GLACIATION
Ultime Éclat
Black Metal
Osmose Prod.
★★★★☆

Simple coïncidence ou signe volontairement fataliste en ces temps de pandémie mondiale, voici le troisième et ultime éclat (enfin on ne l’espère pas en tout cas) des Français de Glaciation, toujours mené corps et âme par Hreidmarr, l’ex-frontman d’Anorexia Nervosa, depuis 2014 (après un petit break en 2016), en espérant que ce ne soit pas le dernier chant du cygne de cette excellente formation de Black Metal née à l’origine sous la houlette des membres de Necroblaspheme, Alcest, The CNK, et de l’artiste Valnoir. Cette nouvelle œuvre passionnante et déchirante succède donc aux deux premiers méfaits du groupe : 1994 (paru paradoxalement en 2012, vous suivez toujours ?) et Sur Les Falaises de Marbre (2015) sur le fameux label français Osmose Productions, ancienne écurie d’Anorexia à son heure de gloire. Les présentations étant faites, revenons à nos moutons et goûtons voir cette substantifique moelle sonore typiquement frenchy. Bien que le line-up bénéficie désormais de l’apport du guitariste autrichien A. Sethnacht (Eschaton, Hellbound) en ses rangs, Glaciation n’en demeure pas moins un groupe vraiment singulier et séduisant. Ancrée dans un Black Metal venimeux d’obédience scandinave (l’artwork et le logo rappelant fortement Gorgoroth et un album comme Twilight of the Idols – In Conspiracy with Satan), sa musique possède une touche typiquement française intégrant dans sa structure des influences de musique classique à des compositions héritées de notre culture (présence du trop rare piano joué par Katia Jacob du groupe vosgien Vent Debout sur l ‘ultime « Les Grands Champs d’Hiver », tel une Nocturne désaccordée de Chopin), mais aussi un certain romantisme décadent à la française qui se dégageait déjà sur les œuvres de feu Anorexia Nervosa, ainsi qu’un mal-être presque baudelairien (« Vers Le Zéro Absolu » évoquant le spleen d’IrréméDIABLE de Misanthrope avec ses vers à la française en chant clair). Si ce troisième album débute par la chanson-titre dans la peine la plus profonde, à savoir un hymne mortuaire militaire inspiré par la tristement célèbre « Sonnerie aux morts » annonçant en quelque sorte le début de la fin, Glaciation n’évolue pas pour autant dans les pleurnichements désespérés ou la complainte comme certains artistes excellent dans ce registre (Karg, etc.) du fait de son énergie et de son attitude vindicative à l’image ici tout d’abord de son chanteur. En effet, le quintet français distille sur Ultime Éclat une rage amère mais néanmoins mélancolique véhiculée par la voix de Hreidmarr. Aussi, très vite le riffing incisif des guitares qui n’aurait pas déplu à Neige (Alcest) à ses débuts vient ramoner nos cages à miel pour ceux qui pensaient savourer une petite douceur Black Metal fade et lisse comme il en naissait quotidiennement il y a deux ou trois décennies. Très vite, le tempo s’accélère et les screams rageurs de Hreidmarr cristallisent notre attention. On se dit alors qu’Anorexia Nervosa nous manque en ces temps de déclin du Black Metal symphonique. Les discrètes interventions vocales d’une poignée d’invités contribuent aussi à la grande richesse de cet opus, comme sur « Le Rivage » (featuring The Lady CP6159) ou le réussi « Acta Est Fabula » (featuring Cécile G. (Au Champ Des Morts)) et ses samples inquiétants… L’ancien frontman d’Anorexia a su, qui plus est, bien s’entourer grâce à l’aide de deux des membres des Annéciens de Deathcode Society dont vous nous avions parlé en 2015 à l’occasion de la sortie du prometteur Eschatonizer (Osmose Prod.) Leur influence se fait notamment sentir sur un titre tel que le complexe « Ce qu’il y à de chaos » aux orchestrations symphoniques dynamiques sans toutefois être pompeuses. Au final, cet Ultime Éclat se déguste comme la madeleine de Proust, nous rappelant l’aube des formations de Black Metal sur la scène française il y a un peu plus d’une vingtaine d’années (Anorexia Nervosa, Seth, Alcest, Blut Aus Nord, etc.), bien loin des légions Post Black à la mode pas toujours originales ces temps-ci, en espérant que ce ne soit pas là l’ultime opus de Glaciation en ces temps de réchauffement climatique…

[Seigneur Fred]