AVATARIUM

Nourrir la flamme

Affaire de passionnés, Avatarium poursuit son bonhomme de chemin avec des albums toujours inspirés. Et dorénavant, les suédois ont franchi un nouveau palier en termes d’écriture. Même avec de nombreux projets à côté, cette passion continue de réunir et de souder les membres qui nous délivrent The Fire I Long For, leur quatrième album. La chronique est à retrouver en bas de page, bonne lecture ! [Entretien avec Jennie Ann-Smith (chant, composition) réalisé par Guillaume Dartigues, Photo: DR]


Comment te sens-tu en ce moment avec la sortie imminente de l’album ?
La promotion a commencé il y a un petit moment. C’est une belle situation de sentir avoir accompli quelque chose de nouveau. Et maintenant on n’a plus qu’à partager tout ça!

Quel est ce « feu que vous désirez » ?
Ce morceau « The Fire I Long For » est l’un des premiers morceaux qu’on a enregistré. Ce titre s’est imposé comme un choix naturel pour le nom de l’album. Me concernant, c’est le fait de se sentir vivante, une métaphore sur ce que la musique me procure.

Venons en à l’album : je l’ai trouvé très varié ! J’imagine que tu es satisfaite d’une telle diversité !
Oui ! Ce n’était pas volontaire, mais il représente tous ce que nous sommes, auteurs-compositeurs et musiciens. Nous avons tous plein d’influences différences dans notre « librairie musicale ».

J’ai beaucoup aimé « Lay Me Down » et le morceau-titre « The Fire I Long For » qui apportent plus de variété au restant de l’album…
J’ai adoré composer Lay Me Down, c’est probablement l’une de mes favorites ! Venant d’un univers doom, j’adore l’aspect sombre de la guitare acoustique. Elle parle de relations, de tendances humaines obsessionnelles, parfois tristes, sujet que je trouve fascinant et intriguant. Les paroles sont assez personnelles et les mélodies me sont venues naturellement rapidement pour cette chanson.

Concernant votre pochette d’album, c’est la première fois que votre logo change pour devenir plus subtil et simplifié. Est-ce une métaphore d’un nouveau départ?
Depuis nos débuts, nous avons travaillé avec l’artiste Erik Rovenperä. Nous aimons bien travailler avec lui, c’est un gars formidable. C’était il y a plus d’un an et demi, nous nous sommes réunis pour discuter de la pochette, dans le but de revenir à nos origines. Nous souhaitions un logo plus sobre, plus clair et plus reconnaissable, mais aussi puissant. Pour l’artwork, c’est un peu l’opposé. Il est assez abstrait, invite à la réflexion, aux sentiments et chacun est libre d’interpréter ce qu’il veut.

Sur Hurricanes and Halos, vous finissiez l’album avec un titre instrumental transitoire qui lui apportait un aspect spécifique. Sur The Fire I Long For, vous avez fait quelque chose de similaire, mais de manière jazzy et encore plus originale : ta voix occupe toute l’attention. Qui a eu cette idée ?
Sur cet album, moi et Marcus (ndlr : guitare) avons fait un nouveau pas en avant en termes de compositeurs. C’est définitivement un rôle plus avancé : nous avons écrit 6 des 9 morceaux. Nous écrivions seulement quelques chansons avant. Bien moins que maintenant, pour cet album ! Et donc cela a bien évidemment affecté le rendu musical et son ressenti, j’imagine. Et puis il s’agit d’un effort de tout le groupe. Tout le monde a été cette fois plus engagé dans l’écriture et l’arrangement que les albums précédents.

…C’est une belle progression !
Oui c’est sûr ! Ça fait du bien, car j’écris de la musique depuis un moment et je voyais nécessaire le fait de développer ce potentiel d’écriture.

Justement en parlant de compositions, toi et Marcus êtes mariés : comment est-ce de composer et jouer en tant que couple à l’intérieur d’un groupe ?
Très bonne question ! Déjà pour commencer, Marcus est l’un des meilleurs musiciens avec qui j’ai l’honneur de jouer. Nous avons une relation professionnelle pour ce qui est relatif à la musique. C’est grâce à elle qu’on s’est rencontrés, donc premièrement nous travaillions ensemble pour ensuite s’engager dans des relations plus personnelles. Nous pouvons facilement faire la transition entre ces types de relations que nous avons. Et puis, je pense qu’on se complète très bien tous les deux. Dans chaque collaboration musicale, tu dois être prêt à faire des compromis pour découvrir comment bien progresser. Et puis il y a d’heureux événements qui interviennent : au début du processus d’écriture, nous sommes devenus parents d’un petit garçon ! Nous devons nous occuper bien de lui, prendre de notre temps… Marcus avait en parallèle des idées qu’il enregistrait sur son iPhone, qu’il m’envoyait par la suite… Je les écoutais, avec ma guitare et en chantais dessus. Puis après avoir ajouté des idées, je lui envoyais en retour. Après quoi il ajoutait d’autres idées à son tour… On se renvoie nos idées, on fonctionne comme ça ! Pour se dire « OK, maintenant nous avons le squelette, que nous pouvons présenter au restant du groupe ». Alors tout ce processus prend du temps, mais je pense qu’il fonctionne très bien !

