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EINHERJER
Nés sous une bonne étoile

Alors que la fameuse série télé Vikings s’est achevée sur nos écrans fin 2020, d’autres Vikings débarquent à leur tour, en ce début de l’an 2021, sur leurs fiers drakkars. Ce sont les Norvégiens d’Einherjer, guidés par l’étoile polaire sur leur neuvième opus, North Star, trois ans après un Norrøne Spor plutôt bien accueilli auprès des fans. Frode « Grimar » Glesnes et Gerhard « Ulvar » Storesund restent ainsi fidèles à leurs racines nordiques depuis 1993. [Entretien intégral avec Gerhard Storesund alias « Ulvar » (batterie, claviers) par Seigneur Fred – Photos : DR]

Je me suis toujours demandé d’où venait le nom du groupe Einherjer et ce qu’il signifiait ? Peut-être cela veut-il dire « énergie » en norvégien ?
En fait, le nom Einherjer provient de la vieille mythologie nordique. Les gens qui sont morts d’une mort honorable (c’est-à-dire tombés au combat), deviennent des guerriers dans la garde d’Odin au Walhalla. Un « Einherjer » est donc un guerrier dans l’au-delà. Les humains sont tous de l’énergie, donc ta définition ce n’est pas si exagérée même si simplifiée. Nos éléments de base restent et sont transformés en autre chose lorsque nous mourons d’après la mythologie nordique.

Quoi qu’il en soit, Einherjer existe depuis le split de Beelzebub en 1993 et ​​est né des cendres de cet ancien groupe… Comment explique-tu aujourd’hui une telle longévité d’Einherjer malgré les modes musicales et les tempêtes dans le monde de la musique comme celle que nous traversons avec l’épidémie mondiale de Covid -19 ?
Ouais, c’est fou à quel point le temps passe vite ! (rires) Nous n’avons jamais fait Einherjer pour des raisons économiques, tu sais. Nous avons tous des emplois à côté du groupe, donc je suppose que notre motivation est simplement de faire de la bonne musique qui dure. Si quelqu’un organise une fête et sort un album d’Einherjer, alors c’est génial, enfin tant que je ne suis pas là (rires). Mais là, je me dis que notre groupe existe au moins pour quelque chose et en vaut la peine si certains l’apprécient tout autant que nous. Je ne me soucie pas vraiment de la façon dont la scène a évolué au fil des années à vrai dire. Nous avons toujours les mêmes influences que nous avions en 1993. Du Rock classique et du Métal en général. Quant à l’action du Covid-19 dans notre quotidien, l’épidémie est là et est mortelle pour nous comme pour tout le monde, musique ou pas. Heureusement, pendant ce temps, nous avons quand même pu travailler sur notre nouvel album sans aucune distraction. (sourires)

Qu’a fait aussi Einherjer durant la période 2003-2011, c’est-à-dire entre la sortie de l’album Blot (le sang en norvégien ?) et l’album Norrøn en fait parce qu’à cette époque, vous avez été plutôt silencieux et tranquilles sans nouveaux enregistrements pour les fans ?
Ouais, en quelque sorte nous avons mis Einherjer « sous la glace » (rires), simplement parce que nous voulions faire autre chose pendant un moment… Nous avons sorti un album avec un groupe de Thrash Metal appelé Battered, et avons voyagé un peu pendant quelques années, en se défoulant. C’était essentiellement moi, Frode et Aksel d’Einherjer, plus deux membres supplémentaires Ole Moldesæther et Sigurd Olaisen. Après, je me suis remis à Einherjer en 2009, lorsque nous avons donné un concert de « retrouvailles » au Wacken Open Air Festival. Sinon, « blut » en allemand et « blod » en norvégien, signifie le sang, oui. Mais « Blot » était une fête sacrificielle que les Vikings devaient honorer pour les dieux au moment du solstice d’hiver, solstice d’été, Yule et ainsi de suite… Chaque fois qu’ils avaient besoin de la faveur des dieux.

Dernière question sur votre passé (désolé mais cela fait longtemps que nous ne vous avions pas interviewé) avant de se pencher sur votre actualité avec North Star : votre précédent album intitulé Norrøne Spor, dont les critiques furent généralement très bonnes, était-il en relation thématique avec cet album Norrøn sorti en 2011 dans votre discographie ? En effet, le terme «Norrøne» apparaît dans les deux titres et je voulais savoir quel était le lien ?£
Ouais, Norrøn signifie le nord, et Norrøne Spor signifie les chemins nordiques, quelque chose comme ca. Il est tout simplement naturel pour nous d’utiliser ce mot, car la mythologie nordique est un vaste sujet que nous couvrons beaucoup. Aucun de nos albums n’a été un album de thème ou conceptuel, dans le sens où il y a une histoire du début à la fin, même si la mythologie et l’histoire nordiques constituent une grande partie de tous nos albums en fait.

