tu déjà un nom précis en tête afin d’assurer le poste de batteur de façon permanente ?

On a quelqu’un et on fera une annonce dans une ou deux semaines. Je ne veux pas trop en parler pour l’instant… Mais oui, on a quelqu’un en tête qu’on aimerait avoir de manière permanente, si ça peut te rassurer. (edit : Randy Black aurait été aperçu en tant que batteur du groupe à l’Alcatraz festival en Belgique mais aucune annonce n’a été faite à ce jour… Rumeur ?).

Selon les Évangiles, « Golgotha » représente le lieu même où Jésus a été crucifié. Pourquoi avoir choisi ce lieu et ce passage particuliers dans la vie de Jésus ?

Je ne sais pas si tu es au courant mais en hébreu, « Golgotha » signifie « lieu du crâne » et, bien sûr, c’est aussi l’endroit où Jésus a été crucifié. Mais je pensais que c’était une idée intéressante car quand il a été crucifié il y avait deux autres personnes l’accompagnant pour être crucifiés également. Et là vient l’aspect important : l’un était croyant et l’autre non. Donc j’ai écrit une chanson du point de vue du croyant, car en fait, il était sûr de mourir. Il le savait pertinemment. Et à ce moment-là il a demandé à Jésus : « es-tu réellement celui qu’ils disent que tu es ? Es-tu vraiment celui que tu certifies être ? ». Jésus lui a répondu « remember me this night » (trad : « rappelle-toi de moi cette nuit ». Cette phrase figure dans la chanson éponyme « Golgotha », ndlr) et le gars, terrifié à l’idée de mourir, s’est mis à pleurer et a dit « Jesus I need you now » (trad : « Jésus, j’ai besoin de toi maintenant ». Même remarque que précédemment, ndlr). J’ai cru penser que, peu importe tout ce que l’on peut traverser dans notre vie… Peu d’entre nous finissent par arriver à un tel croisement au final. Mais on peut très bien avoir vécu beaucoup de choses car tout peut arriver dans la vie. Et c’est une situation tout aussi désespérante qui nous fait avoir envie de pleurer et de crier. Je me suis juste dit que ce serait original de parler de ça car personne ne l’a jamais fait avant.

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Est-ce que parler de Jésus est une sorte de rédemption pour toi ? Quel en est le dessein ? Désires-tu montrer aux gens un moyen de croire en quelque chose à travers ta musique ?

Absolument ! « Rédemption » est pile le mot que j’utilise moi-même, c’est fou ! Pour tout te dire, il y a deux chansons dans cet album qui, pour moi, me font ressentir au centuple ce mot qu’est « rédemption » : « Golgotha » est la première en question, et « Last Runaway » est la seconde. Cette dernière est une chanson autobiographique. Je n’avais jamais écrit à mon sujet auparavant. Là il s’agit de moi, arrivant à Hollywood quand je n’étais encore qu’un ado, il y a de ça 40 ans. J’avais peur à en crever. Je n’avais pas connaissance de ce que j’allais trouver ici, je savais juste qu’il y avait des trucs vraiment flippants dans le coin. Et j’ai juste simplement réalisé que c’était encore pire que ce à quoi je pensais et ce que j’avais déjà entendu… Mais quand tu écoutes cette chanson, et que tu regardes le premier couplet, tu te rends compte qu’il s’agit bien de quelqu’un qui est apeuré. Cependant dans l’un des autres couplets, juste avant le dernier refrain, il y a une phrase qui dit « And help me Lord to make it » (trad : « et aide-moi Seigneur à y arriver ») car le poids qui pèse sur mon âme est bien trop lourd que je ne puisse supporter, donc aide-moi à changer ça. Ramène-moi à la vie car je ne peux pas attendre de vivre. Ça, à mon sens, c’est à propos de survie, aussi bien que de rédemption. Il s’agit de comprendre ce par quoi je suis passé. Ca s’applique aussi à toute personne qui vient ici, ou dans n’importe quelle grosse ville, ou pour un défi dans ta vie qui fait que tu as envie de fuir en courant. Je pense que tout le monde peut être identifié à ça.

Dirais-tu alors qu’on est en présence de la chanson de « Golgotha » la plus significative pour toi ?

C’est compliqué à dire car elles ont toutes un sens particulier… Et en plus, en tant que parolier, je les vois comme des œuvres. Donc en étant honnête, je laisserai plutôt cette question aux auditeurs afin qu’ils décident eux-mêmes !

Penses-tu sincèrement qu’il y ait un « Paradis » ? Et un « Enfer » ? Qu’il puisse il y avoir du bon et moins bon dans chaque personne habitant sur Terre ?

