Les albums se succèdent vite pour nos Finlandais avec déjà leur cinquième opus Wolves Of Karelia, deux ans à peine après Constellation Of The Black Night qui marquait le début d’une nouvelle collaboration avec le label Napalm Records. Malgré une tournée nord-américaine ce printemps avec Rotting Christ reportée à 2021, son leader (également membre de Dawn Of Solace) ne perd pas le nord en ces temps troubles pour les artistes… [Entretien réalisé le 15/04/20 avec Tuomas Saukkonen (guitare/chant) par Seigneur Fred – Photo : Valtteri Hirvonen]

Comment ça va actuellement en Finlande ? Êtes-vous plus en sécurité par chez vous dans l’Europe du nord qui est moins dense en population ? Quelle est la situation de l’épidémie de Covid-19 à Lahti situé dans le centre-sud du pays où tu vis ? Et avez-vous pu effectuer votre tournée avec Rotting Christ en Amérique du Nord comme prévu initialement en mars et avril ? (NDLR : interview réalisée mi-avril 2020)
Les chiffres en Finlande sont bien meilleurs que dans la plupart des pays, en effet, mais tous les bars, clubs, salles de concert ou de sport, les gymnases et restaurants ont été fermés. Il y a même des barrages routiers pour empêcher les gens de se déplacer de la région de la capitale Helsinki vers d’autres régions de la Finlande. C’est compliqué. La tournée nord-américaine a malheureusement été reportée en 2021, donc pour le moment, nous attendons simplement de voir ce qui va se passer avec les festivals d’été…

Petit retour en arrière sur l’album Tyhjyys sorti en 2017 qui clôtura votre contrat chez Spinefarm Rec. et que j’avais beaucoup aimé. Que signifiait alors exactement ce titre en finlandais ? On peut le traduire par « vide », c’est ça ?
La traduction directe en anglais est « empty », donc oui « vide », mais le mot finlandais a un sens encore plus profond et sombre. Ce n’est pas seulement le néant, c’est vraiment quand tout est perdu… Voilà.

Parlons maintenant business : pourquoi avez-vous stoppé votre collaboration avec le célèbre label finlandais Spinefarm Records après l’album Tyhjyys ? Pour un groupe finlandais, n’est-ce pas plus confortable et plus simple d’être sur un tel label ? Pourquoi avoir changé pour Napalm Records depuis le précédent disque Constellation Of The Black Light ?
Spinefarm était un label génial mais comme ils appartiennent aujourd’hui à Universal Music, ils ne sont plus vraiment un label Métal indépendant dans le passé il y a une vingtaine d’années. Napalm Rec. est beaucoup plus concentré sur le Métal et a également de bien meilleures connexions dans le monde entier. C’était vraiment important pour nous de pouvoir passer à un label plus efficace et spécialisé de nos jours avec la grosse artillerie (promotion, distribution, marketing, etc.) qui est beaucoup plus grande et concentrée en Europe et en Amérique du Nord, qui sont les deux principaux territoires pour n’importe quel groupe de Métal qui se respecte.

Par conséquent, quel bilan dresses-tu de votre précédent album Constellation Of The Black Light deux ans après sa publication ?
Constellation (…) a fait beaucoup mieux que Tyhjyys en ce qui concerne les commentaires des fans, les critiques, les ventes, etc., donc je suis toujours très fier de cet album. Il a également été notre premier album à paraître chez Napalm Records, et il y a eu une nette amélioration sur tous les aspects notamment le travail promotionnel de l’album ce qui nous a permis de commencer à tourner en Amérique du Nord et du Sud ce qui fut nouveau pour Wolfheart. On a donc fait un plus grand pas en avant avec cet album.

Wolfheart a été fondé à Lahti en Finlande en 2013 et vous avez déjà publié cinq albums en l’espace de sept ans et plusieurs singles. Vous êtes donc un groupe plutôt productif. Qu’est-ce qui t’inspire autant ? Ton environnement au Pays des Mille Lacs ? La nature, les longs hivers propices à la mélancolie et à l’écriture, etc. ou bien ce sont les maisons de disques qui te poussent un peu ? (sourires)
Tout à fait, la nature et l’hiver sont de grandes sources d’inspiration pour nous. Je ne m’inspire pas trop cependant de la mythologie nordique. Étant né dans un petit village entouré de forêts et de lacs en Finlande, la nature a donc toujours fait partie de moi. Aussi, écrire de la musique me vient très facilement. Après c’est plus une problématique pour tous les labels de demander à sortir aussi rapidement des albums, du moins avec lesquels j’ai travaillé jusqu’à présent, car parfois il serait préférable, je pense, d’espacer un peu plus les sorties d’albums.

WOLFHEART Wolves of Karelia (artwork by Nikos Stavridakis)

Votre nouvel album s’appelle Wolves of Karelia. Qui sont donc ces « Loups de Carélie » ? Est-ce là une métaphore pour parler de vous tous au sein de Wolfheart d’une certaine manière ici ?
Oui et non, les « Loups de Carélie » sont les soldats de l’armée finlandaise qui ont combattu contre la Russie pendant la Seconde Guerre Mondiale durant l’hiver 1939-1940. Toutes les paroles de l’album sont en fait basées sur les histoires des vétérans. C’est là le premier concept album que j’écris. Cependant, je voulais garder les graphismes et le titre de l’album aussi neutres que possible et ne pas trop souligner le thème de la guerre ou de la politique.

