WINTERFYLLETH
Aparté acoustique

À l’heure où le renouveau se fait plutôt rare au sein de la scène Black Metal à cause de jeunes formations trop passéistes qui ne font que copier, certes avec honneur, leurs légendaires aînés toujours présents et increvables (ImmortalMardukMayhemIhsahn (Emperor)DarkthroneCradle Of Filth, etc.), les Britanniques de Winterfylleth ont décidé de sortir des sentiers battus en prenant tout le monde à contre-pied. Son principal compositeur/interprète et co-fondateur Chris Naughton, qui n’a donc pas peur de surprendre ses fans, nous présente l’épique The Hallowing of Heirdom, un sixième opus acoustique singulier, et revient sur les raisons de ce choix artistique risqué, mais pleinement assumé. 

[Entretien avec Chris Naughton (guitares/chant) par Seigneur Fred  Photo : DR]

WINTERFYLLETH promo photo 2018 #1

Comment est née cette idée d’enregistrer et publier un tel album studio entièrement acoustique comme The Hallowing Of Heirdom qui inclut de temps à autre de longues plages atmosphériques instrumentales ? 
Je crois qu’on avait cette idée en tête depuis toujours que Winterfylleth puisse faire un album acoustique et que cela ferait sens dans notre discographie. Mais c’est seulement à partir de 2015 que l’on a commencé à en parler sérieusement. Nick et moi écrivions beaucoup de morceaux acoustiques à l’époque et nous avons pensé à éventuellement les enregistrer sous la forme d’un EP tout d’abord, sous nos noms respectifs ou quelque chose comme ça. Et plus le temps avançait et plus nous y pensions, il nous a paru alors sensé d’impliquer les autres membres du groupe comme pour les autres albums de Winterfylleth. Il s’est avéré que c’était le bon moment pour nous tous car nous étions dans le même état d’esprit, en particulier Dan (notre guitariste principal) qui avait commencé à travailler sur sa carrière solo sous le nom Wolcensmen avec l’album Songs From The Fyrgen qui était alors de la même veine. Par conséquent, étant donné que nous étions tous d’accord, nous nous sommes mis au travail et nous avons passé plus de deux ans à écrire et enregistrer.

Après cinq albums studio plus classiques du coup, je présume que vous souhaitiez explorer de nouveaux horizons, de nouvelles sonorités, dans le but de ne pas vous répéter et développer une musique plus atmosphérique peut-être ce qui était une première en quelque sorte pour Winterfylleth, n’est-ce pas ?
Je pense que travailler sur cet album nous a fait sortir de notre zone de confort en temps qu’auteurs et musiciens, et nous le savions. Nous avons donc pris notre temps pour peaufiner chaque aspect de cet album. En premier lieu pour nous assurer qu’il résisterait à nos autres albums Metal, qu’il soit tout aussi émotionnel, émouvant ou passionné que ce qu’on avait fait par le passé. Mais aussi parce que nous croyions véritablement que nous pouvions faire quelque chose de génial dans ce style.

The Hallowing of Heirdom est donc très ambitieux et plutôt inattendu comme genre de disque au sein de la scène Black Metal. Les fans risquent d’être relativement surpris ! Êtes-vous conscients qu’il s’agit là d’une importante prise de risque, que ce soit d’un point de vue artistique ou commercial ?
En quelque sorte, oui, c’est comme si on avait pris des risques, et je suis sûr que ce disque peut créer des divergences parmi nos fans. Mais il s’agit aussi d’une avancée naturelle pour nous, étant donné que nous avons toujours inséré ce type de musique dans nos albums, même si on ne l’a jamais fait dans une telle proportion. Aussi, étant donné que certains de nos groupes préférés comme UlverDrudkh et Empyrium, ont fait de fabuleux albums en suivant cette évolution, cela ne nous paraît pas comme un si grand écart pour un groupe de Metal pour une sortie d’album.

Le résultat est très mélancolique… Que raconte l’histoire de The Hallowing of Heirdom au juste ? Peut-on parler là de concept album inspiré de vieux contes ou légendes anglo-saxonnes ? On dirait que les paroles sont écrites en vieil anglais…
Cet album porte sur l’héritage au sens large, mais il possède beaucoup moins de connotation politique que les albums de Metal en général. Étant donné que nous faisions de la musique acoustique cette fois-ci, nous nous sommes focalisés sur les influences lyriques et conceptuelles autour du folklore de la poésie pastorale, des devinettes des rimes et des odes, aussi sur des coutumes et pratiques uniques aux Îles Britanniques. Si bien que quand la musique envahit l’atmosphère, les émotions et les sentiments de nos précédents albums, exprimés cette fois-ci au travers de musique acoustique, les thèmes lyriques devaient se marier avec elle. Il n’y a pas grand-chose de l’histoire anglo-saxonne sur cet album à vrai dire. Il est plus large et traite donc d’éléments de la tradition britannique comme des devinettes, des odes, des rimes et des contes. Mais il s’agit plutôt de l’histoire moderne que de la poésie saxonne utilisée précédemment dans nos albums passés. C’est intéressant de voir que cette fois-ci, nous avons utilisé des éléments de la poésie pastorale, comme sur la première chanson de l’album « The Shepherd ». Ce titre est tiré d’un poème intitulé « The Passionate Shepherd To His Love » de Christopher Marlowe datant de 1593. C’est un des premiers exemples de la poésie pastorale britannique. Il est souvent étudié en littérature et il constitue un style de vers unique, faisant référence à des visions d’une idylle pastorale et d’un amour pour le monde naturel. Les mots sont utilisés pour créer une vision privée, intime, et sans défaut de la vie rurale dans le cadre d’une émotion personnelle. Les mots semblent témoigner du romantisme pour les éléments de la vie naturelle. Je pense que ce type de sentiments fait écho à nos propres sensations du romantisme pour le monde naturel et ils provoquent un sentiment plus profond, qui est quelque chose de plus profond, qu’il vaut mieux préserver plutôt que d’exploiter.

