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Dixième commandement thrash

Comme promis il y a quelques semaines lors de la chronique de leur nouvel opus intitulé X paru en mai dernier chez Metal Blade Records, c’est avec un grand respect que nous avons interviewé les vétérans danois d’Artillery à l’occasion de la sortie, donc, de leur dixième et excellent album studio en presque quarante ans de carrière (malgré les deux splits historiques du groupe : en 1993 ; puis 2000). Eh oui, Artillery, c’est bientôt quarante années dédiées à la cause du Thrash Metal !! [Entretien avec Michael Stützer (guitare) par Seigneur Fred – Photos : DR]

Depuis votre retour en 2007, Artillery semble vouloir rattraper le temps (perdu ?) avec un tout nouvel album studio tous les deux ou trois ans. Les années qui passent, quelle productivité et quelle énergie ! Cherches-tu à accomplir maintenant ce que tu n’as pas pu faire après la séparation d’Artillery dans les années 90 d’une certaine manière ?
Ouais, tu peux dire ça, en effet. Nous avons maintenant dix albums derrière nous, nous avons joué en live dans soixante-cinq pays et beaucoup de nouvelles choses se passent encore pour le groupe, donc nous sommes vraiment forts après quarante ans d’existence, plus forts que jamais.

Si certaines choses du passé pouvaient être changées dans l’histoire et la carrière de votre célèbre formation de Thrash Metal, quelles seraient-elles ? Et feriez-vous les mêmes choses, autrement dit prendriez-vous les mêmes décisions ou vous êtes totalement satisfaits de ce que vous avez fait jusqu’à présent avec Artillery et dans ce cas vous ne changeriez rien ? As-tu des regrets parfois à propos de certains actes du groupe ?!
Je suis sûr que nous aurions géré certaines choses différemment si nous avions eu l’âge que nous avons maintenant, avec l’expérience acquise depuis, en particulier la rupture du groupe que nous avons eue après By Inheritance et la signature sur Neat Records. Mais globalement, je suis vraiment fier de ce que nous avons construit et gagné en notre époque et acquis tout du long en tant que groupe.

Votre précédent album studio The Face of Fear fut votre dernier enregistrement studio avec votre frère d’armes et de sang Morten Stützer (R.I.P.) qui nous a quittés en 2019. Il a toujours dit de toute manière, coûte que coûte, de continuer Artillery et de jouer de la musique sans lui, et c’est exactement ce que vous faites maintenant avec ce nouvel album simplement baptisé X. Ce dixième album studio lui est-il entièrement dédié et comment vous êtes-vous recentrés sur la musique ? As-tu retrouvé facilement l’inspiration et la motivation après cette perte importante au sein du line up du groupe car Morten était l’un des principaux compositeurs qui plus est ?!

Bien sûr, cela a vraiment été difficile de perdre Morten en tant que frère tout d’abord, ami et en tant que musicien et solide compositeur. Les premiers jours en studio ont été très durs, je ne te le cache pas, mais avec l’aide des autres membres du groupe, ça s’est très bien terminé. Cet album est en effet dédié à Morten…

Honnêtement, a-t-il été facile de trouver un remplaçant à ton défunt frère Morten Stützer dans votre pays au Danemark. Le nouveau venu s’appelle Kræn Meier, si j’ai juste, à la deuxième guitare, s’il-te-plaît ?
Kræn joue en live avec Artillery depuis 2018 en fait, ce qui nous a beaucoup aidés et il était évident qu’il rejoigne le groupe après cela. Il a également contribué avec quelques chansons sur le nouvel album X.

Tout ce changement lié à la perte de Morten t’a-t’il affecté dans ta façon de composer et d’écrire, ou pas du tout sur l’album X en fait ? As-tu abordé les choses d’une manière différente avec ton frère en mémoire en voulant faire ce disque pour lui d’une certaine manière ?
Bien sûr, il y a eu quelques petits changements parce que Morten était un musicien et compositeur unique, mais nous avons vraiment travaillé dur ensemble entre nous une fois réunis pour que cet album sonne le mieux possible et je suis sûr qu’il nous donnerait son accord et ses encouragements pour X s’il était encore là parmi nous.

