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AORLHAC
Seigneur des volcans

A l’heure où un méchant volcan se réveille en Méditerranée (bah oui, on avait oublié que les Îles Canaries étaient constituées de volcans plus ou moins endormis…), un autre, français celui-ci, se manifeste violemment dans notre contrée en Auvergne : j’ai nommé Aorlhac ! Il faut dire que les moments d’échanges avec ses membres sont toujours des rendez-vous privilégiés, passionnants et généreux, à l’image de leurs albums. Contre vents et marées, la bête d’Aurillac apparaît toujours aussi féroce, offrant cet automne une nouvelle pierre à son édifice, trois ans après l’excellent L’Esprit Des Vents qui avait vraiment imposé le quatuor auvergnat sur la scène black metal hexagonale et européenne. [Entretien avec Spellbound (chant) et NKS (guitare) par Seigneur Fred – Photos : DR]

Comment ça va depuis notre dernier entretien en 2018 pour votre précédent album L’Esprit des Vents ?? (disponible sur votre label https://lesacteursdelombre.net/aorlhac-intrevue-complet-avec-metal-obs-french-only/ et encore directement sur notre site pour la version intégrale en plus du mag’ papier n°81 (janv-fév 2018) d’alors : https://www.metalobs.com/aorlhac-le-vent-en-poupe/)
Spellbound : Bah? ça va… Oui, c’était une bonne entrevue, bien complète, plus de trois ans déjà, ça passe vite, et beaucoup de très bonnes choses se sont produites entre temps pour Aorlhac ! A l’heure actuelle, nous sommes concentrés sur notre dernier album « Pierres brûlées » et sa sortie imminente prévue pour septembre de cette année.
NKS : On ne regarde pas souvent en arrière, mais force est d’avouer qu’il s’en est passé des choses depuis oui, disons que depuis l’Esprit des Vents le groupe a changé de dimension…

Beaucoup de questions me viennent à l’esprit à l’écoute de votre musique, Aorlhac, comme toujours. Question hypra classique tout d’abord, j’en conviens, mais comment avez-vous vécu personnellement cette année et demi sans concert à cause de cette crise sanitaire ? Cette période a-t’elle été propice à l’écriture et la composition favorisant le temps pour se pencher sur un nouvel album (Pierres Brûlées), ou bien pas mal d’idées étaient déjà prêtes peut-être depuis votre dernière tournée de concerts pour L’Esprit des Vents ?
NKS : Tu t’en doutes, la période n’a pas été simple un groupe comme le nôtre ; comme tous les membres sont éloignés, le fait de ne pas pouvoir se voir a été compliqué, oui. Mais d’un côté, ça a surement favorisé l’écriture de l’album : l’absence de live et de répétitions nous a permis de nous consacrer à 100% sur la composition. J’avais certes déjà pas mal de matériel datant de la composition de l’album précédent mais j’ai trouvé plus cohérent et authentique de partir sur quelque chose de nouveau tant l’inspiration était au rendez-vous.
Spellbound : La période a été compliquée pour un tas de raisons personnelles et je ne suis pas sûr qu’on en voie le bout dans tous les cas (mon côté toujours très optimiste !) et effectivement les concerts – dont l’arrêt fut brutal – commencent à nous manquer, mais du coup cet arrêt forcé nous a également permis d’enclencher sur la suite discographique du groupe, ce qui est une bonne chose puisque nous arrivons avec un nouvel album dont nous sommes très fiers et que nous avons hâte de partager avec notre public. Aucune idée n’avait été stockée ou écrite lors des tournées concernant la suite de « L’esprit des vents ». Nous avons vécu cette période sur la route pleinement et de manière très intense et nous étions donc exclusivement concentrés sur cet aspect live, qui implique en plus de jouer le soir un set énergivore, de beaucoup boire d’alcool et d’enquiller des centaines voire des milliers de kilomètres, ce qui pour nous fut considéré comme un job à plein temps ! Pour revenir à la compo du dernier album, c’est donc un travail qui a démarré après la fin de nos derniers shows qui ont pris fin début 2020 avec l’arrivée du virus.