Qui est la chanteuse que l’on entend sur le morceau « The Nymph » qui interprète, je présume, le rôle de la nymphe sur votre disque ? 
La chanson où nous sommes accompagnés sur « The Nymph » est tirée d’un poème de Walter Raleigh : « The Nymph’s Reply To The Shepherd ». C’est mot pour mot l’opposé de la chanson « The Shepherd ». Ce titre est légèrement sarcastique en fait, pris de romantisme pastoral sur l’introduction, et il procure un regard plus profond sur la nature blasée et sarcastique de l’humour britannique. C’était une chanson intéressante mise en ouverture de l’album au départ. Elle a été chantée par Angela Deeks, qui est la femme de Mark Deeks (claviers, chœurs) mais également une chanteuse talentueuse à part entière. C’était aussi un changement agréable par rapport aux voix masculines habituelles. Sa voix collait parfaitement à la chanson qui est supposée être les mots d’une nymphe se confiant à un berger.

Est-ce que d’une certaine manière les albums les plus épiques de Quorton avec Bathory, comme Blood On Ice ou Twilight Of The Gods, ont pu vous inspirer pour la création de The Hallowing Of Heirdom?
La raison pour laquelle nous nous sentions obligés de créer un album acoustique cette fois est parce que nous pensions que nous pouvions partager, et par conséquent sauvegarder, des éléments du Folklore et des anciennes traditions ou superstitions de notre région du monde. C’est également une démonstration de nos racines musicales qui n’ont peut-être pas été évidentes jusque-là. Nous avons tous écouté du Dark Folk, du Folk Rock et du Folk traditionnel depuis notre plus jeune âge (comme EmpyriumDead Can Dance, UlverSteeleye SpanFairport Convention, et des choses plus indépendantes et à art dans le Metal comme Anathema et Katatonia). Nous savions que nous avions cela en nous pour créer un album qui se trouverait aux côtés de ces derniers. C’était une démarche sincère, tu sais.

Avez-vous l’intention de tourner pour promouvoir ce nouvel album acoustique en l’interprétant live dans des conditions plus intimes, un peu à la mode « unplugged » autrefois dans les années 90 ou bien allez-vous simplement interpréter quelques extraits sur scène lors de vos concerts électriques habituels ?
Oui, nous avons quelques spectacles de prévu pour la sortie de l’album dans les semaines à venir. Mais la première date était le 6 avril à Manchester à la bibliothèque de Chetham et la seconde eut lieu une semaine plus tard, le 13 avril, à l’église de Saint Pancras de Londres. Nous jouerons un mélange de vieux morceaux et de nouveaux avec bien entendu une préférence pour le nouvel album. Ayant choisi des endroits très spéciaux, nous espérons créer un événement unique dans la mémoire de notre public. Nous espérons également pouvoir lancer une tournée à la fin de l’année.

Sinon, j’aimerais revenir sur une déclaration faite dans la presse sur Internet en 2013. C’était le 12 mai 2013 exactement sur le blog Eyesore Merch (disponible ici), tu avais alors dit qu’il ne fallait pas s’attendre à vous voir sur scène avec des peintures noir et blanc et tous les artifices du Black Metal durant un concert de Winterfylleth. Pourquoi une telle déclaration ? Vous ne vous sentez pas proche de la scène Black Metal européenne et refusez l’héritage de ce genre musical des années 80 et 90 que pourtant pratiquez sur vos albums habituels ?
Je pense que quand nous avons commencé, et même maintenant, c’était important pour nous de ne pas être vu comme simplement un autre groupe de Black Metal de plus. Pour moi, le corpse paint est un bastion de la scène Black Metal des années 80-90, et c’est devenu une parodie de lui-même en fin de compte avec tant de groupes qui se copient… Cette musique et cette passion sont quelque chose que nous mettons à l’honneur dans notre musique d’une certaine façon, mais cette image est celle de son temps et appartient à ces groupes de l’époque, pas à nous. À mon avis, certaines personnes ont mal interprété le fait de ne pas utiliser les peintures et maquillages typiques des codes du Black Metal en nous prenant pour des hipsters ou quelque chose dans le genre, ce qui ne pourrait pas être plus loin de la vérité. Vous ne trouverez pas de gens comme ça dans notre groupe. Mais nous ne sommes pas un groupe des années 90s. Notre groupe s’est formé en 2007, en Angleterre, pas en Scandinavie, donc nous ne voulons pas parodier cela. Nous voulions être vus comme un nouveau groupe de Black Metal, qui avait autre chose à dire, à proposer. On a donc essayé et essaie d’être différents de cette image que beaucoup de formations donnent.


Pour conclure, quels sont les projets à venir de Winterfylleth après la sortie de ce nouvel album en 2018 ? Des participations à des festivals d’été en Amérique ou bien en Europe son-ils au programme ? En France par exemple, des festivals comme Cernunnos Fest or Motocultor Fest seraient appropriés à votre style…
Nous allons jouer dans des festivals cet été et travailler pour la tournée de fin d’année comme je l’ai dit. Nous avons participé à un festival breton chez vous en France le 5 mai. C’était un spectacle uniquement sur invitation. Sinon, nous reviendrons participer à d’autres festivals et spectacles en 2019… Quant à notre nouvel album de Winterfylleth, The Hallowing Of Heirdom, il est donc disponible chez Candlelight Records/Spinefarm Records.