Même les plus patients avaient fini de l’espérer, ce quinzième album en plus de 53 ans d’existence… Les deux leaders de Blue Öyster Cult ne voulaient plus retourner en studio depuis 2001 et il a fallu que le monde s’arrête pour qu’ils peaufinent ce miraculeux The Symbol Remains. [Entretien avec Eric Bloom (guitare/chant) par Jean-Pierre Sabouret — Photos : DR]

Artwork de l’album « The Symbol Remains »

Comment avez-vous vécu ce qui doit être l’enregistrement le plus étrange de toute votre carrière ?
Le plus étrange ? Je ne sais pas, nous avons traversé tant d’épreuves depuis nos débuts… Mais c’était complètement inattendu, ça, je te l’accorde. Tout allait à merveille, quand nous avons composé les morceaux à la fin de l’été 2019. Nous avions même passé de bons moments à tout répéter à l’automne. Nous sommes entrés en studio au début de l’hiver, avant la Covid 19, et nous pensions que ce serait l’album le plus facile à enregistrer de toute notre carrière. Mais, à partir de février, nous avons été forcés de terminer alors que chacun était cloîtré chez lui. Toutes les parties vocales, toutes les guitares et les claviers ont donc été enregistrés « à la maison », sans qu’on puisse se voir autrement que par écran interposé. Richie Castellano (claviers, guitare, chant) est devenu le point central, depuis son studio personnel. Il a tout coordonné et arrangé. Je m’étais installé une cabine de chant chez moi et Richie supervisait les séances au cours de longues sessions sur Zoom. Buck (Dharma – Donald Roeser, guitare, chant) faisait la même chose de chez lui. Ensuite, on a tout envoyé à Tom Lord-Alge (U2, Marilyn Manson, Peter Gabriel, Santana, P!nk, Rolling Stones…) pour qu’il procède au mixage dans son studio de Miami.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ça ne s’entend pas, tout le monde s’accordant à dire que c’est un de vos meilleurs albums…
Buck et moi avons été vraiment très agréablement surpris par le résultat. Mais la technologie est telle qu’on a pu faire sans trop de problèmes aujourd’hui ce qui aurait été impossible il y a 5 ans. Mais je crois que nous avons tout de même bénéficié des répétitions intensives, avant la pandémie, et des prises de basse-batterie déjà enregistrées de la meilleure des façons.

L’album précédent remonte à 2001, vous avez composé sans arrêt depuis, ou tout est venu l’an dernier pour The Symbol Remains ?
Certaines chansons ont été composées il y a des années, mais la majorité l’ont été en 2019. Vous allez rire, mais Richie et moi avions écrit « That Was Me » il y a longtemps, mais nous l’avions complètement oublié. J’étais chez lui et notre ami John Shirley (célèbre auteur et scénariste spécialisé dans la science fiction et le fantastique, il est également chanteur dans The Screamin’ Geezers) nous a envoyé ce texte. En le lisant, je me suis dit : « Bon sang, j’ai l’impression d’avoir déjà vu ça… » Et Richie m’a répondu : « Je crois que nous avons déjà composé cette chanson ! » Il a alors fouillé dans tous les fichiers de son ordinateur et il m’a ressorti une maquette enregistrée en 2017. En l’écoutant, je n’en croyais pas mes oreilles. Je ne me souvenais plus du tout avoir enregistré ça.

Le groupe Blue Oyster Cult

L’album précédent remonte à 2001, vous avez composé sans arrêt depuis, ou tout est venu l’an dernier pour The Symbol Remains ?
Certaines chansons ont été composées il y a des années, mais la majorité l’ont été en 2019. Vous allez rire, mais Richie et moi avions écrit « That Was Me » il y a longtemps, mais nous l’avions complètement oublié. J’étais chez lui et notre ami John Shirley (célèbre auteur et scénariste spécialisé dans la science fiction et le fantastique, il est également chanteur dans The Screamin’ Geezers) nous a envoyé ce texte. En le lisant, je me suis dit : « Bon sang, j’ai l’impression d’avoir déjà vu ça… » Et Richie m’a répondu : « Je crois que nous avons déjà composé cette chanson ! » Il a alors fouillé dans tous les fichiers de son ordinateur et il m’a ressorti une maquette enregistrée en 2017. En l’écoutant, je n’en croyais pas mes oreilles. Je ne me souvenais plus du tout avoir enregistré ça.

