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CRYPTA
Des états d’âme

Si le départ des deux musiciennes de Nervosa, Fernanda Lira (basse/chant) et Luana Dametto (batterie), a peut-être surpris les fans l’an passé, avec l’arrivée de Crypta sur la scène Metal brésilienne et internationale, on est plutôt gagnant finalement car on a désormais deux super formations sud-américaines possédant chacune son propre style. Sur son premier essai en studio, Echoes of the Soul, la nouvelle horde féminine internationale a choisi le Death Metal old school pour y insuffler sa rage de vaincre, cette « grinta » comme on dit souvent au foot au Brésil en cette période d’Euro 2020 (même si le mot « grinta » est d’origine italienne ;-)) ! [Entretien intégral avec Fernanda Lira (chant/basse) par Seigneur Fred – Photos : DR]

Bon, n’y allons pas par quatre chemins car les fans veulent savoir : qu’est-ce qui s’est passé au sein de Nervosa entre toi et la guitariste Prika Amaral ? Pourquoi toi et la batteuse Luana Dametto avez-vous soudainement quitté Nervosa l’an dernier ?!
OK. On a quitté Nervosa il y a exactement un an… Nos relations n’étaient plus les mêmes qu’avant au sein du groupe, et l’amitié que j’avais avec Prika avait changé, et du coup les rapports s’étaient donc dégradés entre nous. C’est un peu comme dans un couple qui divorce, après le mariage, avec le temps ça se dégrade et l’amour disparaît… (rires) Attention, on ne s’est pas crêter les chignons pour autant ! (rires) Il n’y a pas eu de combat, ni d’embrouille ou de scandale ! Juste que l’on devait se séparer pour chacun continuer son chemin. Je pense que c’était le bon moment car ça devenait difficile. On ne pouvait plus vraiment faire de musique ensemble tout simplement… Et je suis vraiment fière de cette décision difficile et d’avoir eu le courage de partir car maintenant tout le monde est cool et retrouvé ce feeling, cette bonne rage. Nervosa continue de plus belle avec des nouveaux membres et ont sorti d’ailleurs leur nouvel album.

Et comment est né en fait ce nouveau groupe Crypta que tu avais déjà lancé plus ou moins en 2019 ? Dans ton esprit, tu avais déjà l’idée de créer ton propre groupe et de partir de Nervosa à l’époque ?
Concernant Crypta, la chose est que ce groupe existait déjà en effet un peu avant cette séparation de Nervosa. Cela remonte à mai 2019, soit presque un an à peine avant notre départ. Mais c’était alors simplement un side-project death metal, rien de plus. L’intention n’était nullement de partir pour Crypta à ce moment-là. Il s’avère que la motivation s’est donc dégradée en affectant la création artistique de Nervosa. Donc Crypta nous permettait de faire autre chose en dehors, et avoir du plaisir, retrouvé cette vibe. Finalement ça n’a pas suffi, je suis partie, et Crypta a vraiment pris alors toute sa dimension ensuite, Luana, me rejoignant juste après.

Tu restes en contact quand même avec Prika ou c’est vraiment fini entre vous ?
Disons qu’il faudra du temps, je pense… Après avoir quitté Nervosa, on a quand même eu besoin de se reparler pour les affaires courantes du groupe. Et on l’a fait, pour faire les choses correctement. Mais ce n’est plus comme avant, et comme dans beaucoup de relations, il faudra du temps. Je crois que c’est nécessaire et normal. Un peu quand tu quittes ton petit ami ! (rires) Et puis maintenant on est toutes occupés par nos groupes respectifs. (sourires)

L’avantage maintenant c’est que le public et notamment les fans ont droit à deux super groupes de Metal !
Tout à fait, il faut voir les choses ainsi, et chacune d’entre nous retrouvant du plaisir à créer, composer, jouer… Ce sont des groupes assez différents cependant maintenant.

