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HEGEMON
Hérauts des temps modernes

Que de sorties black metal intéressantes cette année, que ce soit sur le plan international (Wolves in the Throne Room, Wesenwille, Mayhem) ou français (Seth, Aorlhac, etc.). Hegemon fait partie de l’élite. S’il aime rester discret et mystérieux quant à son line-up, chacune de ses sorties est une pépite. Puissant, surprenant, mais Ne cédant pas pour autant à la dernière tentation à la mode, leur cinquième opus Nuncius Sidereus nous a littéralement sidérés par sa qualité intrinsèque. Alors, tout comme Seth, Hegemon : l’excellence à la française ? [Entretien intégral avec N (chant) et F (guitare), par Seigneur Fred – Photos : DR]

Six ans se sont écoulées depuis la parution de votre quatrième album The Hierarch, six années entrecoupées par la sortie d’un EP sorti en 2017 plutôt de manière plutôt confidentielle en CD : Initium Belli ; et d’un split EP éponyme en vinyle conjointement avec Nature Morte en 2020. Comment résumeriez-vous ces six années alors pour Hegemon et avez-vous pu vous produire live et tourner en France et en Navarre (à l’étranger ?) pour soutenir comme il le fallait le très réussi The Hierarch à son époque ?
N : Contrairement aux fois précédentes, l’intervalle entre deux albums aura été chargé d’actualité, comme tu le dis toi-même. The Hierarch est sorti en novembre 2015, et suite à sa sortie nous avons joué au Hellfest en 2016. Toute cette énergie nous a mis un coup de fouet, nous poussant à enregistrer et sortir, par nous-mêmes d’ailleurs, le EP Initium Belli. Puis, est venu le split avec nos amis de Nature Morte. En parallèle de tout cela, nous avons commencé à composer le nouvel album, et l’avons enregistré et mixé entre septembre 2020 et juin 2021. Plutôt intense pour une formation comme la nôtre, en particulier quand tu connais le nombre d’années écoulées entre chaque album en général ! Malheureusement, nous n’avons pas tourné, ni même fait d’autres concerts pour soutenir The Hierarch. Notre mode de fonctionnement éclaté et les circonstances des deux dernières années ne nous ont pas aidés, il faut dire. Après, il est vrai que nous ne courons pas non plus après tous les concerts. Nous sommes restés assez… dans notre coin, dirons-nous !

Au sujet de votre récent split EP, pourquoi le choix du groupe Nature Morte, formation francilienne qui évolue plutôt dans un registre qualifié de Post Black Metal pour l’association à cet EP commun paru donc l’an dernier en indépendant ?
N : Pour deux bonnes raisons : la première est que nous nous connaissons et respectons grandement. Ce sont des musiciens sincères, dévoués et honnêtes, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Je connais certains des membres depuis plus de quinze ans, mais c’est une autre histoire. La seconde raison : c’est que Nature Morte est musicalement aux antipodes de Hegemon. Ils sont de plus un groupe jeune et frais, alors que nous sommes de vieux guerriers underground. De plus, le plaisir du contraste et de savoir que certains « puristes » du Black Metal pourraient râler qu’on partage un disque avec eux nous plaît hautement. Une sorte de jubilation intérieure… Il nous en faut peu, certes… Mais être là où on ne nous attend pas vraiment est un plaisir. (sourires)