D’ailleurs composez-vous un peu quand vous en tournée et avez-vous tourné à l’étranger pour promouvoir sur scène L’Esprit des Vents ?? Aorlhac : un groupe international depuis votre signature avec LADLO ? (sourires)
Spellbound : Nous ne composons pas sur la route, même si rien n’est à exclure, après tout l’inspiration peut débarquer n’importe quand. Par contre, il est vrai qu’en plus d’avoir bien quadrillé l’Hexagone pour la promotion live de L’esprit des Vents, le groupe a également sillonné d’autres contrées, pour notre plus grand plaisir et notre plus grand étonnement, jouer à l’étranger étant tout nouveau pour nous tous ! On peut donc effectivement parler dans une moindre mesure, de développement « international » puisque nous avons pu nous produire en Belgique, en Suisse, en Allemagne, en Angleterre… Mais je crois que c’est aussi très lié avec le fait que cet album a su convaincre et se démarquer bien au-delà de nos frontières, ce qui est bien sûr très encourageant et gratifiant pour Aorlhac, et comme tu t’en doutes, la signature avec LADLO n’est pas pour rien dans cette expansion territoriale.
NKS : Non, pourtant ce ne sont pas les idées ni le temps qui manquent sur la route ! J’imagine que le jour où on aura notre tour bus, il sera plus aisé de composer sur la route ! Blague à part, il est vrai que tous ces trajets, toutes ces villes, tous ces groupes avec qui nous avons tourné ont forcément été une source d’inspiration pour la suite.

Pour Spellbound : tu as sorti successivement deux albums avec tes sides projects : Joûrs Pâles avec Asphodèle dont le projet est mort-né finalement avec ce seul album, ; mais il a donné naissance ensuite très vite au groupe/projet Jours Pâles proprement dit, et un premier album Eclosion. Quels retours as-tu eu globalement pour ces deux projets parallèles et t’ont-ils permis de t’exprimer autrement, plus intimement, car on ressentait là un spleen mais dans un sortie de Black’n Rock shoegaze relativement accessible pour le commun des mortels ou plutôt des néophytes au Black Metal ?
Spellbound : Concernant mes projets personnels, je suis très satisfait des retours jusqu’à présent et très heureux aussi de pouvoir continuer mes pérégrinations musicales et mes collaborations avec LADLO. Bien sûr, et pour ne parler que de Jours Pâles, qui est mon projet actif en parallèle d’Aorlhac, c’est une manière beaucoup plus intime de se livrer autant musicalement que conceptuellement, mais c’est du coup très équilibré avec le côté plus frontal, terroir et intense d’Aorlhac. C’est pour moi complémentaire en tant que musicien. Jours Pâles n’est adressé à aucun public en particulier, je ne vois pas de shoegaze ou de metal plus accessible car ne je réfléchis pas en termes de genre ou de style quand je fais de la musique, mais je suis plutôt dans la représentation de l’instant T et du ressenti.

Spellbound (Aorlhac)

Toujours pour Spellbound : du coup, les albums d’Asphodèle et Jours Pâles ont-ils été un mal nécessaire pour toi passer à autre chose, explorer autre chose, afin d’accoucher ce nouvel album d’Aorlhac, Pierres Brûlées, qui sort cet automne 2021 ?
Spellbound : Non, aucun rapport avec le besoin de passer à autre chose, mais effectivement plutôt d’explorer en parallèle de nouveaux horizons, de nouvelles possibilités, de nouvelles envies. J’ai commencé à développer ces projets dans une période très creuse de ma vie ou il était vital et nécessaire de créer quelque chose, d’avoir mon projet car je ce que je veux exprimer ne rentre pas dans les standards que nous nous imposons au sein d’Aorlhac. Entre-temps, sont arrivées les nombreuses demandes de concerts pour Aorlhac suite à la sortie de L’esprit des Vents en 2018 et ce fut donc une période qui s’est vite transformée en quelque chose de très violent, très dense dans le bon sens du terme. Je mène tous ces projets de front et j’essaye toujours de faire en sorte que les deux ne se court-circuitent pas pour autant. C’est une organisation certaine, mais c’est tout à fait faisable !