Parle-moi du recrutement de tes deux autres collègues : tout d’abord Sonia « Anubis » Nusselder connue pour ses tutos vidéo de guitare et surtout son ancien poste dans Burning Witches, Cobra Spell mais elle habite loin du Brésil… Tu l’as débauchée de chez Burning Witches pour Crypta ou quoi ? (rires)
Luana et moi, en fait, on la connait depuis un bail ! Cela remonte quand elle jouait déjà de la basse dans son autre groupe Ursinne avec Dave Ingram (Benediction, ex-Bolt Thrower, ex-Hail of Bullets…). On a toujours été contact et j’étais grande fan de ce qu’elle faisait. Je la suis grâce à internet, etc. On avait déjà eu la chance de jouer avec elle et Burning Witches en tournée et je l’avais rencontré personnellement. On avait toujours eu l’idée de jouer avec elle et on avait besoin de deux guitaristes. Alors on a fait une liste, et c’est elle qui est ressortie ! C’est une chouette fille, elle a le même amour du Metal old school, la même passion, et c’est une guitariste talentueuse, donc c’est la parfaite nana qu’il nous fallait dans le groupe, même si elle vit aux Pays-Bas. Elle est venue durant cinq semaines ici au Brésil pour enregistrer notre premier album et jouer avec nous. On en a profité pour réaliser le vidéo clip ensemble pour la chanson « From the Ashes ». Elle revient fréquemment au Brésil à présent, donc c’est cool.

Sur les nouvelles photos promotionnelles, je n’avais pas reconnue Sonia sur le moment du fait de sa nouvelle chevelure décolorée !! J’espère qu’elle joue toujours aussi bien maintenant qu’elle devenue blonde ?! (rires)
Elle joue aussi bien, voire même mieux qu’avant, d’ailleurs ! (rires) C’est vrai qu’elle parait totalement différente par rapport aux premières photos de 2019 au lancement du side-project. Mais elle sait tout jouer, ne t’inquiète pas !

Maintenant, parle-moi de l’autre guitariste : Tainá Bergamaschi, inconnue au bataillon, elle par contre… ! Elle est brésilienne comme toi, je crois ?
Moi non plus à l’origine ! Je ne la connaissais pas non plus et je n’avais jamais entendu parler d’elle dans un groupe ou autre. Elle vit ici au Brésil mais dans un autre endroit, à Barbacena (province de Minas Gerais), à une centaine de kilomètres au nord de Rio de Janeiro alors que Luana et moi sommes à São Paulo. Je crois vraiment en elle car elle nous a contactées sur internet dès qu’elle a su que l’on avait un nouveau groupe. Elle m’a même écrit personnellement en me disant : « Je veux jouer avec vous pour le reste de ma vie ! Je sais faire plein de trucs, etc. » Ouah ! Je me suis dit, cette fille est gonflée et a du cran ! Il nous la faut. Quand je l’ai vu jouée en vidéo puis en face-à-face, je me suis dit : « il nous la faut absolument elle aussi ». C’est une chouette fille aussi là encore. On est vraiment chanceux. Mais personne parmi nous ne la connaissait auparavant.

Pourquoi ne pas avoir recruté un homme à l’une des deux guitares ? Crypta : un groupe sexiste alors ??! (rires)
Non !!! (rires) On avait simplement l’idée en fait d’avoir un groupe entièrement féminin. J’ai toujours joué dans des groupes cent pour cent féminins, c’est vrai. Avec Nervosa, c’était ainsi et je veux continuer ainsi, qu’entre filles. Je ne suis pas anti-homme, attention, et j’ai un petit copain. Mais je me dis que c’est l’opportunité pour d’autres filles de jouer ce genre de musique qu’elles n’oseraient peut-être pas dans d’autres groupes. Et puis après tout, il y a assez d’hommes comme ça dans les groupes de Métal, alors maintenant place aux femmes ! (rires)

Selon toi, question pas si évidente, comment définirais-tu les principales différences notamment artistiques entre ton nouveau groupe Crypta et ton ancien groupe Nervosa ? Peut-être que Crypta sonne death mais aussi plus dark alors que Nervosa était plus typiquement thrash..
Oui, c’est ça. Notre principale idée de Crypta est avant tout un groupe de death metal, avec différentes influences comme du death metal old school, moderne, de l’école suédoise, américaine (Death…), mais aussi du black metal. Cependant, c’est très difficile de comparer Nervosa à Crypta, j’aime pas trop faire ça en fait. Ce sont deux genres différents, Nervosa en résumé joue du thrash, et nous du death metal, voilà. Mais artistiquement, ta question est intéressante car je dirais que là on est différent dans le sens où j’ai vraiment eu besoin d’adapter Crypta à notre style, ou plutôt de m’adapter au death metal de Crypta avec ma voix que j’ai travaillé très dur. Certains pourraient dire : oui, le death, le thrash, le black, c’est pareil, etc. Non, non, pas du tout, car j’ai dû totalement réadapter déjà ma façon de composer et d’écrire les chansons pour Crypta, et donc aussi ma voix pour notre death metal. J’ai essayé d’intégrer des chants plus graves, en plus des cris plus black. L’approche des textes est différente aussi, les structures de compositions aussi, etc. Lyriquement, les textes dans le thrash parlent en général, même si c’est sombre dans Nervosa, des problèmes sociétaux, politiques, de la violence, de la guerre, etc. en dénonçant des choses, la barbarie. Ici avec Crypta c’est différent dans le sens où là, j’aborde l’être humain et ses sentiments, au plus profond de lui, nos maux intérieurs, nos démons, avec un côté psychologique. C’est donc sombre mais plus humain, avec toujours ce côté horrifique… (rires)