Les membres de Hegemon ont toujours su rester assez discrets au niveau de leur identité grâce à vos pseudonymes en alphabet grec, et ce, depuis le début en 1996 du côté de Montpellier. Pourquoi cette stratégie autour du line-up mystérieux même si l’on sait qu’il y a des membres de Bloodshed ou Your Shapeless Beauty (groupe français lancé à l’époque par Adipocère Rec.) ? Avec plus de visibilité notamment dans la communication par le passé, ne pensez-vous pas, avec du recul, que cela aurait permis au groupe de sortir plus d’albums et d’être davantage connus sur la scène Metal européenne voire internationale, un peu dans le même registre comme Svart Crown ou Seth, Alcest, ou Déluge de nos jours ?
N : Peut-être, mais c’est un choix dès le départ totalement assumé. Pourquoi faisons-nous les choses comme ça ? Parce qu’on n’en a réellement et profondément rien à foutre d’être connus, reconnus, célèbres… A l’international, ou bien ailleurs. Et ce n’est pas un postulat histoire de justifier notre statut d’éternel groupe underground qui ne connaît ni succès ni reconnaissance. Tout ce qui compte, et c’est la seule chose importante à nos yeux, c’est que nous puissions faire la musique que l’on veut, comme on veut et quand on veut. Pas question de rentrer dans un système de sortie d’album/tournée/sortie/tournée, etc. Et pour nous, la preuve que vous pourriez recueillir pour comprendre que c’est une position sincère, c’est que ce choix date du jour de la fondation du groupe, et perdure jusqu’à aujourd’hui. Notre anonymat ne sert pas à cacher des « stars » ! Nous ne sommes personne. Il est vrai qu’en fondant le groupe on s’est dit que certains pourraient juger Hegemon à travers le fait que nous jouions dans tel ou tel groupe. Tu sais ce que c’est, les bla bla et autres racontars, prises de position, etc… parce que X fait ci ou Y joue avec tel combo sont légions, et prennent souvent le dessus sur la seule chose qui compte à nos yeux : la musique ! Nous savons que notre discours peut paraître futile, facile, voire même ridicule, mais on s’en moque totalement. Et puis au bout de plus de vingt-cinq ans à dire la même chose, les rares gens qui connaissent Hegemon devraient avoir compris que c’est sincère, c’est dans notre façon de vivre les choses, même en dehors de la musique. Ce n’est pas de la rébellion facile ou une manière de masquer un manque de reconnaissance. C’est comme ça que nous concevons les choses, notre musique et le Black Metal en particulier. C’est très bien que les autres groupes français de Black et Métal en général que tu cites s’en sortent bien mieux que nous, tant mieux pour eux, sincèrement. Mais nous, c’est autre chose… Alors tu as probablement raison, mais nous raisonnons à l’opposé de ça. Et ça ne va pas aller en s’arrangeant avec le temps ! (rires)

Venons à présent à votre nouvel et cinquième opus : Sidereus Nuncius. Encore un nom latin ! (rires) Pourquoi l’usage de cette langue morte (qui me rappelle personnellement mes années collège & lycées jusqu’à l’université avec des versions et thèmes souvent moins passionnants à traduire que la civilisation romaine en elle-même…), mais cette langue est surtout le symbole de la chrétienté par excellence, encore aujourd’hui, alors que vous évoluez paradoxalement dans la sphère Black Metal française ? Pourquoi cette fidélité au latin encore une fois (Contemptus Mundi, Initium Belli) même s’il y a eu des enregistrements de Hegemon en anglais bien sûr et que le nom du groupe provient du grec « Hegemon » par contre ?
Le latin n’est pas particulièrement mis en avant chez nous. Le fait qu’il soit utilisé pour trois de nos disques est presque un hasard. Ce qui compte c’est le message. La locution originelle. Si c’est en sumérien (et on en utilise souvent), alors ce sera du sumérien. Le sens, la signification, l’origine et la portée d’une locution sont primordiaux. Nous utilisons les langues mortes car elles symbolisent le passé de l’humanité, de son histoire écrite en tout cas. C’est un prisme par lequel nous passons pour évoquer l’Homme dans son ensemble, sa capacité destructive, sa haine, sa bêtise crasse, sa soumission facile à n’importe quel con qui crie plus fort que les autres et sa capacité à toujours s’exclure du moindre jugement, justifiant ainsi toujours ses atrocités, ses erreurs… sans jamais reconnaître sa culpabilité. Mais tu as saisis un point important : le fait que le latin fut la langue véhiculaire du christianisme en occident. Effectivement, nous jouons un peu sur ça aussi. La religion, et la chrétienté en particulier car c’est « notre culture » en occident, est la pire invention de l’Homme. Utiliser cette langue pour combattre cette fange, ce mensonge, cette absurdité est une manière de renverser les valeurs. N’y vois pas ici une apologie du satanisme : c’est aussi de la merde à nos yeux. Croire en Satan, c’est croire en dieu : impossible. Croire est une plaie du monde en fait… Nous utilisons un melting pot de langues archaïques pour illustrer tout cela, pour montrer que dès que homo sapiens a su graver des signes et écrire, il a semé le chaos autour de lui, et l’a consigné, comme si cela devait être une fierté… Mais comme tout a toujours été fait au nom « du bien », c’est pathétique. Nous devrions accepter notre chaos car nous considérons que nous sommes chaos. Nous devrions apprendre à vivre avec, à le maîtriser et non à vouloir l’abolir. Le résultat, c’est que les humains sont frustrés et bien plus destructeur que si leur part d’ombre avait été comprise, admise et utilisée à bon escient. Mais les dogmes, en particuliers issus des monothéismes sont une épidémie sans fin… De toute façon, l’Homme ne comprend rien, il s’est déconnecté de la réalité qui l’entoure et n’apprend jamais de ses erreurs. Nous devrions disparaître une bonne fois pour toute et laisser la nature reprendre ses droits.
Après cette digression, revenons au début de ta question : il se trouve que le livre Sidereus Nuncius de Galilée, et ce qu’il représente, est écrit en latin. Et comme cela faisait sens totalement avec le propos de l’album en particulier, et du groupe en général, nous l’avons choisi simplement. La plupart du temps, tout ce qui concerne les textes, le « concept » et l’orientation philosophique des albums, est de mon ressort. Toute la réflexion de Hegemon est fondée sur de nombreuses lectures et recherches en histoire, dont je suis passionné. J’ai osé parler en mon nom là ! (rires) Le groupe ausculte ce que je leur présente et l’adopte facilement car nous sommes sur la même longueur d’ondes depuis le début, particulièrement F, A et moi, les membres fondateurs.