Pour l’enregistrement en studio de ce dixième album X donc, comme pour The Face of Fear, vous avez choisi à nouveau le Medley Studio, à Copenhague, dans votre pays natal. La production sonore est très puissante et propre en même temps. Cela convient très bien au Thrash mélodique d’Artillery. En fait, vous ne vouliez pas prendre de risque et vous sentez très à l’aise avec le producteur local Søren Andersen ?
Nous aimons travailler avec Søren, non seulement parce que c’est un sacré bon producteur et musicien, mais aussi un bon ami qui comprend vraiment ce qu’est Artillery. C’est d’ailleurs à mon avis le meilleur album d’Artillery à ce jour qu’il ait produit.

X sonne toujours frais, avec des mélodies accrocheuses et des riffs heavy forts, et pas toujours sur des rythmes rapides comme c’est de coutume dans le Thrash Metal. Comment expliques-tu cette fraîcheur musicale et sonore d’Artillery en 2021 que l’on peut parfaitement entendre sur ce nouvel album malgré vos quarante ans dédiés à la cause du Thrash Métal que vous affichez au compteur, tels des vétérans ? (rires)
Par l’amour pour jouer cette musique et la diversité dans l’écriture de la chanson, l’honnêteté pour donner le meilleur de nous-mêmes et le fait que nous aimons jouer ce que nous voulons nous-mêmes entendre. La production avec quelques éléments nouveaux, qui est très old school rend également cet album très frais et honnête.

On peut même noter quelques mélodies orientales sur certaines introductions ou certains refrains dans les leads de guitare parfois, par exemple sur les chansons : « The Devil’s Symphony » (intro) ; « In Thrash We Trust » (solo) ; « Varg i Veum » (mélodie principale)… D’où vient ce genre de mélodies chez Artillery selon toi ?
Tout a commencé avec Morten et moi. Autrefois, nous étions très inspirés par la façon dont Ritchie Blackmore (ex-Deep Purple) utilisait ce style moyen-oriental dans certaines chansons de Heavy Metal, dans ses mélodies de guitares… Et lorsque nous avons joué une fois en Russie en 1989, nous avions pris un train près de la frontière afghane et avons entendu beaucoup de ce style musical moyen oriental comme ambiance. Cela nous a vraiment beaucoup inspiré comme on peut l’entendre sur les albums d’Artillery depuis cette époque, à la fin des années 80/début des années 90 (dès l’album phare By Inheritance en 1990 par exemple). Je pense donc que cela provient de tout ça…

Artillery joue du Thrash Metal, mais avec des influences Heavy Metal typiquement allemandes, par exemple Helloween je trouve. Parfois, c’est comme si Helloween jouait du Thrash !! (rires) Peut-être est-ce à cause de la voix fantastique de Michael Bastholm Dahl qui fait encore une fois un super boulot au micro. Que pensez-vous d’ailleurs du retour de Helloween avec un nouvel album studio éponyme cette année avec ses deux chanteurs historiques (Michael Kiske et Andi Deris) et au total trois guitaristes dont Kai Hansen (au chant aussi) réunis depuis leur dernière tournée Helloween United tous ensemble ?
Je pense qu’ils ont fait du bon travail. Je les ai vus live chez nous sur le dernier festival national, Copenhell,  en 2019, et c’était bien !

Toujours sur ce nouvel album X, en écoutant le magnifique morceau intitulé « The Ghost of Me », j’ai eu l’impression d’écouter un morceau de Scorpions, une autre influence Heavy Metal allemande ici peut-être mais avec toujours la touche Artillery ?!! Encore une fois, la voix de Michael Bastholm Dahl est impressionnante. Quelques mots sur cette chanson, s’il-te-plaît ?
Merci ! Oui, Michael a fait un excellent travail ici. Et je suis heureux que nous puissions avoir une telle chanson sur l’album X, car c’est bien de faire figurer une chanson comme celle-ci, qui peut montrer qu’Artillery peut aussi jouer des chansons de ce genre, et j’adore jouer le solo dans cette chanson personnellement. (sourires)

Michael Bastholm Dahl ne crie/grogne jamais sur vos chansons (pas de growls ou screams). Est-il capable de chanter avec une voix plus dure (grognements ou cris) ? Parfois ce serait bien afin d’être plus agressif et de varier les chants, mais peut-être que cela n’a jamais été le but d’Artillery en fait de chanter avec différents types de voix ?
Michael peut chanter dans des styles très différents, tu sais, mais nous préférons le chant clair et avons toujours eu des chanteurs qui font cela uniquement. Cela reste mélodique et correspond bien à notre style. Et c’est à mon avis ce qui rend Artillery différent des autres groupes de Thrash…

