Cette année, Roger Miret, charismatique leader d’Agnostic Front, fête ses 50 ans. Est-ce pour cela qu’il chante sa nostalgie du « vieux New-York » dans « The American dream died », nouvel opus du combo ? Nous avons posé la question – et quelques autres – à Mike Gallo, le bassiste récemment quarantenaire du groupe. [Entretien réalisé par Philippe Jawor]

Agnostic FrontLe nouvel album s’appelle « The American dream died ». Êtes-vous désabusés par ce que sont devenus les Etats-Unis aujourd’hui ?

Ce qui se passe aux Etats-Unis et dans le monde entier est dégueulasse. On en a marre d’être pris en otage, que ce soit par le terrorisme ou par le gouvernement, qui mène le pays à la faillite. Ce n’est pas dur d’être énervé contre la société ! On a besoin de montrer au monde ce qui ne va pas, pour pouvoir changer tout ça.

L’Amérique était un endroit où les gens venaient avoir une vie meilleure. Un pays bâti sur l’opportunité, la liberté, où les gens, à une époque, pouvaient venir depuis le monde entier pour changer de vie, tout reprendre à zéro.

Le problème, c’est qu’aujourd’hui, nous ne croyons plus en notre gouvernement, en ceux qui gèrent ce pays : ils sont en train de le mener à la ruine à grands coups de mensonges, de corruption, d’opérations militaires pas claires.

Voilà ce qui se passe aujourd’hui dans ce pays : on empêche les gens d’y arriver en confisquant peu à peu leurs libertés. C’était un pays prometteur, il est en train de se casser la gueule, oubliant ses valeurs ; trop de gens s’en foutent.

 

J’ai aussi l’impression qu’il y a une part de nostalgie, dans des chansons comme « Old New York » ou « Just like yesterday ». Qu’est-ce qui vous rend aussi nostalgiques ? Les 50 ans de Roger ?  Tes 40 ans ?

Il y a de ça, je pense, oui. C’est assez incroyable, quand on regarde en arrière, de voir ce qu’on a fait dans notre carrière : il y a tellement de bons moments, de belles rencontres faites en chemin…

Les temps ont changé, forcément, et New York n’y a pas échappé, au contraire. Alors on regarde un peu en arrière, on se remémore tout ça…

 

« Police violence » et son clip font clairement référence aux évènements impliquant la police, comme à Ferguson, dans le Missouri. Quel est ton sentiment face à tout ça ?

Il y a beaucoup d’ignorance dans tout ça. Les flics agissent comme des criminels, et les criminels tirent sur les flics sans aucune raison.

Ce n’est pas facile d’être flic, mais je ne prends pas leur défense non plus. Je constate simplement les faits. Le problème c’est que beaucoup d’officiers de police – pas tous, évidemment – se croient au-dessus des lois et outrepassent leurs pouvoirs. C’est un sérieux problème, on avait besoin d’en parler.

 

Et d’une manière plus générale, qu’est-ce qui a inspiré les paroles de « The American dream died » ?

La politique, évidemment, les problèmes auxquels on doit faire face dans le monde… C’est ça qui nous a inspiré, tout ce qui ne va pas dans le monde à l’heure actuelle ; c’est de ça dont on doit parler.

C’est notre onzième album, et je suis honnêtement persuadé que c’est l’un des meilleurs qu’Agnostic Front ait pu enregistrer. C’est difficile d’égaler les classiques, mais tous ces éléments, ces sons piochés dans toute notre carrière qui se retrouvent ensemble, ça donne un ensemble très solide ; on est très fiers de cet album.

 

On dirait qu’il y a eu deux sessions d’enregistrement pour cet album : il y a des titres rapides, très énervés, comme « Police Violence », « I can’t relate » ou encore « No war fuck you », et d’autre plus lents, plus lourds…

Ce n’est pas quelque chose qu’on a fait consciemment : on a juste écrit un tas de chansons, jeté ce qui nous paraissait moins bon et gardé ce qui nous semblait le plus fort. Certains disent qu’on revient aux jeunes années d’Agnostic Front, mais c’est juste sorti comme ça ; on a bossé dur, avec chacun notre style d’écriture, et c’est peut-être ce qui donne ce sentiment de diversité, pour au final 28 minutes d’intense Hardcore new-yorkais !