Sidereus Nuncius signifiant le « messager étoilé » littéralement, et n’ayant pas encore eu accès ni vu à cette heure le détail du nouvel artwork (NDLR : entretien réalisé fin juillet 2021), pouvez-vous nous décrire la pochette de Sidereus Nuncius s’il-vous-plaît ? Y retrouve-t’on l’habituel chevalier ou roi à la tête d’une armée comme c’était le cas sur votre tout premier album Chaos Supreme, puis By This, I Conquer, etc. alors que sur The Hierarch, le visuel avait évolué et était devenu plus sombre, avec comme un cadavre assis sur son trône, décomposé, mort… ?
N : Nous préférons te laisser la surprise de l’artwork. Tout ce que nous pouvons dire c’est que la pochette a été réalisée par David Thiérrée qui a fait un travail incroyable, vraiment. Une traduction plus exacte du titre de « Sidereus Nuncius » est « le messager céleste ». Ce livre de Galilée est un pamphlet contre l’anthropocentrisme, en tout cas intrinsèquement. En fait, il s’agit d’un traité d’astronomie. D’ailleurs Galilée a failli perdre la vie à cause de cet ouvrage du même nom au XVIIème siècle. Et justement, l’illustration de l’album représente un syncrétisme de tout ce qui a pu et continue à réduire en esclavage l’humanité : les religions, le consumérisme, la cupidité, les effets de masse, et maintenant le modernisme à tout prix, internet et le partage sans limite de la connerie humaine, certains médias, l’argent, le pouvoir, la politique et il y en a encore… Nous sommes tous à genoux face à ça, la preuve. Tous ! Nous y compris.

Comment a été composé et écrit ce cinquième album ? Tranquillement à la maison ou dans votre home studio en prenant le temps du fait de cette année et demie d’inactivité scénique qui vient de passer (covid-19 oblige) ou bien certaines idées, riffs, mélodies, et paroles étaient déjà couchés à l’écrit et numérisés peut-être en studio ?
N : En fait, la composition était terminée au début de la pandémie, donc nous avons profité de la période pour l’enregistrer, entre les divers confinements, nous allions en studio, le WSL pour ne pas le nommer, qui est le studio de D, notre second guitariste. Les prises en elles mêmes ont été un long processus : la batterie, la basse, les guitares et le chant en dernier. Plus tous les arrangements. Il faut savoir que la composition est le rôle exclusif de A et F, respectivement bassiste et guitariste du groupe. Ils composent chacun une moitié de l’album, nos albums comportant tous 8 titres. C’est comme ça depuis The Hierarch. Mais avant c’était déjà leur chasse gardée. Personne d’autre qu’eux ne compose et personne d’autre que moi n’écrit les textes. C’est une sorte de démocratie dans la dictature (ou l’inverse). Et comme en plus nous vivons tous éloignés les uns des autres, ça a pris encore plus de temps. Mais bon, vu qu’on a toujours pris notre temps justement, la pandémie n’a pas chamboulé grand-chose pour nous à ce niveau-là.