Pendant des années, vous avez expliqué que vous ne vouliez plus sortir d’album studio, que vous vous contenteriez de la scène. Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ?
Pffff ! Tout le monde nous met ça sur le tapis. Je n’ai pas vraiment de réponse. En plus de 50 ans, nous avons enregistré un paquet d’albums, mais, lorsque nous avons sorti Curse Of The Hidden Mirror, il y a 19 ans, la maison de disques de l’époque n’a pas bougé le petit doigt. Comme le précédent, c’était un très bon album et il aurait mérité un meilleur soutien. Buck et moi avions travaillé pendant des mois, comme le reste du groupe, mais les gens s’en foutaient. Heaven Forbid et Curse… ont été traités avec mépris par les professionnels. On s’est alors dit : « Pourquoi perdre un an, sans partir en tournée, pour enregistrer des albums que personne ne va écouter ? » Il a fallu que nous rencontrions enfin une maison de disques qui montrait qu’elle avait vraiment confiance en Blue Öyster Cult. Frontiers nous apporte un soutien dont nous n’avions pas bénéficié depuis des dizaines d’années. J’ajoute que l’affluence incroyable que nous avons connue à nos concerts ces dernières années nous a remonté le moral. Nous avons aussi pensé que beaucoup de ceux qui sont venus nous voir voudraient écouter de nouvelles chansons.

l’efficacité de la formation actuelle du groupe, Richie en tête, dont on découvre la voix formidable, était également un atout, cette fois, non ?
Mais oui, tu as raison de le souligner ! C’est exactement ce que m’a dit Buck hier. Cette version du groupe, avec Danny Miranda à la basse, Jules Radino à la batterie et Richie, est vraiment solide et digne des meilleures heures de Blue Öyster Cult. Ça va faire 14 ans que nous sommes ensemble, avec entre 70 et 100 concerts par an. Il était plus que temps d’enregistrer un album avec cette équipe gagnante. Pour revenir sur le rôle de Richie, je précise que c’était notre ingé-son en tournée et qu’il n’a eu 4 jours pour s’intégrer au groupe, d’abord à la basse, lorsque Danny Miranda nous a quittés subitement en 2004 (pour rejoindre Queen)… C’est moi qui avais insisté parce que j’avais eu l’occasion de le voir avec son groupe sur scène quelque temps avant. Il y était alors chanteur-guitariste. Quand Allen Lanier (claviers et guitare depuis l’origine) a pris sa retraite, en 2007, on n’a pas eu à chercher loin, puisque Richie assurait parfaitement sur ces deux instruments. Voilà comment il est devenu un membre essentiel de Blue Öyster Cult.

Musicalement, il y en a cette fois pour tous les goûts… Y compris des influences modernes et inattendues !
Oui et non… Quoi qu’il arrive, nous ne jouons toujours pas de dance music (rires). Mais nous restons curieux envers ce qui se passe dans le rock en général. Même si en ce moment je ne sais pas pourquoi, mais je suis collé sur cette radio, Beatles Chanel, qui ne diffuse que des morceaux de ce groupe qui continue à me surprendre. Sinon, il faut insister sur le fait qu’aujourd’hui, il y a trois compositeurs principaux, trois chanteurs et même trois solistes à la guitare ! Cela permet à Blue Öyster Cult d’avoir d’énormes possibilités. Comme tu le dis, tout le monde y trouvera son compte, avec des mélodies typiques de Buck, du hard rock, du soft rock, dans mon style ou celui de Richie et même de formidables power ballads… Et ça, je crois que c’est une première sur un de nos albums.

CHRONIQUE ALBUM

BLUE ÖYSTER CULT
The Symbol Remains
Hard rock / Heavy prog
Frontiers Music

On n’osait plus espérer un tel album de BÖC depuis si longtemps… La claque n’en est que plus violente ! Il aura fallu attendre une pandémie pour qu’il peaufine enfin ce The Symbol Remains à la mesure de son statut de groupe légendaire. Nous seulement Eric Bloom et Buck Dharma on clairement retrouvé la mémoire dans leur terrain respectif, le premier pour les morceaux saignants et percutants, le second pour les ballades et titres plus légers et mélodiques. Mais, grâce au très compétent Richie Castellano (ancien disciple de Ron « Bumblefoot » Thal), cet album s’aventure bien au-delà de ce qu’on connaissait de la part de BÖC. Doté d’une voix solide, proche d’un Kip Winger, et de belles aptitudes pour composer dans une veine AOR du meilleur cru, le multi-instrumentiste se permet ici de rivaliser avec ses patrons, pourtant au sommet de leur forme. L’excellente nouvelle, c’est qu’en 2020, le groupe sait tout faire ou presque. Non seulement du pur BÖC, mais aussi des figures de style allant du rock vintage au prog, en passant par la country ou le metal, avec même ce qui ressemble à un formidable pastiche de Metallica (« Stand And Fight »). À recommander autant aux anciens qu’à ceux qui seraient curieux de découvrir ce phénomène. [Jean-Pierre Sabouret]