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CORPUS DIAVOLIS
In nomine Satanas

Bonne année 2022 ! Et qu’importe après tout le changement d’année dans notre calendrier grégorien pour les Satanistes de Corpus Diavolis. Ces derniers nous viennent de Marseille et n’en sont pas à leur premier méfait sur la scène black metal hexagonale, puisque la formation phocéenne a déjà publié quatre opus, dont le dernier né, baptisé Apocatastase… [Entretien intégral avec Daemonicreator (chant/claviers) par Seigneur Fred – Photo : DR]

Comment résumerais-tu l’évolution de Corpus Diavolis depuis ses débuts en 2008 ?
Une ascension par le travail et la persévérance. La quintessence de Satan cristallisée à travers le prisme de la projection personnelle.

Pourquoi l’usage du latin dans votre nom, pour un groupe de black metal sataniste, alors qu’il s’agit l’une des langues de traduction de la Bible à partir du Moyen-Âge, mais aussi l’une des langues officielles de l’État du Vatican ? Plutôt paradoxal, non ? (sourires)
Le nom fait usage de latin (« corpus ») et de faux bulgare (« diavol » ou « Diavolis »). Détourner un langage c’est aussi se l’approprier et le rendre universel. En ce qui concerne le satanisme, Satan est un concept hébraïque et par extension biblique. Le modèle spirituel judéo-chrétien fait partie du paradigme du groupe et, même si de nombreuses formes de satanisme contemporain vont au-delà de ce modèle, l’idée principale de cette philosophie est de s’opposer au culte monothéiste organisé et les restrictions morales et sociales qui en découlent.

Comment s’est passée votre signature avec le label Les Acteurs de l’Ombre Productions, pour ce quatrième album ? Le black metal ne doit-il pas rester dans l’ombre et les limbes de l’underground par définition (sourires) ?
Je pense qu’avec Les Acteurs de l’Ombre, nous allons rester suffisamment à l’ombre pour ne pas prendre un coup de soleil sur notre honneur underground. Plus sérieusement, mis à part dans la mouvance qui découle des Légions Noires, le black metal n’a jamais eu pour objectif de rester underground, ni à l’époque des Venom/Bathory, ni chez Mayhem et la scène scandinave. Pour citer Grutle Kjellson (Enslaved) : « Vous devez vendre des disques et apporter la folie aux masses pour vivre votre philosophie. » On a trouvé chez LADLO une bonne famille de fanatiques, qui apprécient notre folie, et, ensemble, nous allons sataniser un maximum de personnes qui le souhaitent.

Côté line-up : vous avez un cinquième membre présent sur les photos promotionnelles de Corpus Diavolis. Pouvez-vous nous présenter votre nouveau membre Kosm à la guitare ? (background musical, etc.) ?
Nous avons toujours eu cinq membres en fait. Kosm vient de remplacer Lord Khaos, membre fondateur, qui après l’enregistrement d’Apocatastase a décidé de se consacrer pleinement à sa carrière professionnelle. Après avoir expérimenté avec plusieurs projets solos dans divers genres, Kosm sort de l’obscurité de son antre et rejoint Corpus Diavolis pour apporter la précision d’une guitare rythmique décadente et sans concessions.

A l’écoute de votre musique et tout particulièrement du nouvel opus Apocatastase, on sent clairement que vos principales influences proviennent de Scandinavie et de formations black metal cultes comme Marduk, 1349, etc., mais pas que… C’est à la fois brutal et occulte. Assumez-vous ces influences et comment vous situez-vous sur la scène black française ?
Je pense que les influences scandinaves et death metal ont été laissées dans le passé, depuis l’album Entheogenesis. Il y a en effet un clin d’œil ou hommage à Marduk et 1349, mais aussi à Nightbringer (avec qui nous avons déjà tourné) dans un des nouveaux morceaux (« Triumphant Black Flame »). Mais, dans le reste des compositions, nous y avons distillé le son Corpus Diavolis, dont la signature commence à être bien établie à présent. On fait notre musique sans chercher à plaire à un public en particulier, ou nous situer sur une scène. Personnellement, je préfère voir les choses au-delà des appellations d’origine.