Musicalement, ce nouvel album Sidereus Nuncius est très puissant, les riffs sont très ciselés et variés, et il y a vraiment un sentiment de puissance typique du Black Metal du début des années 90, avec une certaine noblesse des mélodies car même si c’est brutal, belliqueux, la production sonore sublime des compositions vraiment prenantes et crues. Cela m’a rappelé Immortal par moment, et provoqué le même frisson qu’un certain Pure Holocaust… (par ex. votre titre «Mellonta Tauta »), ou le groupe Dissection aussi (« Ascendency Of Astral Chaos »). Vous êtes-vous replongés dans vos vieux classiques du Black Metal durant les trois derniers confinements à la maison en 2020-2021 ? (rires)
N : Eh bien, merci déjà pour ces compliments et ces comparaisons pour le moins flatteuses. (sourires) Nous avons toujours favorisé et aimé la mélodie. Nous ne faisons pas du brutal Black, mais plutôt un Black violent et très mélodieux, c’est comme ça qu’on aime composer. Une alliance entre violence et harmonie. Un équilibre entre ordre et chaos. Et non, nous ne nous sommes pas replongés dans nos vieux classiques durant la pandémie car ils font partie intégrante de nous, de nos influences profondes, de nos racines musicales et émotionnelles. Nous écoutons beaucoup de groupes actuels aussi, tu sais, mais ils n’ont aucun impact sur nos compos car nous savons qui nous sommes, ce que nous sommes et d’où nous venons. Si nous sonnons comme dans les années 90’s, c’est tout simplement car nous venons de là. Tu sais, on a en moyenne un peu moins de 45 ans, donc nos racines sont profondément ancrées. Et puis, pour être honnête, tu peux constater que ces influences sont les mêmes depuis notre démo de 1997. On a évolué techniquement, musicalement, humainement, mais le sang « sonore » qui coule dans nos veines est le même depuis vingt-cinq ans.

Sur l’intro « Heimarmene », on croirait entendre de la cornemuse mais mixée. Je sais que votre guitariste Δ alias « Darkhyrys » en joue aussi parfois. Pourquoi ne pas en intégrer davantage ici ? Vous auriez peur de sonner trop folk ou « pagan » comme c’est devenu un peu la mode actuellement dans le Métal ? (rires) Korn et Jonathan Davis dans un autre genre de Métal en utilisent aussi encore mais toujours avec parcimonie là encore… Est-ce ainsi aussi chez Hegemon ?
N : Eh bien, désolé de te l’apprendre mais il n’y a aucune cornemuse sur notre nouvel album Sidereus Nuncius, ni aucun instrument acoustique autre que des guitares d’ailleurs. Ce ne sont que des samples, des ambiances, des bruits, des sons. Il n’y a même pas de claviers tels que tu le penses peut-être. Et cela n’a rien à voir avec la peur de sonner trop folk ou autre. Musicalement, on n’a peur de rien, on te l’a dit, on se fout éperdument de ce que pensent les gens ou de ce que ça peut donner. Si c’est comme ça que cela doit être, si ça nous plaît et si ça sonne bien on intègre tel ou tel élément dans nos compos. On n’est pas fans de toute façon des trucs trop folk ou « pagan » (quelle appellation étrange !). Si demain on fait un morceau où l’on ressent l’irrépressible envie de mettre de la trompette, de la flûte ou du kazoo, alors on en mettra, point barre. Si cela sert la musique comme on le ressent, alors on ne se pose aucune question, et surtout pas celle de ce vont en dire les gens.

