WITHERFALL
Curse of Autumn
Heavy/Power Metal progressif
Century Media

Alors que le guitariste soliste Jake Dreyer a gentiment pris ses distances et quitté Iced Earth (à moins que ce ne soit l’inverse ?) en début d’année après le coup de sang putschiste de Jon Schaffer au Capitole de Washington, Witherfall arrive après la bataille avec ce troisième opus produit quelques mois avant cet incident diplomatique par le leader d’Iced Earth aux Morrisound Studios à Tampa en compagnie des frangins Jim et Tom Morris. Empli d’une frustration artistique et d’une réelle volonté d’en découdre sur la scène Métal, le quintet californien compte bien démontrer de quoi il est capable, au risque de partir un peu dans tous les sens et en mettre plein la vue, parfois trop, à ses fans et non fans. Si les deux fondateurs de Witherfall, Jake Dreyer et Joseph Michael, peuvent paraître pugnaces, ils sont également talentueux. Rappelons que le guitariste Jake évoluait donc il y a encore peu de temps dans Iced Earth et a aussi accompagné live Demons & Wizards ainsi que Kobra And The Lotus ; quant au chanteur Joseph, il remplace le défunt Warrel Dane (R.I.P.) au sein de, non pas Nevermore, mais Sanctuary depuis 2018 même s’il n’a encore rien publié avec eux. Les années et collaborations passant, c’est bien à l’unique force du poignet et de la voix qu’ils espèrent imposer enfin au monde entier le Power Metal de Witherfall à la fois technique, émotionnel, et progressif, n’hésitant pas à intégrer diverses influences Death, Thrash ou Heavy/Speed Metal dans son style pour en faire toujours plus, comme sur ce Curse of Autumn très polymorphe et heavy.

S’entourant ici d’une section rythmique en béton armé grâce au batteur Marco Minnemann (The Aristocrats, Steven Wilson) qui rejoint ainsi le bassiste Anthony Crawford présent depuis le premier album Nocturnes and Requiems (2017), Witherfall envoie du lourd, et ce dès le second titre très speed et tout en puissante, « The Last Scar ». Celui-ci succède à une courte et jolie intro à la guitare acoustique puis électrique qui donne vite le La. « The Last Scar » va à droit au but ici, avec breaks bien massifs, et un Joseph Michael impressionnant au micro. Côté gratte, Jake Dreyer sait tout faire, puisant son influence dans l’école néo-classique à travers ses soli de guitare, mais sait aussi dégainer des riffs modernes tout simplement mortels alors que derrière la basse/batterie impulse un tempo terrible, quitte à réaccélérer sur la fin après une voix haut perchée du chanteur de Sanctuary. Magnifique. Et nous en sommes là qu’au début de ce troisième album. On note au passage que le titre de cette seconde chanson n’a pas été choisie par hasard (« The Last Scar ») par ses auteurs car question coups du sort et cicatrice (mentale or physique), le groupe américain a déjà donné avec notamment le décès de son batteur Adam Sagan (R.I.P.) en 2016.

Ensuite, Witherfall enchaîne avec un morceau plus mid tempo, groovy (avec son intro basse fretless/batterie à la Cynic), et mélodique, baptisé « As I Lie Awake ». Le solo de guitare est plus simple, presque intime, accompagné sur le break par une seconde guitare, acoustique celle-ci. Puis le solo se développe, Jake Dreyer sachant mêlé technique et émotion avec une certaine modernité. Côté cordes vocales, Joseph Michael donne tout ce qu’il a jusqu’au final.

Survient la balade « Another Face », assez classique mais tout de même bien heavy, où là encore le chanteur Joseph Michael démontre tout son potentiel et sa diversité vocale, avec des screams dans les aigus, puis retombant dans les graves, s’énervant même sur le break lourd (3’30) où le guitariste vient lui répondre, avant un pont à la basse et guitare acoustique génial, repartant sur un rythme lancinant à la Nevermore (période Dead Heart In A Dead World). Le cinquième titre « Tempest » évoquerait davantage Opeth de Sorceress dans son intro. Un méchant riff suivi d’une guitare classique se succèdent, avec un retour de la guitare électrique sur un riffing presque Black Metal. Et c’est une autre balade à laquelle nous avons droit au milieu du disque avec la superbe chanson-titre. Mais parfois les transitions sont rudes, les Américains nous emmenant le coup d’après dans de vraies montagnes russes musicales (le très direct et presque too much instrumental « The Unyielding Grip Of Each Passing Day » qui à lui seul vous met à genoux avec toujours de superbes envolées de guitares). Et gare à la surenchère musicale parfois et au manque de goût comme sur le vidéo clip de la chanson très heavy « The Other Side Of Fear » au faux airs de Nevermore énervé.

On repart ensuite pour une nouvelle balade avec « The River », tout en guitare acoustique celle-là sauf sur le solo où Jake Dreyer ne peut pas s’empêcher de sortir sa gratte électrique avec une distorsion. Dommage, c’était presque idéal pour les amoureux autour d’un feu de camp ou sur la plage à l’approche des beaux jours quand on sera totalement déconfiné. Cette ambiance plus apaisée et mélodieuse prédominera ainsi jusqu’à la fin de ce nouvel album sauf sur le mélancolique « And They All Blew Away » d’une durée de 15 mn aux influences Death/Control Denied (on pense alors à The Sound of Perseverance de Death et le projet Control Denied du regretté Chuck Schuldiner (R.I.P.)). Vous l’aurez donc compris, Witherfall sait tout faire, alliant influences old school et plus modernes, le tout dans une production énorme, mais attention à ne pas s’y perdre par moment dans tout ce génie créatif !

Par contre, question artwork, va falloir être plus original les gars, car même si celui de Curse of Autumn est pas mal et signé du fameux artiste suédois Jan Kristian Wåhlin alias « Necrolord » (membre de Diabolique et ex-Grotesque avec Tomas Lindberg) dégageant chez nous une certaine nostalgie avec ce genre d’illustrations très courantes à la fin des années 90 avec Dark Funeral, Bathory, Diabolique, Cemetary, Necrophobic, etc., on aurai aimé un peu plus de personnalité visuelle histoire de pouvoir dire que vous sortez là un véritable chef d’œuvre. [Seigneur Fred]