Depuis quelques années, l’Allemagne s’est parée d’un festival où progressive metal, djent, post-metal, ou encore mathcore se côtoient joyeusement – pour devenir l’un des événements-référence du genre. Ça se passe du côté de Cologne, et on a discuté avec l’un des créateurs de l’Euroblast, le festival sus-mentionné.

[Entretien avec John Sprich par Philippe Jawor – philippe@metalobs.com]

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Comment est né l’Euroblast ?
Daniel Schneider et moi-même avons lancé ce festival pour différentes raisons. Il y avait un facteur régional, d’abord : il n’y avait pas de festival de Metal qui nous plaisait, dans les environs. Les groupes que nous écoutions étaient beaucoup trop underground pour jouer dans ceux qui existaient déjà. En fait, ils étaient souvent même pas signés et n’avaient jamais joué hors de leur pays !
Tesseract est un bon exemple de ça : on est dingues d’eux depuis 2007. On les a fait jouer leur premier concert hors d’Angleterre, en 2009, avant même qu’ils ne soient signés sur un label (2010) ou sortent leur premier album (2011). Aujourd’hui, c’est un groupe mondialement connu.
L’autre raison, c’est que nous étions batteurs dans quelques groupes, et nous avions eu pas mal de mauvaises expériences, avec des concerts extrêmement mal organisés. On voulait aller à l’inverse de ça : créer une atmosphère intense, mais amicale. Au début, on a mobilisé nos amis, nos copines, nos ex… On a lancé ça sur avec une ambition plutôt régionale, au début, avant de devenir aujourd’hui l’un des incontournables pour les groupes de Metal Progressif.

 

Dirais-tu qu’il y a un effet de mode autour du Metal Progressif ?
Absolument ! Le Rock Progressif existe depuis les 70’s, avec des groupes comme Rush ou King Crimson. C’est eux qui ont posé les fondations pour les groupes de Metal Progressif comme Fates Warning, Watchtower, DreamTheater et tant d’autres. Le rock progressif n’a jamais cessé d’évoluer, surtout dernièrement : on a vu exploser Meshuggah, Gojira, Animals As Leaders and Periphery, des groupes qui font partie intégrante de l’univers Euroblast.
J’ai lu un jour une très bonne définition du mot « progressif » : « Changement favorable, innovation ». C’est exactement ça. Je rapproche souvent la musique progressive de la science, et de la volonté de l’être humain d’évoluer. C’est d’ailleurs pour ça que ça met parfois un peu de temps à atteindre le grand public. J’ai eu cette conversation avec Mårten, de Meshuggah, à propos du temps qu’ils ont mis à atteindre le succès par rapport à d’autres groupes dont l’approche est moins progressive. Innover n’est jamais simple : il s’agit de créer quelque chose qui n’a jamais été fait auparavant, ou altérer quelque chose pour en faire quelque chose de nouveau. C’est un gros challenge, mais c’est justement la philosophie d’Euroblast.
À mon avis, le Metal Progressif va continuer à prendre de l’ampleur, il ne s’agit pas forcément d’une mode passagère dans le sens où de plus en plus de personnes s’y sentent connectés. Avec le développement du home recording, de YouTube et tout ça, le processus s’est accéléré : les groupes émergent beaucoup plus vite qu’auparavant. Rien qu’un exemple, les Parisiens de Novelists : le groupe s’est formé en 2013 et a été signé en moins de deux ans ; leur premier album sort en novembre prochain.

 

Puisqu’on parle d’évolution, en as-tu constaté une dans le public venant à l’Euroblast ?
Il est plus nombreux, issu de pays plus variés d’année en année. Ça donne l’impression d’un rassemblement mondial, et j’adore ça.


Sur quels critères avez-vous sélectionné les groupes à l’affiche cette année ?
Beaucoup de facteurs entrent en comptent quand il s’agit de booker les groupes, mais il y a chaque année une espèce de fil rouge dans la programmation. Ce n’est pas toujours flagrant, mais c’est comme avec de la nourriture : il y a toujours un ingrédient que tu identifies plus fortement qu’un autre et qui donne sa saveur finale au plat. Cette année, on a un axe plutôt « prog » avec des groupes comme Cynic, Soen, Haken et Leprous, même si Monuments, The Algorithm, Igorrr ou Uneven Structure sont plus des groupes progressifs – beaucoup pensent qu’il n’y a pas de différence entre ces deux termes, mais il y en une grande pour moi.
Cela dit, on cherche toujours de nouveaux groupes : il suffit de contacter notre chasseuse de têtes Susanne (su@euroblast.net). J’ai l’impression d’être un politicien qui fait sa pub ! (rires)


Quel groupe est à ne pas manquer cette année ?
VOLA. Ce groupe m’a scotché la première fois que je l’ai entendu, et il m’a plus impressionné encore quand je suis allé les voir sur scène il y a quelques mois. Ils ont quelque chose de magique, qui n’a rien à voir avec le fait de savoir faire le show. Je pourrais donner plein d’autres noms, mais en fait ça reviendrait à faire un copier-coller du line up du festival ! (rires)

 

Quel groupe rêverais-tu de voir jouer à l’Euroblast ?
On aura un jour Gojira, c’est suis sûr – on manque juste un peu de chance au niveau des emplois du temps, pour l’instant. Mais mon rêve, ce serait un concert secret de Tool, avec une mise en scène minimaliste. Un truc dont personne ne serait au courant, où le groupe débarque, comme au bon vieux temps, devant seulement 1 500 personnes qui se diraient qu’ils ont assisté à la meilleure soirée de leur vie. Il ne faut jamais dire jamais hein, peut-être que ça arrivera un jour…


Qu’est-ce qu’il reste à améliorer pour l’Euroblast ?
La liste est longue ! Mais on a des moyens relativement limités, il nous faut investir avec intelligence. En gros, j’aimerais que l’Euroblast se déroule dans plusieurs hangars dans lesquels on pourrait rendre ça encore plus intense, avec plus de scènes, de boutiques, d’espaces de repos… tout ça dans un environnement urbain, où le public pourrait expérimenter la vie à Cologne comme partie intégrante du festival. Pour résumer, j’utiliserais la vidéo ci-dessous :