Certains morceaux plus atmosphériques m’ont assez surpris du fait de leur diversité mais s’intégrant totalement à l’ensemble très froid et rentre-dedans de Sidereus Nuncius. Je pense par exemple au break assez mélancolique sur « Shape Shifting Void » ou à « Shamanic Cosmocrator », « Ascendency Of Astral Chaos » ; à la fin de « Your Suffering, My Pillars ». Il y a parfois un côté lugubre et plus dark à la Morgul ou Dimmu Borgir (période = ou < Puritanical Euphoric Misanthropia). C’était une volonté de la part de tous les membres de Hegemon d’expérimenter d’autres voies plus atmosphériques sur ce nouvel album et diversifier votre musique, ralentir parfois un peu les choses, et ne pas tout le temps blaster à fond la caisse ? (sourires)
N : En fait ta question nous dépasse un peu… (rires) Dans le sens où, encore une fois, on ne pose aucune question, aucune limite sur nos compositions. Que ce soit pour F ou A, les choses viennent naturellement, d’instinct. A aucun moment ils se disent : « Tiens, je vais faire un riff à la Emperor ici, ou un break à la Satyricon », ou quoi que ce soit du même acabit… Du coup, on ne s’est pas dit de faire plus atmosphérique, de ralentir ou pas les tempi. D’ailleurs, on a même accéléré notre tempo habituel sur cet album. Nous dirions par contre, et avec quelques mois de recul maintenant après l’enregitrement, que les morceaux ont des parties atmosphériques et d’ambiances encore plus posées, voire peut être plus osées que sur les albums précédents, mais que les parties Black pures et dures sont encore plus violentes. C’est marrant de nous parler de Dimmu Borgir ou Morgul qui ne sont vraiment pas dans nos influences, même si on a pu apprécier ça et là quelques albums de ces artistes norvégiens, mais ils ne sont pas nos racines du tout. La seule chose que l’on surveille un peu, c’est la cohésion. Mais là encore, de très loin car après vingt-cinq ans à jouer ensemble, l’osmose est grande. Bien sûr, AD (batterie) et D (guitare) ont leur mot à dire, et on écoute leurs avis et propositions. Et si cela a du sens et nous plaît, on en fait quelque chose. Mais là encore, ils jouent dans le groupe depuis assez longtemps maintenant pour qu’on soit tous bien en phase. Hegemon, c’est ça : cinq âmes soudées qui se suivent et se comprennent sans grand discours. Et surtout aucun de nous ne cherche à se démarquer du groupe. C’est une entité une et indivisible. Et on retombe sur l’une de tes précédentes questions : voilà pourquoi il n’y a aucun nom pour nous illustrer individuellement. Aucun intérêt.

Au niveau des guitares électriques, celles-ci sont extrêmement affûtées, le riffing est impressionnant. Le fait que Hegemon possède deux guitaristes permet assurément d’aboutir à ce résultat. Avez-vous travaillé différemment cette fois, au niveau matériel, effets, accordages, arpèges (« Shape Shifting Void »), passages acoustiques (« Ad Astra Per Obscura ») utilisant au maximum la complémentarité des jeux des deux guitaristes, même si peu de soli ne figurent ici car c’est pas trop le style dans le Black Metal… ? Comment s’est passé l’enregistrement des parties de guitares entre Δ et Φ sur Sidereus Nuncius ?
N : Je laisse F (Φ) répondre aux deux questions suivantes, car c’est vraiment sa partie !
F : Salutations. Je m’immisce donc dans la discussion pour répondre ici, étant concerné de près par le sujet. Déjà, merci pour le compliment ! Pour ce qui est des guitares sur Sidereus Nuncius, je vais peut-être te surprendre en confirmant qu’elles ont toutes été composées par A (bassiste) et moi-même, et enregistrées uniquement par moi. Ce processus est en effet différent de ce qui avait été fait pour The Hierarch pour lequel D (Δ) avait contribué à l’enregistrement de ses parties guitares en s’adaptant aux riffs existants, et en y apportant sa touche (accordage plus grave, notamment et recherche de complémentarité rythmique et mélodique). Ça a été le cas sur Initium Belli également pour lequel j’ai tout enregistré seul aussi, mais en conservant la méthode inspirée par ce qu’avait apporté D sur The Hierarch. Pour Sidereus Nuncius, on redistribue les cartes : pas de second guitariste. Cependant, l’expérience acquise sur les précédents albums a forcément joué un rôle dans la composition, ce qui explique je pense ton ressenti malgré tout. Ce qui est certain, c’est que les guitares ont été travaillées dans le détail, avec plusieurs « couches » rythmiques, leads, et cleans, afin d’obtenir ce résultat. D’un autre côté, notre second guitariste D reste membre du groupe à part entière, il participe aux arrangements, il a même chanté quelques chœurs, et jouera la guitare aux éventuels concerts.