Il y a une chanson baptisé « Possessed » sur votre premier album. Forcément j’ai immédiatement pensé au groupe de Jeff Becerra. Peut-être est-ce là un clin d’œil à ce groupe américain culte de death/thrash metal d’ailleurs ?
(rires…) C’est drôle car on m’a déjà posé cette question, si c’était en lien ou non avec le groupe Possessed, etc. mais non. Jeff est un de nos plus grands supporters, il me met souvent des commentaires sur internet. Je l’adore, et bien sûr Possessed est l’une de nos principales influences dans Crypta. Mais non, ça n’a pas de corrélation ici. C’est un genre de chanson pour raconter un conte, un film d’horreur, en lien certes, avec le fait d’être possédé.

Cela aurait été cool de l’inviter au chant à tes côtés sur ce titre, non ? Il n’y aucun invité sur cet album ?
Sur Echoes of the Soul, on n’a pas voulu inviter de tierces personnes car on voulait simplement être déjà nous, les quatre membres du groupe, et proposer ce que l’on sait faire entre nous en se préservant. Bien entendu, cela aurait été génial d’avoir du beau monde sur notre album, mais ce premier essai doit déjà montrer notre propre démarche, ça doit rester cent pour cent Crypta afin que les gens identifient notre musique.

Tu sais, un groupe de metal symphonique comme Delain (groupe néerlandais signé à l’époque chez Roadrunner Records et par la suite chez Napalm Rec. comme Crypta) avait entrepris la démarche inverse sur leur premier album Lucidity en 2006, et justement au départ c’était risqué. D’ailleurs c’était l’objet de ma critique à l’époque mais leur album était bon, et ils ont assuré rapidement sur scène. Sur leur second album, ils changèrent pour faire un album avec nettement moins d’invités (quatre)…
Oui, je connais un peu Delain, on y a quelques amis en commun. Je respecte leur choix mais nous on voulait vraiment préserver Crypta sur ce premier album et montrer ce que l’on sait faire à nous quatre. Peut-être plus sur le prochain et second album, on pourrait inviter tellement de monde, mais ça peut être risqué. On verra…

Fernanda Lira (basse, chant) / CRYPTA

Lors de la promotion de l’album Downfall of Mankind de Nervosa en 2018, quand je t’avais demandée pourquoi tu n’utilisais pas davantage ta magnifique voix claire au chant comme tu l’avais déjà fait sur deux chansons dans le passé (façon heavy metal sur « Wayfarer » sur Agony, et une autre fois style blues à la fin de l’album Downfall of Mankind), tu m’avais confié adorer chanter chez toi, sous la douche par exemple (rires), et qu’à titre personnel, tu appréciais comme chanteuse Beyoncé (même que l’on avait rigolé à l’époque de cela en te provoquant à propos de l’installation d’une douche sur scène pour te permettre de chanter derrière un paravent comme le chanteur de Tool par exemple) et que tu adorerais sortir un album solo en chantant uniquement ainsi en voix claire façon rythm’n blues ou autre… Tu aurais pu en profiter pour le faire ici avec Crypta sur un ou deux titres ce premier album car tu es libre maintenant, non ? Pourquoi ?
Oui, j’aurai pu, tu as raison ! Mais avec Crypta, je pense que ça n’aurait pas collé avec ma voix claire… Ce n’est pas le propos ici en fait avec Crypta, même en alternant voix graves, screams et chant clair mais j’aurai d’autres occasions de le faire en parallèle, je pense. Il y a tellement d’autres groupes qui le font aussi. Mais tu sais, j’ai vraiment beaucoup travaillé ma voix cependant pour cet album, passants de growls à des screams. Je garde dans un coin de ma tête toutefois de sortir un album d’un tel side-project, j’aimerai vraiment beaucoup, et ça me tente toujours. J’en rêve de le faire, tu sais, mais le truc est aussi que… je n’ai pas le temps ! Là je suis très prise par la promotion de ce premier album de Crypta, et puis ma vie à côté, le travail, etc. Ce n’est pas toujours évident.