Einherjer a toujours eu un son spécial, avec un style unique parmi les groupes de Viking / Black / Pagan Metal de la scène norvégienne et plus généralement scandinave (Enslaved, Borknagar, Mithotyn, Amon Amarth, etc.) pendant toutes ces années … Comment avez-vous abordé le travail cette fois afin de ne pas vous répéter pour ce neuvième album album North Star ?
Je pense que nous avons réussi à maintenir un style assez unique au fil des ans. Et cela malgré le fait que nous avons également beaucoup changé au fil des années dans le même temos. Je pense que chaque album a sa propre vie, mais ils sonnent tous comme du Einherjer. Pratiquement aucune de nos chansons ne vient d’une session de jams ou autre en répétition. Ce truc ne fonctionne pas chez nous. Frode (NDLR : Frode Glesnes alias « Grimar », basse/chant) et moi avons écrit les nouveaux morceaux « Mine våpen, mine ord » et « Stars » ensemble dans le studio. Parfois, cela fonctionne très bien comme ça, mais il est rare et difficile d’être créatif sur commande. Nous restons généralement assis à la maison et composons seuls de nos côtés, quand nous avons le temps. Comme je l’ai dit, nous avons tous des emplois à plein temps, donc les choses vont lentement avec nous. Il n’y a tout simplement plus d’énergie pour rassembler tout le groupe pour composer de la musique après de longues journées de travail. Mais cette recette a bien fonctionné pour nous jusqu’à présent, alors on la garde.

Pourquoi avoir arrêté votre collaboration (mixage et mastering studio) avec le célèbre producteur américain Matt Hyde après le ré-enregistrement de votre album, le classique Dragons of The North XX (20e anniversaire) ? Vous ne vouliez peut-être pas sonner trop américain parce qu’il a déjà fait du bon boulot avec vous précédemment, mais aussi avec Behemoth ou les jeunes retraités Thrashers de Slayer par exemple dans son travail ?! (sourires)
Je pense que nous voulions simplement évoluer en tant que groupe. Nous sommes très heureux de ce que Matt Hyde a fait cependant pour nos albums, et cela a été formidable de travailler avec lui. Je suppose que l’une des raisons pour lesquelles nous voulions travailler avec lui était d’avoir cette saveur américaine dans le son à ce moment-là. D’un autre côté, nous voulons aussi avancer et peaufiner notre son au fur et à mesure. Les deux derniers albums d’Einherjer Norrøne Spor et North Star ont été enregistrés et mixés dans leur intégralité dans le propre studio de notre bassiste/chanteur Frode (Glesnes alias « Grimar ») : le studio Borealis.

Votre nouvel album North Star sonne très Heavy/Black Metal et est très groovy, je trouve. On peut le ressentir dans votre premier single et vidéo intitulé « Stars » par exemple ou « West Coast Groove » dont le titre convient très bien ici. Est-ce à cause de la raison pour laquelle Grimar (basse/chant) a arrêté de jouer de la guitare pour se concentrer davantage sur sa basse mais surtout son chant aussi qui est très en avant dans le mixage sonore de North Star par rapport aux guirares par exemple ?
Dans une certaine mesure oui, car Frode (alias « Grimar » donc) pense naturellement plus aux lignes de basse et se concentre sur ses parties. Mais c’est toujours moi et lui qui écrivons toute la musique d’Einherjer. Frode enregistre également encore beaucoup voire la plupart des guitares des albums au côté des deux guitaristes. Le studio est chez lui, il est donc plus facile pour lui d’enregistrer ce qu’il a déjà pensé et écrit. Mais je suis d’accord, il y a beaucoup de groove dans ce nouvel album. Au lieu d’ajouter tout un tas de trucs futiles et complexes simplement parce que l’on peut le faire après en studio chez soi, parfois moins c’est mieux. Cela permet de se concentrer davantage sur la mélodie et le groove en fin de compte.

Les claviers sont de plus en plus importants aussi sur North Star afin de créer des ambiances avec une touche de pus en plus progressive, je trouve, mais toujours ces racines Heavy et Black Metal et finalement assez Rock. Commencez-vous à composer aux claviers dans un premier temps, ou les ajoutez-vous après les parties de guitare et de batterie et le chant afin de mettre une touche plus mélodique et atmosphérique dans vos chansons après coup ? Comment fonctionnes-tu toi qui t’occupe des claviers justement en plus de la batterie ?
Je précise que nous avons toujours utilisé des claviers sur nos albums d’une manière ou d’une autre. La plupart du temps, je crois, la majorité des compositions se fait d’abord à la guitare. Pour moi personnellement, c’est environ 50/50. Parfois les claviers me viennent en premier et je les écris, et parfois ça commence par la guitare. À l’époque, sur les albums Norwegian Native Art puis Blot, la plupart des compositions se déroulaient en majeure partie d’abord aux claviers en fait. Evidemment, avec la guitare en tête toujours en arrière plan tout le temps. J’aime ajouter du clavier pour ajouter de la saveur et une certain atmosphère afin d’enrichir les accords de guitares.