L’Esprit des Vents clôturait en 2018 une trilogie conceptuelle autour du vent, élément naturel qui, comme déjà évoqué dans le passé, caractérise votre Black Metal, avec cette puissance, cette intensité musicale. A présent, quelle est l’idée avec Pierres Brûlées ? S’agit-il d’un nouveau concept album et d’un nouveau cycle conceptuel pour Aorlhac ?
Spellbound : L’idée était de passer à autre chose en termes de concept, tout en gardant une continuité car nous ne tenions pas à révolutionner quoi que ce soit non plus, consciemment ou non. Aorlhac fait du Aorlhac. Nous avons par contre su ajouter çà et là des nuances, des angles différents, à notre recette « de base » et il y a donc de véritables évolutions dans ce disque, vis-à-vis du reste de notre discographie. Pierres brûlées est influencé par les pierres volcaniques de notre région, et est globalement un hommage à nos terres cantaliennes. Nous nous sommes cette fois ci focalisés sur l’Auvergne et le cantal concernant les influences géographiques et thématiques, là où sur nos précédents efforts nous avions tendance à nous « éparpiller » au travers de toutes les possibilités fantastiques que peut offrir l’Occitanie dans sa vastitude et son historique hyper fourni. Cela réduit donc la marge de manœuvre, et je crois que c’est aussi pour cela que tu trouveras plus de textes évasifs et personnels que de figures ou de faits historiques sur ce Pierres Brûlées. Les changements sont donc subtils, parfois plus marqués, mais en tous cas bel et bien présents.

Pourquoi ce titre d’album Pierres Brûlées ? On dit souvent qu’après un incendie, un feu de forêt ou une explosion volcanique (vous êtes au sud de l’Auvergne), la terre se ressource et de nouvelles plantes réapparaissent ensuite, comme si la vie reprenait le pas sur la mort. Est-ce l’idée ici d’une reconstruction après une destruction ? Sur l’artwork que j’ai aperçu en avant-première, on dirait la montagne du destin dans le Mordor qui est en feu, ou alors Vulcania… ?! (rires)
Spellbound : Pierres Brûlées c’est en fait en référence aux pierres volcaniques de la région, et plus particulièrement au chaos rocheux et aux falaises constituant le sommet de Peyre-Arse qui est un massif volcanique du massif central culminant à environ 1800 mètres d’altitude. L’idée première vient de là. J’ai donc développé les thématiques autour de ça, en écrivant des textes qui dépeignent autant la vie rude et solitaire que l’on peut être amener à subir dans tous ces coins paumés et déserts, que des odes au Puy Mary et à l’Auvergne en général puisque c’est dans ce territoire que nous évoluons encore pour la plupart. Je tiens à signaler encore une fois le travail énorme de Stan W Decker qui était déjà présent pour l’artwork de notre précédent méfait. Il y a ici et sur l’ensemble du travail visuel un travail d’excellente facture et surtout des teintes, des couleurs et des expressions vraiment démentielles.

Vous aviez annoncé à l’époque de L’Esprit des Vents que le prochain album pourrait peut-être très bien sonner plus lourd/heavy pour le live (cf. réponse à la quest. 2 sur le site de LADLO pour une interview du label), mais finalement je trouve à la 1ère écoute que Pierres Brûlées s’inscrit dans la lignée musicale de L’Esprit des Vents avec toujours des rythmes élevés et des riffs Black rapides, speed, avec parfois des influences Thrash (le break central sur « La guerre des esclops » vers la fin de l’album)… Qu’en pensez-vous à chaud, quelques mois après son enregistrement et avant sa sortie ?
NKS : Comme évoqué plus haut, le contexte a changé la donne. Nous nous sommes retrouvés isolés pendant la majeure partie de la phase composition, on a décidé de transformer cette rage et cette frustration en énergie brute. Au final nous sommes très fiers du résultat car j’ai le sentiment que ça nous a obligé à sortir de notre zone de confort.  
Spellbound : Nous avons travaillé au final de manière très rapide et spontanée sur cet album. Dans une sorte d’urgence qui fut peut-être un mal nécessaire sachant les délais entre nos deux précédentes sorties (huit ans séparent nos albums La Cité des Vents et L’esprit des Vents !) Nous pensions peut-être poser un album plus lourd car L’Esprit (…) était un album fort et dense, peut-être compliqué à digérer sur sa longueur avec beaucoup d’informations à assimiler d’une traite, mais au final avec le peu de recul que j’ai sur notre dernier, je dirais plutôt qu’il est limite plus dense et plus rapide dans son ensemble que L’Esprit (…), ha ha. (rires) Il y a fort heureusement régulièrement des moments d’accalmie au sein de l’album ou des passages plus « heavy » ou mid tempo, mais dans l’ensemble nous avons ici à faire à un album très agressif, oui.