Il y a toujours eu quelques parties de guitares acoustiques chez Hegemon, plus rares ici sur Sidereus Nuncius, seulement sur « Ad Astra Per Obscura » par exemple. Pourquoi ne pas développer davantage cela, un peu comme vos contemporains et compatriotes de Seth sur leur premier album Les Blessures de l’Âme dont la suite est sortie en version limitée sur le même label LADLO (et SOM) dernièrement (lire notre interview ici) ? Des idées ou projets dans ce sens peut-être, ou bien le Black Metal doit nécessairement être électrique ?
N : Je pense sincèrement que nous avons toujours opté pour l’intégration de guitares acoustiques dans nos morceaux, et ce depuis le premier album (et même les démos), jusqu’à l’un de nos morceaux récents « La Mélancolie De L’Abîme », sur lequel est développé un long passage atmosphérique à la guitare acoustique. Cependant, il est vrai que sur Sidereus Nuncius, elles sont moins présentes, hormis sur le morceau que tu cites « Ad Astra Per Obscura ». Hé bien, nous nous sommes également rendus compte de ce fait après coup : l’utilisation de la guitare acoustique a été naturellement remplacée par de la guitare électrique en son clair, car sans même se poser la question, c’est ce qui s’intégrait le mieux aux compos de l’album, à leur ambiance… Il n’est bien entendu pas exclu que les guitares acoustiques reviennent en force à l’avenir !

D’ailleurs, on dit souvent que tout est cyclique dans la mode, notamment les courants musicaux : revival Heavy Metal/stoner 70’s, new metal/Metalcore, revival Thrash. Que pensez-vous de la scène Black Metal européenne actuelle vous qui évoluez légitimement sur la scène depuis 1996 ?! D’après moi, celle française n’a jamais été aussi florissante alors que celle scandinave s’éteint peu à peu avec les derniers grands vétérans qui résistent (Darkthrone, Mayhem, Satyricon…) mais sans véritable relève chez eux et que la jeune génération reste dans les classiques, et les Américains ou les pays de l’Est contribuent à l’évolution à leur tour… Mais le Black Metal de nos jours ne fait plus aussi frémir la jeune génération un peu rebelle, punk, satanique avec tous les clichés du genre comme au début des années 90… (cf. Lords of Chaos)
N : Comme on l’a souvent dit, on ne pense rien de la scène Black quelle qu’elle soit. Nous vivons notre rapport au Black Metal de manière autarcique, et même dans nos quotidiens nous sommes des personnes solitaires. Nous ne nous sentons appartenir à rien, et ce depuis toujours. Il y’a de très bonnes choses, et évidemment son pendant négatif, de la bonne grosse merde sans âme. Mais c’est très certainement ce que pensent de nous bons nombres d’amateurs de Black Metal. Et ça nous va. Chacun est libre, il en va de même pour nous. Si nous ne voulons être affiliés à rien, c’est notre plus grand droit. Quant à l’évolution du Black en diverses sous courants c’est une chose naturelle, normale et logique. Et tant mieux, même si nous sommes réfractaires à plein de choses nous sommes ouverts à plein d’autres. Ce qui compte c’est la sincérité. Tu sais, le côté effrayant du Black Metal est bien terminé depuis longtemps. Est-ce un mal ? Un bien ? Aucune idée et on s’en branle totalement. Le problème avec ce folklore Black c’est que ça a attiré les tarés, les sans inspirations et les branleurs qui justifiaient ou justifient encore aujourd’hui leur manque de talent par la revendication d’une pureté musicale, spirituelle, idéologique, bla bla bla… Bref, nous trouvons qu’il y a trop de penseurs du Black Metal, trop de « prêcheur » ce qui est un comble, de la bonne parole Black. Qu’est ce qui devrait être Black, ce qui ne l’est pas, les trues, les trends, les uns les autres… De la discussion de piliers de bar, voilà ce que c’est ! (rires) Nous sommes toujours impressionnés de voir à quel point ce mouvement qui se voulait libre, indépendant, à la marge et différent est en fait pétri de règles à la con, de codes minables et antinomiques avec la rage, la peur, la colère face à l’establishment qui devrait couler dans les veines de chacun des protagonistes de cette scène. Nous sommes tous devenus des pantins ridicules… Alors plutôt que d’ajouter notre complainte inutile au flot sans fin de bien-penseurs du Black Metal, on s’est éloigné, sans se plaindre de rien, et en décidant de faire notre petit bonhomme de chemin. Que ce soit clair, nous ne sommes pas en train de te dire que nous on sait ce que doit être le Black ! Absolument pas ! Nous n’en savons rien du tout, alors on s’est écarté, dès le départ. Tout cela n’était pas pour nous. Seule la musique compte finalement…