Un premier vidéo clip extrait de North Star est déjà paru, il s’agit du single « Stars ». Mais à présent, allez-vous réaliser un second vidéo clip pour ce nouvel album en vous inspirant par exemple de ce que vous aviez fait dans le cadre du ré-enregistrement de la célèbre chanson « Ballad of the Swords » pour les vingt ans de votre premier album Dragons of The North en 2016 car c’était vraiment réussi et beau ? Je me souviens que c’était comme un clip de dessin animé / animé avec une histoire de guerriers très intéressante graphiquement ?
Alors comme tu le sais déjà, nous avons déjà une vidéo pour le titre « Stars », oui. Le 26 janvier est sorti ensuite celui de « The Blood and the Iron ». Tous deux ont été dirigés et édités par un gars par chez nous nommé Thomas Mortveit (pour Shady Shades). Les deux ont également été tournés ici par chez nous à Haugesund. On a également des plans, oui, pour une troisième vidéo juste après la sortie de l’album, le 26 février qui rejoint un peu ta demande. Si vous êtes chanceux, vous devriez le découvrir alors plus tard… (sourires)

Pour conclure, quels sont vos projets pour 2021 autour de la sortie de ce neuvième album studio ? Vous êtes impatients de repartir en tournée sur les routes à travers le monde quand les temps seront meilleurs et plus sûrs, je présume ?
Eh bien, nous sommes prêts pour 2021, si 2021 est prêt pour nous. En ce moment, cela semble un peu sombre, mais plus tôt que l’on ne croit et d’ici à ce que je perde mes cheveux comme dit une expression finlandaise, nous serons à nouveau sur la route. Nous avons déjà un concert pour la sortie de North Star prévu ici dans notre ville natale (Haugesund) le 26 février, alors voyons comment cela se passe. Et c’est déjà bien et mieux que rien donc pour recommencer.

CHRONIQUE ALBUM

EINHERJER
North Star
Viking Black Metal
Napalm Records

Enregistré, comme son prédécesseur, au prédestiné Borealis Studio, dont le propriétaire n’est autre que le bassiste/chanteur d’Einherjer, North Star débute puissamment sur le titre « The Blood And The Iron ». Le groupe norvégien, originaire d’Haugesund (comme un certain Enslaved), y part au combat sur un rythme soutenu pour battre le fer, comme jadis ses aïeux s’embarquèrent en quête de nouveaux horizons…

Rapidement, les touches de claviers, omniprésentes dans le son des Norvégiens depuis 1993, s’invitent, créant une légère ambiance psyché sur l’intro du single « Stars », et rappelant, là encore, Enslaved à l’époque de Frost… Son cofondateur, Ulvar (batterie/claviers), précise toutefois : « On a toujours utilisé des claviers sur nos albums d’une manière ou d’une autre… Même si je dirai que, de nos jours, l’essentiel de la composition se fait avec la guitare. Perso, c’est du 50/50 quand je compose. À l’époque de nos albums Norwegian Native Art et Blot, la plupart des compos se déroulaient aux claviers, avec évidemment sans cesse la guitare en arrière-pensée. J’aime ajouter des claviers pour ajouter de la saveur, de l’atmosphère, et enrichir les accords. »

Tous ses ingrédients contribuent à rendre ainsi le style d’Einherjer unique : à la fois mélodieux et groovy (le bien nommé « West Coast Groove »), auquel il convient de rajouter, bien sûr, ce chant râpeux du frontman Grimar. Hormis « Stars », qui a été composé en duo (Grimar/Ulvar), « en jammant ensemble en studio, ce nouvel album a été conçu chacun de son côté à la maison », mais à l’ancienne. Le quatuor scandinave conserve une certaine tradition, héritée de ses influences Classic Rock et Heavy Metal, qui confèrent une relative accessibilité au style Black Viking d’Einherjer, auprès des néophytes parfois craintifs à la vue de ces hommes du Nord.

Le seul problème sur North Star réside en fin de compte dans le manque d’emphase et d’intensité (le faux espoir « Ascension »), rendant ce voyage de nos quatre guerriers vers l’au-delà peu épique (souvenez-vous du classique Dragons Of The North qui a fêté ses 20 ans en 2016 !), à part peut-être sur le seventies « Higher Fire » ou « Echoes In Blood », ce qui, au final, est un peu maigre. Dommage. Un disque tout à fait correct au demeurant. [Seigneur Fred]