La chanson-titre « Apocatastase » commence fort, mais elle est très longue. Pour un tel choix dans le track-listing en ouverture de l’album ? Ne crains-tu pas l’effet de zapping dès le début auprès des auditeurs ?
« Apocatastase » est le premier morceau qui a été composé pour cet album. Il est plus long, plus varié et plus expérimental, mais permet de préparer l’auditeur à ce qui l’attend par la suite – une immersion totale dans un magma de riffs sinueux, épiques et ritualistes, une mutation constante de visions et de voix. Cet album est une entité hallucinatoire, il n’y a pas de « tubes » ou de pistes à zapper. Soit on est prêt à endurer le voyage, soit on ne s’y aventure pas.

C’est étrange, la pochette de votre nouvel album représente comme des humains et des morts-vivants et un dieu par-dessus, le Diable peut-être ? L’artwork de cette pochette me rappelle l’album Provenance of Cruelty de Mactatüs paru en 1998. Votre artwork a été réalisé par Khaos Diktator Design. Peux-tu m’en dire davantage là-dessus s’il-te-plaît ?
J’adore Provenance of Cruelty et sa pochette, mais des visuels avec des diables il y en a beaucoup, tu sais… Nous voulions une sorte de sabbat psychédélique avec des gens nus qui dansent et le diable présidant le rassemblement. La référence principale était le « Sabbat » de Gustave Doré. Pour rendre cette scène moins cliché, Stefan/Khaos Diktator a eu cette idée tordue de serpents sortant du ventre de Satan. Il a vraiment réussi à capturer l’essence ésotérique de la musique et à la traduire dans son style distinctif, presque comme une peinture de la Renaissance.

La musique de Corpus Diavolis est relativement lourde et expressive (ex : « Colludium »). On entend souvent ce son de basse sur Apocatastase, un peu comme Necrobutcher (Mayhem). Est-ce là encore une influence importante chez vous ainsi que d’autres artistes black ou dark metal (Rotting Christ, etc.) ?
Nous avons de la chance de compter parmi nous William Kopecky aka « Funeral ». C’est un bassiste avec une certaine notoriété dans le milieu du prog-rock et du métal qui a une énorme sensibilité et culture black metal. Il a joué sur plus de quarante albums et sait comment apporter cette touche abyssale au sein de nos compositions. Necrobutcher a un très bon son sur le dernier album de Mayhem (Daemon), mais il n’a jamais été une influence pour nous, il n’a même pas joué sur les meilleurs albums de Mayhem : De Mysteriis… et Ordo Ad Chao qui constituent sans doute une influence importante pour tout groupe de black metal qui se respecte. Funeral n’est pas inspiré par un bassiste dans le black metal en particulier, ce qui est un peu normal vu la minime présence de cet instrument dans le style en général, mais il apprécie beaucoup la lourdeur et la complexité de la basse dans des groupes tels que Deathspell Omega et Dødheimsgard.

La quatrième chanson de l’album, intitulée « The Pillar of the Snake », est très longue elle aussi, et sinueuse, comme la trace d’un serpent sur son chemin. L’utilisation du symbole ophidien renvoie-t’il ici au serpent de la Bible dans l’Ancien Testament et au péché de manière générale, ou bien est-ce juste un un symbole chtonien représentant les forces du mal provenant de la Terre (ce qui au final se rejoint selon les mythologies) ?
Oui, le texte fait allusion au serpent de la Genèse (cf. le Livre de la Genèse) en tant que personnification de Satan – porteur de la connaissance. La symbolique de ce péché originel n’est autre que le passage de l’humain de l’état de bête inconsciente vers l’être intelligent qu’il est aujourd’hui. A partir de ce moment, nous sommes devenus des créateurs de dieux libres de façonner le monde. Notre pouvoir d’imagination et de création a transformé la Terre… pour le bien et surtout pour le mal.