(il soupire et réfléchit). La réponse est : oui, oui, et oui ! (rires) Oui je le pense car vois-tu, j’ai beaucoup trop péché dans ma vie et il y a deux choses fondamentales qui sont arrivées dans ma vie, que je ne peux expliquer. C’est vraiment quelque chose de surnaturel que je ne peux expliquer. Pendant longtemps, quand je ne connaissais encore rien du tout sur le sujet, j’allais à l’église quand j’étais gamin. Et personne ne me forçait car je voulais vraiment y aller. Mais quand je suis arrivé à Los Angeles, je n’y ai pas mis les pieds une seule fois en 3 ans. J’y ai pensé très souvent à être quelqu’un d’assidument religieux, tout autant qu’il soit possible de l’être. Puis je me suis aperçu qu’il n’y avait pas de fondements à cela. Et donc pendant 20 ans, j’ai vécu ainsi, pensant que j’étais en colère contre Dieu. Puis, ces 20 ans passés, j’ai ouvert les yeux à nouveau pour constater que je n’étais pas en colère contre Dieu mais contre les Hommes, à propos de l’endoctrinement religieux. Si on me parle de la foi maintenant, la mienne c’est le Jésus Christ dans la Bible et rien d’autre. Quand la religion prend des idées venant des Hommes et place cela dans la Bible, ce n’est pas supposé être comme ça. Et très franchement, j’ai un énorme souci avec les organismes religieux encore maintenant. Voilà de quoi il s’agit à mon humble avis.

Regrettes-tu d’avoir abandonné ta foi quand tu étais plus jeune ?

Hm, tu sais, tous les péchés que tu commets dans ta vie font de toi ce que tu es aujourd’hui. Donc dire que j’ai des regrets… Je ne le pense vraiment pas. De mon point de vue, j’ai été pardonné pour tout ça. Toutes ces choses m’ont conduit là où j’en suis là actuellement, si tu changes ne serait-ce qu’une d’entre elles, alors tu changes également qui tu es désormais. Je suis en paix avec ça.

Parlons un peu des choses du passé. Tu avais un groupe appelé Sister avec Nikki Sixx à l’époque, avant que tu ne donnes naissance à W.A.S.P. de ton côté, et qu’il ne fonde Mötley Crüe du sien. Cette année sonne le glas de l’aventure « Mötley Crüe ». As-tu toi-même déjà pensé à arrêter W.A.S.P. ?

Oui ça m’a traversé l’esprit. Mais c’est un peu comme quand tu vas à l’école avec quelqu’un pendant longtemps et que vos vies prennent finalement une direction différente. Et des fois ces personnes avec qui tu étais à l’école te manquent et tu penses à elles… Mais le temps est révolu et a changé les choses.

Es- tu toujours en contact avec d’anciens membres de W.A.S.P. ou même Nikki Sixx ?

J’ai discuté avec Randy Piper (guitariste du groupe de 1982 à 1986, ndlr) il y a de cela un an. Mais bon… On dirait que tout le monde est très occupé dans sa propre vie… Je reprends l’exemple de l’école cité dans la question précédente, mais c’est définitivement ça. Tu te demandes ce qu’il se passe et ça arrive que 10 ans passent sans que tu le remarques. Enfin Randy avait l’air d’aller bien… Après je n’ai pas vraiment l’opportunité de parler ou de voir les autres personnes… Pas autant que je le souhaiterais en tout cas.

Savais-tu que Chris Holmes était en France l’année dernière ?

J’ai entendu parler de ça ! J’ai aussi eu vent du fait qu’il serait allé en Finlande ! Est-ce qu’il est toujours en France maintenant ?

Je ne vais pas te mentir, je n’en ai aucune idée !

Hum ! Il en a probablement aucune idée lui non plus ! (rires)

Je pense que personne ne sait à ce compte-là…

(rires) Tu viens de me tuer là, je vais finir par mourir de rire !

http://www.youtube.com/watch?v=Oh9TajFhD9Y

« The Crimson Idol » (1992) est probablement ton chef d’oeuvre musical. Peux-tu nous livrer quelques détails dont tu te souviens à propos de cet album ?