Sur le second morceau « Au Travers de nos Cris », le chant sur le refrain m’a rappelé un peu la chanson punk française « Salut à toi » des célèbres Berurier Noir (reformés il y a peu de temps d’ailleurs). Les Bérus vous ont-ils influencés ici sur les paroles (« Salut à toi… ! » etc.) de votre chanson sachant que le Black Metal finalement doit beaucoup au Punk Rock pour son attitude rebelle dans les années 80 et la période Punk Black des albums de Darkthrone vers 2010 (F.O.A.D.) ou le récent EP de Mayhem (incluant 4 reprises Punk, chronique dispo ici sur notre site Metal Obs) qui en témoignent...
Spellbound : Merci pour le lien vers la chronique. Non définitivement Aorlhac n’a rien à voir avec le projet dont tu parles, ni musicalement, ni thématiquement… J’y vois même clairement une antithèse. Le texte d’« Au travers de nos cris » est le fruit de Camille Gandilhon, gens d’arme, poète et critique du 19-20eme siècle dont la phrase « Salut à toi, Puy de Dôme, salut à toi, Puy Mary, les deux rois du vieux royaume où notre peuple a fleuri » à laquelle tu fais référence date du 20eme siècle, et est tirée du « chant des Auvergnats ». L’album contient quelques textes de cet auteur et sur cet écrit en particulier, j’ai pris la liberté de rajouter quelques strophes pour compléter le propos et mieux coller avec la musique sur laquelle j’ai posé ce chant.
NKS : Alors autant la scène punk française n’a pas eu un réel impact sur ce qu’est Aorlhac, certainement à cause de leur message visiblement bien plus important que la musique. Par contre musicalement le punk rock dans son ensemble fait partie des influences du groupe au même titre que le thrash old school et le heavy, avec Spellbound nous n’écoutons pas que du black.

A la batterie, avec K.H., ça blaste pas mal !! Quel travail ! N’avez-vous pas envie parfois de jouer plus sur du mid-tempo avec des passages guerriers fédérateurs aux accents pagan afin que le public (que vous allez retrouver bientôt sur scène, en salle ou en plein air, d’une manière ou d’une autre) reprennent en chœurs vos paroles en français justement car là c’est speed et difficile quand même ?!! (rires)
NKS : Oui K.H a peut-être réalisé la performance la plus aboutie de sa carrière d’après lui. On connaissait évidemment son énergie sa rigueur et son endurance, mais on a été agréablement surpris par son investissement sur cet album ! Certes il y a pas mal de blasts sur ce nouvel album Pierres Brûlées mais pas que, d’ailleurs afin de proposer les meilleures parties et de développer un sens du groove (par exemple le début de « Nos ames aux Mornes Idées »), il n’a pas hésité à se remettre en question et prendre des cours de batterie.
Spellbound : On se retrouve donc avec un album très riche aux nuances subtiles, justement sur pas mal de parties mid tempo. Concernant la seconde partie de ta question, nous ne réfléchissons pas de cette manière. Je crois qu’il y a suffisamment de passages forts et marquants sur cet album pour que les gens aient envie de scander des bouts de paroles avec nous s’ils le souhaitent, mais ce n’est pas une finalité en soit et ce n’est pas notre objectif quand nous composons de savoir si le public va participer ou non ! Notre metal est agressif et rapide part essence. Après, peut-être que notre prochain travail studio dévoilera un aspect plus pachydermique, doomesque ou d’une lenteur extrême, après tout, on ne se refuse rien !

La chanson « Vingt sièges, cent assauts » est-elle un hommage historique à Aurillac quand vous parlez des sièges qu’a subis une ville ou une forteresse du moins ? Quelle est l’histoire ici car je sais que vous aimez parler de faits divers et historiques ?
Spellbound : « Vingt sièges, cent assauts » est un titre assez guerrier et épique qui tourne autour de la ville de Saint-Flour (Sant Flor) et non d’Aurillac. Le texte a été écrit par Camille Gandilhon (encore lui) et se nomme originellement « La cité du vent ». C’est via ce poème, dit-on, que la ville aurait adopté le surnom de cité du vent justement.  Nous y faisons régulièrement référence tout au long de notre discographie, d’ailleurs. Une fois de plus, nous tenions à insérer un hommage à cet endroit qui fait partie intégrante de mon histoire personnelle et de manière plus générale à l’historique du groupe, de ses fondations, de ses racines géographiques. S’il est vrai que nous nous y focalisions particulièrement sur le titre « Sant Flor », (le texte désignait les exactions perpétrées par Garlan le bossu, mercenaire à la solde des anglais qui impliquait aussi un lien avec le château d’Alleuze et la problématique anglaise lors de la guerre de cent ans) ici nous avons un thème plus poétique sur le vent et le rapport viscéral à la ville et à son historique.

