WATAIN
Black Metal rules

Cela faisait un bail que l’on n’avait pas eu droit à un nouveau brûlot satanique de la part de Watain, depuis précisément The Wild Hunt, paru en 2013. Si ce dernier n’avait pas fait l’unanimité auprès des fans à cause de son orientation plus mélodique, il faut bien reconnaître que leur magie noire opère toujours et que le trio suédois (en studio) demeure l’une des références actuelles du Black Metal scandinave alors que la scène est en train de s’essouffler. Soyez rassurés, leur nouveau méfait Trident Wolf Eclipse revient à des sonorités plus classiques et sauvages comme nous l’a expliqué son chanteur toujours aussi habité sur scène…

[Entretien avec Erik Danielsson (chant/basse (studio)) par Seigneur Fred]

WATAIN Band Photo #4

Eh bien, il semble que vous ayez pris votre temps depuis 2013 et la sortie de l’album Wild Hunt… Pourquoi un tel délai jusqu’à ce nouveau et sixième (comme 666 ?) album ? L’attente fut longue…
Nous avions pris déjà beaucoup de temps pour écrire et enregistrer The Wild Hunt, plus longtemps que d’habitude à vrai dire. Il était donc naturel que cela prenne aussi plus de temps pour le digérer… C’était un album intéressant sur lequel travailler et tourner, et nous étions très contents de continuer à le faire même un peu plus longtemps que d’habitude. Je suis content de l’avoir fait, surtout en pensant au résultat sous la forme de Trident Wolf Eclipse.

Dans le passé, vous avez sorti trois albums live : Le Rituel Macabre (2001), Tonight We Raise Our Cups and Toast in Angels Blood: A Tribute to Bathory (2015), et Stellar Descension Infernal à Budapest (2015) mais toujours en édition très limitée. Il est étrange que Watain n’ait jamais sorti un vrai album live professionnel chez Century Media parce que votre musique prend vraiment une dimension supérieure sur scène, c’est comme une communion avec Satan… Pourquoi ? Vous n’aimez pas enregistrer un DVD ou un CD en direct ?
Nous avons fait un DVD très ambitieux en 2012 pour commémorer notre treizième anniversaire. Ce DVD s’appelle Opus Diaboli et est toujours disponible dans notre magasin Wolf Wear. Ce fut un très gros projet, car il présentait non seulement une superbe capture vidéo du spectacle de nos treize ans à Stockholm, mais aussi beaucoup de documentaires et d’interviews. Tôt ou tard, nous pourrions refaire quelque chose de nouveau, mais il y a une grande part de moi qui préfère que l’expérience live de Watain ne se passe pas à travers un écran, mais dans la vraie vie.

WATAIN Band Photo #2

Parlons maintenant de Trident Wolf Eclipse, votre nouvel album studio. Tout d’abord, est-ce que ce nouveau titre de l’album est en relation avec les symboles de Watain (trident, loup, etc.) et peut être lu comme une ode ou une salutation aux vrais fans de Watain d’une certaine manière ? Quelle est l’idée derrière ce titre ?
Le trident, le loup et l’éclipse sont, depuis de nombreuses années, les trois principaux symboles du groupe, en effet. Les mettre comme des mots dans un titre simplement fait un résumé très efficace de non seulement l’album, mais Watain lui-même et définit notre lutte, qui nous sommes, et notre travail. C’est certainement un hommage au pandémonium en furie qu’est le monde de Watain, dans lequel bien sûr nos fans jouent aussi un rôle intégral.

Sur The Wild Hunt, vous expérimentiez certaines choses comme des parties folkloriques et épiques sur la chanson « They Rode On » en duo avec la chanteuse Anna Norberg, quelques violons et l’accordéon de Staffan Winroth, ou encore des incantations presque Indus sur « Outlaw ». Sur Trident Wolf Eclipse, tu n’as pas essayé de chanter avec une voix claire afin de continuer par exemple à expérimenter dans une veine plus mélodique. Pourquoi ?
Nous avons incorporé ces choses sur The Wild Hunt parce que nous en avions envie. Maintenant, nous n’avions pas besoin, nous avions envie de faire d’autres choses. C’est la nature même de la liberté de l’artiste, quelque chose que nous respectons profondément et que nous protégeons à tout prix.

Ester Segarra

Je n’ai pas cru entendre d’invité sur Trident Wolf Eclipse… Il semble que Watain souhaite se focaliser davantage sur soi-même afin d’être direct et cru, sans compromis, comme sur le premier single « Nuclear Alchemy » très offensif. Quel était ton sentiment après avoir terminé l’enregistrement de ce nouvel album ? Quel objectif t’étais-tu fixé ?
Nous étions décidés à faire quelque chose de plutôt simple et dépouillé de cet album. Je laisserai l’auditeur décider si c’est le cas ou non, mais quel que soit le résultat, le résultat est devenu trente-cinq minutes de Black Metal satanique. Je ne sais pas pourquoi exactement l’album a fini par ressembler à ça, mais au fil des années nous sommes devenus plus vieux, plus sages, plus forts et plus indépendants. Moins de conneries, plus d’action ! (rires) Je suppose que ce type de progression devient finalement une partie de notre expression. Il y a par contre des invités sur l’album : Attila (Mayhem) a fait une petite intervention sur l’une des chansons et E. Forcas et H. Death (Degial) – qui font aussi partie de la tournée de Watain – ont collaboré. Mais pour l’essentiel, le line-up de l’album est toujours le même.