Les nouvelles chansons sont très Heavy et « in your face » ! Vos racines folkloriques semblent un peu en retrait cette fois, moins présentes que par le passé. Par exemple, il y n’y a que quelques parties de guitares acoustiques folk (uniquement sur l’intermède « Eye Of The Storm » et la courte intro de « Ashes » à la fin de l’album). Pourquoi ? C’était l’un de vos atouts dans la musique de Wolfheart ? Certains fans vont peut-être être déçus…
Oui, je comprends. Mais je voulais créer un album plus agressif et brut. Je pense que cela convient mieux au thème également (la guerre) ici. Peut-être que c’était plus naturel pour moi de me concentrer sur des choses plus agressives du coup, surtout depuis que j’ai pu écrire un album entier de musique plus lente et mélodique avec mon autre groupe Dawn Of Solace qui contient beaucoup de piano et de guitare acoustique (NDLR : leur second album Waves est paru en janv. 2020 sur Noble Demon). Peut-être que l’équilibre parfait se trouve entre ces deux albums…

Au niveau des parties de guitares, toi et Vagelis Karzis jouaient principalement sur des guitares à sept cordes sur toutes les nouvelles chansons de Wolves Of Karelia afin d’obtenir ce son plus bas et plus lourd. Ne penses-tu pas que cette spécificité technique puisse affecter les mélodies de guitares dans le son de Wolfheart à force et c’est pourquoi peut-être utilisez-vous parfois plus de claviers dans vos chansons dorénavant comme sur « Arrows Of Chaos » ?
Le nombre de cordes n’a pas d’effet sur le son plus bas et plus lourd ici. L’essentiel ici est l’accordage de la guitare et sa taille. En fait, j’ai joué toutes les guitares rythmiques en studio sur ma guitare baryton qui est à l’échelle vingt-sept pouces (une guitare normale même avec sept cordes est de vingt-cinq virgule cinq pouces) alors que la guitare normale est conçue pour l’accordage de la grosse corde en Mi (ou éventuellement en Ré) mais la mienne est conçue pour l’accordage en La qui produit un son beaucoup plus lourd et plus faible. Cela affecte naturellement le jeu, mais je gère cela avec des arrangements de guitares. Quant aux claviers, ils sont destinés à apporter ce style de « bande originale de film » avec une couche supplémentaire dans la musique.

D’ailleurs, ton second guitariste Vagelis est-il désormais un membre à temps plein au sein de Wolfheart ou il demeure simplement un guitariste de session live ?
Vagelis est maintenant membre à part entière de Wolfheart. Il a joué d’ailleurs tous les solos de guitare du nouvel album et a même fait quelques chœurs.

Hormis la touche progressive peut-être, te sens-tu parfois comme un artiste finlandais héritier du célèbre groupe national Amorphis d’une certaine façon mais avec plus de puissance ? Que réponds-tu à ce compliment d’« enfant d’Amorphis » que l’on pourrait avoir envie de te faire avec Wolfheart ? (sourires)
Je suis profondément honoré de ce genre de commentaire. Le légendaire album « Tales From The Thousand Lakes » était un énorme album pour moi à l’époque quand j’étais enfant et j’ai été ravi de voir et suivre leur formidable carrière et leur évolution toujours plus grande avec chaque album. Ils sont vraiment des héros finlandais du Métal pour tant de jeunes groupes chez nous en Finlande.

Même si ce n’est pas évident actuellement, quels sont vos projets pour cette année ? Comment vois-tu l’avenir de Wolfheart pour 2020 ? Avez-vous tout de même une tournée européenne déjà programmée ?
Les temps sont durs et compliqués, je crains que tous les festivals d’été ne soient annulés… Nous avons prévu une tournée européenne en septembre/octobre, mais je ne peux vraiment pas dire encore à l’heure actuelle si elle sera maintenue ou non, tout dépend de l’état du monde et la situation virale après l’été. Espérons le meilleur !


WOLFHEART
Wolves Of Karelia
Death Metal mélodique
Napalm Rec./Season Of Mist
★★★★☆

La meute finnoise continue son chemin entamé sur le remarqué Winterborn (2013) avec la même recette, à savoir un Death Metal puissant et mélodique. S’essayant au concept album sur les soldats finlandais durant la dernière guerre, Tuomas Saukkonen durcit cependant quelque peu le ton ici grâce aux guitares rythmiques jouées sur une baryton accordée plus grave en La. Riffs très heavy et acérés donc (« Reaper », « The Hammer »), growls monocordes, intros imposantes (« Hail Of Steel ») ou plus subtiles (« Horizon On Fire »), ambiance folk (« Eye Of the Storm »), chacun s’y retrouvera. Mais à trop enchaîner ainsi les albums, Wolfheart, fort d’un savoir-faire typiquement national made in Finland (Amorphis, Insomnium…), semble perdre peu à peu la fraîcheur de ses débuts. [Seigneur Fred]