Une intro sur un riff assez dissonant comme sur « Nos hameaux désespérés » puise-t’elle son origine dans des sessions d’Asphodèle ou plus récemment Jours Pâles ? Est-ce que ces side-projects de Spellbound ont permis d’élargir le spectre artistique d’Aorlhac d’une certaine façon aujourd’hui ?
Spellbound : Je trouve l’intro du riff plus mélodique que dissonante, et il est vrai qu’entre nous, surtout pour déconner, il est arrivé que l’on mentionne Jours Pâles lorsque nous évoquions cet arpège, d’autant plus remarqué qu’il démarre la chanson. Le fait est que nous avons pas mal de nos morceaux qui contiennent des arpèges ou des sons dans le genre, mais plutôt encastrés discrètement parmi d’autres riffs ou en milieu de chanson. Je pense surtout que cela fait partie des évolutions et des changements du groupe, pouvoir insérer ou proposer des mélodies ou des schémas que nous avons peu l’habitude de composer et d’interpréter mais NKS est arrivé avec ce titre et j’ai tout de suite senti que ça allait être quelque chose de bien pour Aorlhac. Jours Pâles ne détient pas le monopole des arpèges ou des riffs tristes et mélancoliques, et le thème de ce morceau colle parfaitement avec l’ambiance générale de la composition. En outre, l’ensemble du titre sonne simplement comme du Aorlhac pour moi.
NKS : Nous avions déjà par le passé proposé des passages dépressifs ou mélancoliques sur certains de nos titres, certes peut-être pas aussi « minimalistes », mais quand j’ai proposé cette idée, l’ensemble du groupe a accroché. Bien sûr, comme le dit Spellbound, nous avions conscience qu’en commençant un titre par un tel riff la comparaison allait se faire, on va dire qu’une fois de plus, nous partageons quelques influences communes.

NKS (Aorlhac)

Le phrasé au chant clair sur « Nos âmes aux mornes idées », relativement mélancolique, m’a rappelé S.A.S. de l’Argilière (Misanthrope/Argile). S’agit-il d’une influence cachée pour toi, Spellbound, au sein d’Aorlhac en fin de compte ? (sourires)
Spellbound : Alors non, une fois de plus, pas d’influences pour moi au niveau du chanteur de Misanthrope. Mais genre, vraiment pas. En fait je connais mal ce projet. Je sais qu’ils sont culte et donc très respectés, mais ça s’arrête là pour moi, je veux dire que je n’ai jamais vraiment pris le temps d’écouter leurs albums et donc de fait on ne peut pas dire que c’est quelque chose dont j’ai pu prendre exemple. Mes influences vocales sont plus à aller chercher du côté de Mikael Stanne, du moins c’est ce chanteur qui m’avait marqué et donné l’envie de m’y mettre quand j’avais seize piges.

Pourquoi ne pas avoir inséré plus de passages acoustiques ou folks sur ce quatrième album Pierres Brûlées qui auraient pu aérer peut-être davantage les nouveaux morceaux ? Il faut attendre « Averses sur Peyre-Arse » pour reprendre un peu notre souffle…
Spellbound : Il y a toujours des dizaines de façon de procéder et se dire qu’on pourrait changer tel ou tel truc sur un titre… Un album c’est figer un moment, une humeur, une période de vie. Nous étions dans cet élan, ce besoin d’expressivité par et dans la violence, et nous avons fait respirer cet album sous d’autres formes, peut-être plus subtiles, c’est en tous cas mon ressenti. Concernant le morceau acoustique « Averses sur Peyre Arse », disons qu’il permet de reprendre un peu son souffle avant l’assaut final du disque.