Qui est en charge des claviers que l’on entend sur les différents passages atmosphériques de Sidereus Nuncius ? Et allez-vous utiliser des samples ou un(e) véritable claviériste en live ?
Réponse de F : Les « claviers » ont été composés par A et moi-même (F). Comme nous ne sommes ni l’un ni l’autre claviériste, ils ont été composés en midi, sur ordinateur. Il n’y aura donc personne pour les jouer live. Nous utiliserons très certainement des samples, comme cela a été fait par le passé.

Le chant de N est totalement impressionnant avec des vocalises parfois plus murmurées ou sombres, et non toujours des screams ou growls linéaires comme souvent dans le Black Metal. Par exemple sur « Ad Astra Per Obscura », c’est très varié vocalement. Cela ne va pas poser trop de problème sur scène pour N au niveau de l’interprétation de ces ou ses différentes parties ? Les autres membres vont-ils participer à l’aide de backing vocals (chœurs) sur scène ?
N : Etant le vocaliste du groupe, je n’ai aucun commentaire à faire sur tes compliments. Sache que D a fait quelques doublures de chœurs sur l’album avec moi. Et pour la scène, je ferai comme pour les précédents albums, je simplifierai et je ferai à l’instinct quand on y sera ! Si un jour on y est ! Après, F et A font des growls death en doublage parfois avec moi aussi. Mais je mets toujours un point d’honneur à délivrer une prestation sincère et adaptée au moment. Et puis, les morceaux en concert sont toujours un peu épurés et légèrement remaniés. L’énergie y est plus brute, la scène et le public nous incitent à ça !

Enfin, côté concerts, quel est le programme pour Hegemon pour cette fin 2021 surtout 2022 ? Allez-vous reprendre les tournées, concerts, et festivals ? Peut-on espérer vous recroiser live avant que l’Apocalypse ne survienne, à travers une troisième guerre mondiale ou une nouvelle pandémie ? (sourires)
N : Comme d’habitude rien n’est prévu. Et vu qu’on joue tous les cinq ans maintenant… Je sais que la label LADLO va râler mais c’est la vérité. (rires) On en a l’envie, mais avec nous, c’est toujours compliqué. On doit tout mettre sur pied pour être prêts à jouer à partir de mai 2022. D’ici là, le monde peut bien s’écrouler quelques fois encore… On sera prêts ! (rires) Merci pour ton temps et cette interview.
« Oculos Habent Et Non Videbunt ».

CHRONIQUE ALBUM

HEGEMON
Sidereus Nuncius
Black Metal
Les Acteurs de l’Ombre Productions

Passée une courte intro mêlant un étrange sample et screams (« Heimarmene »), Hegemon exprime toute sa rage emmagasinée depuis l’excellent The Hierarch (2015), à l’image de son chanteur N qui déverse son flot de haine envers la bêtise humaine. Si le Black Metal belliqueux des Français cloue l’auditeur sur sa croix renversée, on est agréablement surpris par quelques passages atmosphériques et breaks (« Mellonta Tauta ») même si les passages à la guitare acoustique se font désormais rares (« Ad Astra Per Obscura »). Tous les riffs plus fantastiques les uns que les autres ont savamment été composés par le duo infernal F (Φ) (guitare) et A (basse) sous fond de subtiles et lugubres orchestrations signées du second guitariste D (le très dark « Shamanic Cosmocrator » ou « Your Suffering, My Pillars » rappelant les Norvégiens de Dimmu Borgir ou Morgul). Hegemon, ou le messager noir ancrés entre traditions (Immortal, Dissection…) et modernité (samples, arrangements, production sonore claire et puissante). Un cinquième chef d’œuvre. [Seigneur Fred]