Si je comprends bien alors, il faut encore une pandémie alors d’un autre virus pour te forcer à écrire un album, l’enregistrer et t’entendre chanter avec ta belle voix claire ? (rires)
Ah non !! Non, surtout pas ! Pitié, on a trop hâte déjà de partir sur les routes pour jouer live avec Crypta. C’est comme tout, il faut que je prenne le temps, promis. Mais tu sais, même avec la pandémie, je n’ai pas pris le temps pour faire cela car avec la préparation de Crypta qui part de zéro et ce premier album Echoes of the Soul, je ne chôme pas ! Je suis focalisé que sur ça. Il y a tout à faire, on démarre. Mais un jour, ça arrivera !

Pourquoi ce choix de titre pour ce premier essai : Echoes of the Soul. C’est l’écho de ton âme, de ton cœur, que l’on entend sur ce premier album en quelque sorte ?
Hum… Tous mes textes parlent ici de vie intime, de mon chemin et ce que j’ai traversé dernièrement avec des métaphores. Les paroles représentent le cœur de mes sentiments, ce que j’éprouve en moi, les différents processus psychologiques et humeurs que j’ai pu avoir. Toutes les croyances, les problèmes internes, tout ce qui attrait à ma santé mentale, les choses de la vie que l’on traverse, que j’ai traversées, tout ça me parle et j’ai essayé d’aborder ça au plus profond de mon être. Ouah, je m’aperçois que je deviens philosophe à force moi ! (rires)

Pensez-vous pouvoir bientôt partir sur les routes et remonter sur scène ? Quand pensez-vous venir nous voir en Europe et en France ? Enfin, prévoyez-vous un petit concert avec ou sans public en streaming sur internet le jour j en juin pour le lancement de votre premier album Echoes of the Soul ?
On a déjà pas mal de concerts et tournées de prévues, prêtes à être booker, on est justement en train de voir tout ça avec notre promoteur. Mais on doit rester prudent, et on attend l’évolution de la crise sanitaire, mais on est prêtes. Croyez-moi, on est prêtes et on arrive dès que c’est possible car on a la rage ! On en a très envie. Pour donner un concert en live (enregistré ou non) sur internet pour la sortie de l’album, alors oui on y pense mais le problème est que nous sommes sur plusieurs continents, nous au Brésil avec Luana et Tania, et Sonia elle est en Europe aux Pays-Bas. Mais on y réfléchit pour trouver une solution.

Bah ce n’est pas un problème ça, avec les nouvelles technologies, les gars de Lamb of God ou Sepultura l’ont fait chacun chez soi, même avec des guests comme Scott Ian (Anthrax) ou Dave Ellefson (Megadeth) ont pu jouer avec Sepultura même si c’était enregistré ?!
Ouais, j’aimerai bien faire ça moi, même si ça demande quelques moyens, mais j’aimerai bien proposer un concert pour les gens nous voient, nous écoutent, quelque chose de live, avec de l’action, mais c’est à l’étude…

CHRONIQUE ALBUM

CRYPTA
Echoes of the Soul
Death metal
Napalm Rec.

Un mal pour un bien ce départ de nos deux Amazones de Nervosa finalement… La diablesse Fernanda Lira (basse/chant) et la batteuse Luana Dametto, véritable métronome à la frappe sèche, renaissent de leurs cendres tel le phénix (le percutant « From the Ashes » placé malheureusement trop tardivement en fin d’album) avec ce premier brûlot qui fait mal par où ça passe ! Affranchies de leur héritage thrash, elles prouvent (si c’est encore utile) qu’un groupe 100% féminin peut envoyer du lourd aussi. D’obédience death metal à la fois old et new school, mâtiné d’influences black, la musique de Crypta a été composée dans l’esprit d’un Death ou Possessed (la chanson « Possessed » sans lien direct évoque indubitablement la bande à Jeff Becerra) tout en s’orientant vers l’avenir grâce à une production sonore moderne (Echoes of the Soul a été mixé par Arthur Rizk (Code Orange, Powertrip…) et masterisé par le Suédois Jens Bogren (Opeth, Dimmu Borgir, Sepultura…)) donnant cette fraîcheur. Il y a aussi ici cette rage caractéristique des formations sud-américaines. De belles influences heavy, notamment dans les leads mélodiques de guitares interprétés par Sonia « Anubis » Nusselder (ex-Burning Witches, Ursinne, Cobra Spell) ponctuent cette brutalité maîtrisée de bout en bout qui ne demande qu’à exploser sur scène prochainement ! On a déjà hâte ! [Seigneur Fred]