La deuxième chanson de ce nouvel album X s’appelle : « In Thrash We Trust ». Est-ce encore utile pour Artillery d’avoir aujourd’hui une chanson comme ça et de rappeler que vous jouez du Thrash encore de nos jours, après toutes ces années consacrées à la musique Thrash Metal ?!! (rires) Vous vouliez faire ici comme AC/DC avec leur chanson : « Let There Be Rock » ou bien comme sur leur dollar spécial inclus dans leur célèbre album live « Live at Donington » où il était écrit dessus : « In Rock We Trust » peut-être ?! Y a-t-il ici un clin d’œil d’Artillery à AC/DC au passage ici ?
C’est vraiment une chanson écrite pour honorer les fans qui ont toujours soutenu Artillery au fil des années, ces fans qui aiment le Thrash comme nous. Après, si tu y vois ici un indice ou un lien avec AC/DC, ça me va aussi. (sourires)

Personnellement, es-tu toujours intéressé par les nouveaux groupes Metal émergeants sur la scène danoise, européenne ou internationale, et suis-tu en particulier l’actualité musicale Thrash, ou tu te moques bien des nouveaux groupes sur internet ou que tu croises en tournée, en festivals, etc. car vous préférez finalement l’ancien temps et l’âge d’or du Thrash Metal dans les années 80 jusqu’au début des années 90 avec un certain air de nostalgie en fait ?
Ouais, en fait, je suis toujours en train de checker des groupes là-bas sur internet ou ailleurs, en particulier des groupes avec lesquels nous jouons. Bien sûr, nous avons grandi avec les années 70 et 80 mais il y a encore de nouveaux groupes que je découvre et suis comme Evile, Dust Bolt et Demolizer originaire du Danemark pour n’en citer que quelques-uns dont un de chez nous. (sourires)

Avant de conclure, as-tu encore des rêves fous ou des projets particuliers avec Artillery auxquels tu penses souvent et n’as encore jamais pu réaliser ? Par exemple : avez-vous déjà prévu de jouer live un jour en première partie de Metallica au Danemark, le pays d’origine de Lars Ulrich ? Ou peut-être cela a déjà été fait dans le passé, avec Metallica ou un autre illustre groupe ?
Bien sûr ! On a toujours l’ambition de jouer avec certains des grands groupes comme Metallica, Judas Priest ou Iron Maiden, mais ce n’est pas aussi facile aujourd’hui qu’auparavant, comme lorsque nous jouions avec Slayer et King Diamond par exemple dans le passé. C’est plus compliqué de nos jours.

En parlant de Slayer qui a arrêté les concerts (juste avant finalement l’épidémie mondiale de covid-19), comment envisages-tu d’arrêter Artillery un jour dans le futur, si bien sûr vous voulez arrêter un jour ??!! Continueras-tu à jouer de la musique Thrash Metal avec Artillery jusqu’à ce que tu ne puisses plus monter et jouer sur scène live ou peut-être ferez-vous et prendrez la même décision que Slayer qui a donc arrêté en 2019, même si, selon Kerry King, il continuera à jouer de la musique et à enregistrer des albums uniquement en studio ?
On ne sait jamais avec certitude ce qu’il adviendra, mais tant que c’est amusant et que les gens veulent toujours nous entendre, je n’ai pas l’intention d’arrêter.

Enfin, quels sont les projets d’Artillery pour cette année 2021 le contexte sanitaire actuel qui semble s’améliorer toutefois, en restant prudent, bien entendu ? Des festivals sont-ils prévus peut-être pour cet été si les concerts précédents avaient été reportés l’année dernière ? Êtes-vous prêts à partir en tournée et à rejouer du Thrash sur scène ?? 😉
Bien sûr, nous avons déjà joué nos six premiers concerts au Danemark ! On a beaucoup de festivals qui ont été reportés sinon à l’année prochaine comme Copenhell, Sweden Rock, Mise open air etc. En festivals, on jouera quand même aux festivals Big Guns Russia, Alcatraz Belgique et Metallian France, plus une grosse tournée européenne en novembre/décembre 2021 est d’ores et déjà prévue, avec beaucoup de sorties de singles cette année. Alors oui, nous sommes prêts comme l’enfer ! Merci, et prenez soin de vous en attendant notre arrivée !