Vous puisez votre inspiration de la même façon ?
Marcus a constamment des idées, des mélodies ou harmonies qui lui viennent. Pour moi, c’est un peu différent. J’ai besoin de calme et de temps pour trouver de l’inspiration. Mais il me motive bien dans ce sens et c’est en ça que nous prenons soin de nous ! (rires) Travailler ensemble dans la musique est un grand privilège pour nous, d’avoir cela dans notre vie, de chérir ce que nous créons… C’est de la joie, du bonheur mais beaucoup de travail.

Vous avez posté sur vos réseaux une photo avec Michael Blair qui présente un omnichord. Quels sont les caractéristiques de cet instrument et qu’apporte-t-il à votre musique ?
Je dirais plutôt : Michael apporte ses caractéristiques ! C’est un excellent percussionniste et batteur américain qui a travaillé avec Tom Waits. Il apporte sa magie à nos chansons, donc des sons psychédéliques. Il aime les instruments non-conventionnels comme cet omnichord. Je suis très heureuse qu’il apporte de son génie pour nous !

Côté line-up, il y a du nouveau ! Vous avez un nouveau batteur ?
Nous avons fait appel à Andreas Johansson qui est un ami de longue date et un excellent batteur. Il joue avec Marcus dans The Doomsday Kingdom, son autre groupe. C’était je pense, une étape naturelle pour nous et Lars [Sköld, ndlr] qui joue toujours dans Tiamat de passer à autre chose. C’est un super batteur et j’espère pouvoir jouer avec lui dans d’autres projets dans le futur. Pour le nouvel album, Andreas nous a apporté des choses différentes et nous en sommes très contents.

Je ne me souvenais plus que Leif ne jouait plus avec vous depuis 2017. Est-ce dû à son investissement dans Candlemass ?
Leif n’avait pas joué dans Hurricanes and Halos, mais il continue de contribuer au travail d’écriture. Il a écrit trois morceaux pour The Fire I Long For. Je trouve que nos travaux d’écriture se coordonnent très bien.

…C’est une belle alchimie, pour vous qui évoluez dans le processus d’écriture avec Marcus !
Oui, je discutais avec des amis musiciens-reporters, l’un d’eux n’arrivait pas à me dire qui avait écrit quoi. C’est un très beau compliment ! Bon, cela dépend bien sûr des arrangements. Mais quand tu laisses des musiciens créer en liberté, c’est ce qu’il se passe. Nous avons eu plaisir à enregistrer à Stockholm avec notre ingénieur qui a fait un superbe travail. Notre travail d’écriture s’émancipe, devient plus personnel, a plus d’émotions, d’énergie… Je suis très heureuse de cet album, je trouve qu’il sonne bien.

Que penses-tu d’une tournée avec d’autres groupes comme Katatonia, Tiamat ou Candlemass en France ?
Nous sommes déjà venus en France une fois, à Paris. Je m’en souviens encore… J’avais trouvé le public français un peu plus passionné, l’atmosphère était excellente. J’aimerais sincèrement tourner en France et visiter le pays, ça serait vraiment génial.

Pour clôturer l’interview, as-tu un artiste ou un album que tu écoutes sans cesse en ce moment ?
Oh il y en a beaucoup trop ! Comme je viens d’un milieu qui n’est pas celui du heavy metal, j’ai des goûts très variés ! Je pense d’ailleurs que c’est ce qui a réussi à Avatarium. Quand nous avions enregistré Moonhorse, notre premier album, je n’aurais jamais cru faire un album qui sonnait aussi lourd, aussi émotionnel. Je pense que nous avons un bel héritage qui nous a influencé mais qu’aujourd’hui, nous sommes allés plus loin. En ce moment, j’écoute beaucoup de musique classique, notamment J.S Bach. Merci pour cette interview !

AVATARIUM

The Fire I Long For

Doom Metal / Blues-Rock

Nuclear Blast

★★★★☆


Qu’est-ce qu’on pourrait bien écouter en ce début de saison ? La bande-son officielle de l’automne 2019 a un nom : The Fire I Long For. Ce feu que le groupe désire, c’est le dévouement pour la musique. Et au fil des écoutes, on sent cette passion : l’album synthétise beaucoup d’émotions et se superpose à merveille avec la saison actuelle, ses somptueux paysages colorés par l’automne avec la nuit et l’obscurité qui gagnent du terrain. Fans de doom, de Black Sabbath à Candlemass, la lenteur hypnotique psychédélique de « Voices » va vous combler. Avez-vous besoin d’un coup de boost ? Le rock de « Shake That Demon » remettra vos pendules à l’heure. À moins d’être d’humeur mélancolique, le blues et la beauté de « Lay Me Down » vous invitera au repli sur soi et à se réchauffer près d’un feu de cheminée. À mes yeux (et même ceux de Jennie-Ann), il s’agit du point fort de l’album. Sans trop dévoiler davantage son lot de surprises, puissent ces quelques mots servir de porte d’entrée à l’écoute de ce disque. Enfin, si vous êtes juste perdus dans vos pensées et qu’il vous faut une échappatoire, il ne vous reste plus qu’à écouter et vous perdre dans les méandres de votre propre interprétation à la vue de la pochette. [Guillaume DARTIGUES]