Quelques mots sur la dernière chanson-titre, « Pierres Brûlées » qui ne figure pas dans les MP3 fournis en avant-première par votre label LADLO (NDLR : entretien réalisé début août 2021). S’agit-il d’une outro ? Dites-moi en plus svp ??!
Spellbound : Non, ce titre clôt l’album et c’est un titre à part entière, et non une outro ou quoi que ce soit d’autre. Peut-être l’un de mes titres favoris de cet album d’ailleurs… Tu retrouves même une partie du texte sur le drapeau qui se trouve dans notre box spéciale, en édition limitée.

J’ai cru comprendre qu’une bière Aolhac existait et distribuée par Adipocere Records. Pouvez-vous confirmer et nous en dire là encore davantage : l’Imperial stout « Saurimonde » en collaboration avec la micro-brasserie BALM ? C’est une bière rousse comme votre batteur K.H. ou plutôt noire comme la Guiness ou la pierre brûlée volcanique ?? lol ! 😉
Spellbound : C’est une bière qui était sortie peu après notre album, effectivement en collab’ avec la brasserie auvergnate « BALM » et je t’avoue que je ne sais pas s’il y a encore du stock, en tous cas malheureusement de notre côté nous n’avons plus rien. Etant un très gros fan d’Imperial stout, nous étions partis sur une bière noire dans ce style, assez portée sur le chocolat, bien équilibrée, avec une légère amertume en fin de parcours. Plutôt légère en texture par rapport à certains stouts d’aspects plus « huileux », nous avons malgré tout été très contents de pouvoir avoir une bière brassée pour le groupe, et de très bonne facture en plus ! Je pense que ça pourrait être sympa de réitérer l’expérience, en essayant simplement de proposer du produit local et de qualité.

A l’attention du batteur K.H. : à quand un nouvel album de Himinbjorg que je suis depuis ses débuts dans les années 90 ?
Spellbound : Aux dernières nouvelles, K.H ne fait plus parti d’Himinbjorg depuis un moment maintenant, donc impossible de répondre à ta question pour lui…

Enfin, quels sont les projets pour Aorlhac et ses membres d’ici la fin d’année et 2022 ? Des participations à des side-projects ou en tant que guests sur d’autres albums ? Une participation au Fest LADO à Paris ou Nantes ou à Aurillac ??! Des projets de tournée à l’étranger, que ce soit des pays francophones (Belgique, Suisse, Québec/Canada…) ou ailleurs ?
Spellbound : Nous avons bien sûr des projets en cours, notamment des lives, et la suite discographique de Jours Pâles également me concernant. Pour Aorlhac, tout d’abord nous sommes impatients de la sortie de Pierres Brûlées le 24 septembre et les concerts qui suivront : Ladlo fest II, Black Metal Night VII, Night fest Metal, et d’autres suivront dans la foulée.
NKS : Même si l’actualité d’Aorlhac s’annonce particulièrement chargée, j’ai un autre projet en sommeil depuis quelques années qui ne demande qu’à reprendre vie.

CHRONIQUE ALBUM

AORLHAC
Pierres Brûlées
Black Metal
Les Acteurs de l’Ombre Prod.

Fort du succès de L’Esprit des Vents il y a déjà trois ans, nos nouveaux seigneurs du Black Metal occitan avaient alors évoqué la possibilité d’une suite musicale plus heavy où le rythme serait quelque peu ralenti. Que nenni ! De prime abord, si ce quatrième opus ne démontre pas une véritable évolution chez Aorlhac, il scotche encore l’auditeur tout du long de ses neuf salves emplies d’une toute puissance tellurique (« La Colère du Volcan »). Remis de ses side projects plus personnels et mélancoliques, le chanteur Spellbound (Asphodèle, Jours Pâles) s’époumone à tout va ici, parfois se complaint (« Nos âmes aux mornes idées »), sans répit. En grande forme aussi, le batteur K.H. impressionne par sa vélocité, Quand aux guitares de l’ex-batteur NKS, ses riffs incisifs s’enchaînent vite et puissamment, néanmoins une certaine redite peut se ressentir dans cette furie, les parties folk acoustiques du second guitariste (et vocaliste) Wynter Arvn se faisant très, voire trop, rares (le joli interlude « Averses sur Peyre-Arse »). Pierres Brûlées : un quatrième brûlot intense et déchirant qui se révélera après moult écoutes, mais qui aurait mériter peut-être davantage de respirations par moment. A ne manquer sous aucun prétexte au prochain Ladlo fest II ! [Seigneur Fred]