S’il y avait des gamins qui devaient me poser une question plus que n’importe quelle autre ce serait : « comment faire pour partir de là où j’en suis à là où tu en es ? ». Ce à quoi je leur répondrais « le show-business c’est un monde compliqué, il faut vraiment énormément le vouloir ». Et ils me diraient tous « oui, oui, oui, oui, je le veux, je le veux, je le veux » sans même prêter attention à ce que j’ai bien pu leur dire. Donc je me suis dit « tiens, je vais écrire quelque chose et je vais leur montrer le pire aspect du show-business » ! Dès lors, si après ça ils veulent toujours opérer là-dedans alors là, ils pourront foncer tête baissée. Sur « Golgotha » il y a une chanson intitulée « Miss You » qui aurait du figurer sur « The Crimson idol ». A vrai dire, il y en avait même 3, mais elles n’ont jamais été finies. Du coup cette fois-ci je me suis dit « il est peut-être temps que les gens aient une chance de l’écouter » car si tu regardes les paroles, tu peux clairement voir qu’il s’agit de Jonathan (personnage inventé par Blackie Lawless symbolisant une icône du rock avec ses moments de gloire et déchéance, ndlr) qui parle à son frère. Il parle à la tombe de son frère, Michael. Je trouvais ça cool que les fans puissent faire ce lien après toutes ces années.

Abordons des sujets plus divers à présent. Comment gères-tu le fait d’être une idole pour certaines personnes ? T’es-tu déjà retrouvé dans des situations embarrassantes voire carrément effrayantes à cause de ta renommée ?

Oui… On m’a tiré dessus deux fois en vérité. Dans les années 80… Ca peut vite devenir très laid ce genre de situation. « Scream », la première chanson de « Golgotha », est à ce sujet d’ailleurs : la vénération des idoles. Quand il y a Michael Jackson ou Elvis Presley, il y a forcément un lot de gens bizarres derrière eux… Et ces personnes pensent qu’elle savent mieux que toi qui tu es. C’est ok d’apprécier la musique mais quand ça tourne au vinaigre et qu’il s’agit d’idolâtrer quelqu’un… Ca peut faire peur.

 

As-tu un coup de coeur musical à nous présenter ?

J’essaye d’y réfléchir mais le souci c’est que quand je créé un album, je ne prends pas tellement le temps d’écouter ce qui se fait à côté. Et j’y ai passé énormément de temps. Je pense que c’est compréhensible mais j’ai quand même dit aux gens : « voyez les choses comme ça, si ton boulot est d’être mécano et de réparer des voitures toute la journée ainsi que de régler les problèmes des gens, eh bien c’est ton travail et tu le fais bien, tu ne prends pas le temps de faire autre chose. » La musique c’est pareil, malgré ce qu’on peut en penser. Il faut se sortir certaines idées de la tête et être respectueux du travail des autres.

Quel est le plus gros mensonge que tu aies dit à quelqu’un ?

(rires) J’adore cette question ! Excellente ! Probablement à propos de quelque chose dans mon pantalon pour me donner un genre et faire parler les autres ! (rires) J’ai fini par avoir de sérieux soucis à l’école à cause de ça (rires). Mais je n’y ai pas tellement repensé depuis !

Comment est la vie à Los Angeles ?

Difficile à dire ! S’il y a bien une chose que j’ai apprise ici en revanche c’est que pas mal de personnes aiment parler et vivre dans le passé. Ou dans le futur. Personnellement je suis bien plus heureux maintenant et je pense qu’on devrait plus se focaliser sur le fait de vivre l’instant présent. On perd trop de temps et d’énergie à faire autre chose.

 

En France il n’y pas vraiment de place accordée au rock’n’roll et au heavy metal. Aurais-tu une idée pour parer à ce souci d’ampleur nationale ?

Je ne sais pas… À chaque fois que nous venons en France, on voit bien que ce n’est clairement pas le genre de musique dominant. Malgré tout il y a des festivals monstrueux ici donc je sais que l’idée est vivante mais à des degrés différents. Mais depuis que je viens jouer ici, -ça fait plusieurs années maintenant-, j’ai quand même vu que le mouvement perdait en vitesse. Tout est plus compliqué désormais.

Les derniers concerts en 2009 et 2012 à Paris ont été un véritable succès. Il y a une forte « fan-base » française ici (à Paris notamment), alors qu’il est plutôt difficile pour de nombreux groupes de gagner le cœur des Français. Te sens-tu concerné et chanceux ?

Surtout de nos jours les temps sont durs… Si tu es nouveau dans le circuit, que peux-tu faire ? A vrai dire je ne sais pas trop du coup, car ce n’est pas compliqué qu’en France, ça se répand dans le monde entier. A l’époque la chose était nouvelle, on arrivait à créer un mouvement, une scène. Et ce pouvoir que les groupes avaient, c’est difficilement comparable à la situation de maintenant. J’ai eu de la chance d’avoir surfé sur la vague pendant que c’était encore faisable et de nous faire connaître comme nous le sommes désormais. Faire valoir ses compétences de manière individuelle dans sa ville ou dans son pays c’est devenu vraiment très difficile.

W.A.S.P.
The Idol

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