CHRONIQUE ALBUM

ARTILLERY
X
Thrash/Heavy Metal
Metal Blade Rec.

Nos Danois d’Artillery auraient pu lâcher l’affaire depuis le temps (date de fondation : 1982 !!) et rendre les armes suite au décès en 2019 du guitariste Morten Stützer (R.I.P.), frangin de l’autre guitariste soliste survivant Michael Stützer, mais non, l’appel du Thrash étant plus fort qu’eux ! Il faut dire que le groupe originaire de Taastrup a déjà splitté par deux fois dans le passé (en 1993 et en 2000). Le précédent album et réussi The Face of Fear fut donc le dernier testament studio de Morten. Alors pour lui rendre hommage et donner du baume au cœur de tous les Thrasheurs que nous sommes, voilà ce nouvel et dixième album d’Artillery, sobrement appelé X. Enregistré encore une fois au Medley Studio à Copenhague dans les mêmes excellentes conditions techniques que The Face of Fear avec le producteur Søren Andersen, X a tout pour plaire et regorge de plans rythmiques catchy et de mélodies entêtantes. Avec le temps, paradoxalement, cette formation culte danoise de la scène Thrash européenne n’a rien perdu de sa verve malgré ce drame familial en 2019 donc. Saluons tout d’abord la très belle performance vocale de Michael Bastholm Dahl arrivé dans les rangs des artilleurs danois en 2012. Celui-ci évolue dans un registre mélodique, attention, et du coup certains seront en manque de growls ou de screams agressifs à la Bobby « Blitz » Ellsworth ou Mille Petrozza. Chez Artillery, on ressent clairement les influences Heavy Metal tout à fait assumées de leurs voisins allemands de Helloween sur la plupart des refrains (les excellents «The Devil’s Symphony » ou « Turn Up The Rage »), voire même Scorpions sur la magnifique power ballad « The Ghost of Me » où sa voix, vraiment bluffante et pleine d’émotion, nous donne la chair de poule sous notre perfecto à patches.

Mais les cinq Danois font vite parler la poudre sur le facile et futur classique à n’en pas douter « In Thrash We Trust », rappelant qu’ils sont apparus parmi les premiers sur la scène Thrash internationale en 1982 en même temps que les Metallica, Exodus, Venom, Sodom, puis Kreator, etc. À la seconde guitare, le nouveau venu et très expérimenté Kræn Meier (Hell’s Domain, Nominon, Sacrificial, ex-Strangler, ex-The Petulant, ex-Evil, ex-Pitch Black, Metallica Jam, ex-Thrash of the Titans…) assure des rythmiques d’enfer, s’intégrant parfaitement à côté du jeu de Michael Stützer (âgé de soixante ans tout de même !) qui, quant à lui, ponctue les toujours superbes mélodies de passages légèrement orientaux dans ses gammes (« Varg i Veum »), avec des soli en shredding pleins de feeling et d’une grande fluidité (« In Thrash We Trust », « In Your Mind », le tout sur de puissantes rythmiques (le méchant « Force of Indifference »). La basse, un peu à la manière d’Overkill sans disto, se fait régulièrement entendre, contribuant à apporter ce groove et ce son puissant mais très propre (on est là à des années lumières d’un Sodom ou Legion of The Damned par exemple ici). Par endroit, on pense aussi un peu à Forbidden, mais aussi Grip Inc. lors de plans plus expérimentaux et progressifs (l’intro de « Silver Cross ») ou bien speed (« Beggars In Black Suits ») bien qu’Artillery possède vraiment son propre style entre Heavy, Speed mélodique, et Thrash. Ce dixième opus ne devrait donc pas les fans du groupe ni les amateurs de Thrash en général, mais pas que, grâce à ses mélodies vraiment très travaillées et catchy, ce chant incroyable. Sur X, le célèbre quintet scandinave déploie donc toute l’artillerie Thrash pour vous convaincre, et la réussite s’avère totale. Grand bien lui a pris de poursuivre la cause après la disparition de Morten Stützer qui apprécie déjà certainement ce X au paradis des Thrasheurs. [Seigneur Fred]