Par le passé, Corpus Diavolis a tourné avec le duo américano-colombien Inquisition il me semble, ainsi que les Américains de Nightbringer. Pensez-vous que cela ait pu vous impacter au moment d’écrire ces six nouvelles compositions d’Apocatastase d’une façon ou d’une autre ?
Effectivement, je ne connaissais pas l’œuvre d’Inquisition avant de partager la scène avec eux. Ominous Doctrines Of The Perpetual Mystical Macrocosm est un album monumental, et fait sûrement indirectement partie de nos influences actuelles, plus dans l’atmosphère que musicalement parlant cependant, je pense. J’admire Nightbringer bien avant qu’on joue avec eux et c’était en quelque sorte un accomplissement et un très grand honneur de les avoir rencontrés et d’ouvrir pour eux. Les connaisseurs seront reconnaître la trace de leur influence dans notre œuvre…

Au fait, j’allais oublié : que signifie au juste ce titre d’album : « Apocatastase » ? Cela traite-t’il d’un mélange ici d’apocalypse (cf. le préfixe) et d’apostasie, comme Glorior Belli a pu le faire dans le faire sur son album The Apostates (Metal Blade Rec.) en 2018 ? Quel est le concept de ce quatrième album en fait ?
Il me semble que The Apostates est le pluriel en anglais de apostat – celui qui a renié la foi chrétienne. Quant à Apocatastase, ce n’est pas un jeu de mots entre apocalypse et apostasie, mais un terme théologique antique qui désigne la restauration finale de toutes choses en leur état d’origine. Cette « restauration » est souvent invoquée dans nos textes. Vous pouvez la trouver dans des morceaux comme « Primordial Chaos Reinvoked », « The Year is One », « Aum », « Signs Of End Times », et bien d’autres encore… Ce monde actuel est tellement mauvais qu’il est fascinant d’imaginer un nouveau départ. Construire un nouveau monde où nous pourrons nous exprimer librement sans être limités par les dogmes religieux et sociaux. Le satanisme est une question de liberté totale, et Satan est notre instrument de liberté. Pour atteindre cette liberté, une révolution est nécessaire. Il faut détruire tout ce qui est censé être « correct » et repartir de zéro. Musicalement, l’idée de « restauration » peut être reliée aux fondements du black metal, un style qui a beaucoup évolué, mais qui, au départ, défendait une volonté de se déshabiller de la sophistication et de la technique afin de créer une musique bestiale et sincère. Cette figure raffinée et répétitive est devenue un support de transe, un portail vers le voyage intérieur. Ce n’est pas une nostalgie, mais une recherche constante d’expression, tout en s’appuyant sur les codes du style qui nous sont chers. A travers les textes et les atmosphères, l’album explore ainsi différentes techniques qui permettent de se reconnecter à cet état originel, proche de la nature, de la nature en général, mais surtout de notre propre nature profonde. Ces techniques sont directement issues de l’expérience et de la pratique personnelle des musiciens et de leur exploration des courants spirituels ésotériques. Le but ultime d’Apocatastase est de proposer un voyage hors de la réalité ordinaire.

Enfin, malgré la situation actuelle, quels sont les projets pour jouer en live en France mais aussi à l’étranger ? Envisagez-vous des concerts à l’étranger du fait que vous ne chantez que peu en français ? Et peut-on espérer vous voir sur scène en salle ou en festivals en plein air en 2022 ?
Pour l’instant, quatre concerts sont prévus en France avant la fin de cette année 2021 : Nantes, Marseille, en Haute-Loire, et le festival Rise & Fall à Niort. J’espère que le public appréciera malgré la barrière linguistique. Nous souhaitons tous plus de concerts l’an prochain (ndlr : 2022). Alors suivez-nous sur les réseaux ou dans le monde astral pour les dates annoncées.

CHRONIQUE ALBUM

CORPUS DIAVOLIS
Apocatastase
Black metal
Les Acteurs de l’Ombre Productions

Preuve en est, une fois n’est pas coutume, avec Corpus Diavolis qu’il n’y a plus besoin d’aller en Scandinavie ou en Europe de l’Est pour trouver d’excellentes formations de black metal de nos jours. Grimés de corpse paints noirs et blancs et dotés de signes ostentatoires, nos cinq suppôts de Satan viennent livrer un mal ténébreux et occulte en cette fin de l’an 2021, en se moquant bien des formats (il n’y qu’à écouter la chanson-titre placée en ouverture d’une longueur de 9 min 36 qui donne clairement le ton des hostilités), mêlant passages belliqueux, appuyés par des influences black / death malfaisantes, et d’autres plus atmosphériques, mais toujours aussi sombres et evil, telle une messe en l’honneur du Malin. Marduk n’a qu’à bien se tenir, la relève est assurée avec Corpus Diavolis ! Amen. [Seigneur Fred]