Où avez-vous enregistré ce sixième album studio parce que je trouve le son plus chaleureux, et la basse plus avant peut-être dans votre son ? Qui a produit et mixé le tout : Tore Stjerna encore une fois ?
Nous l’avons enregistré au même endroit que toujours, à savoir le Necromorbus Studio de Tore Stjerna, à Stockholm. C’est presque comme enregistrer dans la salle de répétition dans le sens où c’est un environnement très familier qui ne nécessite pas de passer du temps à s’adapter et à apprendre à connaître les lieux avant de se rendre au travail. Nous avons passé environ un mois au total en studio cette fois-ci, donc un peu moins que les quatre mois que nous avons pris pour enregistrer The Wild Hunt.

Aujourd’hui en 2018, quelle est ta définition au juste de la musique Black Metal ? Parce que quand on regarde la scène Black Metal, surtout en Scandinavie et en Suède, il semble de plus en plus en déclin aujourd’hui avec peu de nouveaux groupes (intéressants) et seuls les groupes les plus anciens et les plus forts survivent…
Je suis un homme traditionnel quand il s’agit de Black Metal, pour moi la définition est une musique Métal dotée d’une intention satanique. Venom, Hellhammer, Bathory, Dissection, Nifelheim, Funeral Mist… Bien sûr, il est facile de dire que la scène est en déclin, mais si vous y pensez, cela a été dit pendant la plupart du temps que ce mouvement a existé. Il est naturel de regarder en arrière et de penser que tout allait mieux, et je suis aussi coupable de cette approche la plupart du temps. Ça me manque quand le Black Metal était quelque chose qui prenait du temps et des efforts. Le sentiment violent, dangereux et fanatique des vieilles habitudes me manque. Mais n’oublions pas que les scènes Black et Death metal d’aujourd’hui sont en grande partie très fortes. Il y a beaucoup de groupes plus jeunes qui ont faim et qui ont le feu et c’est la chose la plus importante pour continuer l’héritage de ce mouvement. Mais personnellement, je pense qu’il y a un manque d’action réelle, au-delà du flux constant de sorties et de festivals. J’ai toujours été d’avis que le vrai Black/Death Metal doit finalement se matérialiser dans l’action, dans la chair. Je ne me souviens pas de la dernière chose que j’ai entendue, même une rumeur à propos d’un nouveau groupe de Black Metal faisant quelque chose de radical en dehors de la musique. Une scène Black/Death Metal forte devrait générer plus de chaos, plus de controverse ! Cela ne se fait pas en allumant des bougies sur scène et en faisant semblant de pratiquer la magie noire, et cela n’est pas non plus fait en relançant tous les vieux albums en format cassette ou en imprimant des bootlegs à chaque vieux design de pochette. Cela se produit en donnant libre cours à l’ancien esprit du Black/Death Metal sur votre pensée et votre âme ! L’autel du Black Metal exige des sacrifices ! Donnez et vous recevrez. Cela est particulièrement important de se rappeler maintenant quand cette culture n’est pas un phénomène underground, mais plutôt quelque chose de largement connu et répandu.

WATAIN Band Photo #3

Vous allez jouer en live en France début 2018. Alors, que pouvons-nous attendre de vos prochains shows sur scène : peintures de cadavres, maquillage, sang et feu et furie, bien sûr musique Black Metal ou de nouveaux éléments dans le spectacle peut-être? Allez-vous jouer de nouvelles chansons et une reprise de Celtic Frost par exemple ?
Vous ne pouvez rien attendre d’autre que le chaos traditionnel Black Metal à la façon Watain ! Le public parisien est toujours génial et nous sommes impatients d’y invoquer à nouveau les tempêtes de damnation.

Enfin, comme tu le sais, Martin Eric Ain (RIP) nous a quittés en octobre 2017 suite à une crise cardiaque et je sais que Watain était proche de Celtic Frost… Je me souviens lors d’un précédent entretien en 2010 au festival Hellfest (à l’époque de Lawless Darkness), tu m’avais confié que Tom G. Warrior et Martin Eric Ain vous avez reconnus comment étant le « vrai groupe de soutien et le vrai line-up » à l’affiche de cette tournée de reformation de Celtic Frost en 2007, ce qui vous avait alors comblé. Gardes-tu en mémoire de bons moments avec Martin E. Ain et avais-tu pu nouer des liens solides depuis cette tournée avec Celtic Frost en 2007 ?
Tous les membres de Celtic Frost nous ont fait une grande et éternelle impression lors de cette tournée que nous avons faite avec eux en 2007 qui fut leur dernière tournée européenne, certainement l’une des plus importantes pour nous au cours des premières années de Watain. Mes souvenirs de Martin : c’était un homme très charismatique, avec beaucoup d’humour. Il était très cool avec nous, même quand tout le monde sur la tournée nous détestait à cause de nos manières sauvages et chaotiques ! (rires) Il avait l’habitude de venir dans nos loges et de nous filer leur alcool, parce qu’ils ne buvaient pas. Sur scène, il était juste fantastique. Ce fut un grand homme, artiste et visionnaire !