L’affiche d’Insidious Disease était alléchante sur le papier, avec ses membres de Napalm Death, Morgoth, Dimmu Borgir, Susperia, Old Man’s Child. Mais Shadowcast, le premier essai de cet all stars band international de l’extrême, déçut quelque peu en 2010. Ces maîtres du Black et Death Metal pouvaient en effet mieux faire, en mélangeant leurs compétences… Dix années plus tard, leur nouvel album After Death s’avère heureusement bien supérieur. [Entretien avec Marc Grewe (chant) par Seigneur Fred – Photos : DR]

En tant que fan de Morgoth, puis-je te demander tout d’abord pourquoi as-tu quitté Morgoth en 2014 ?
En fait, ce ne fut pas vraiment de ma propre initiative, car la décision vint des autres. C’est ce qui fait que j’ai été forcé de quitter le groupe. Il y avait des problèmes de communication entre nous, notamment dans la réflexion que l’on avait à propos de la direction musicale de Morgoth. Clairement, il y a eu un manque de communication. Voilà la principale raison. J’ai toutefois participé à la tournée, cette année-là, avant mon départ du groupe.

Il y a dix ans, nous découvrions Insidious Disease avec l’album Shadowcast au line-up international. Nous avions interviewé à l’époque le guitariste Jardar (ex-Old Man’s Child). Cyrus (Susperia) l’a remplacé à ce poste depuis. Pourquoi ?
Oh tu sais, rien de bien grave… On est tous amis, c’est un peu une petite famille à force. Jardar est parti non pas parce qu’il n’aimait plus ça, mais simplement parce qu’il ne voulait plus jouer live. Il éprouvait une certaine crainte des concerts et n’était plus en mesure de partir en tournée. Il préfère rester vivre tranquillement dans les bois, en Norvège. L’isolement durant le confinement n’a pas dû trop l’affecter, je pense. (rires)

Peut-on revenir sur l’origine de la création de ce super groupe Insidious Disease et ton arrivée dès le premier album Shadowcast paru en 2010 (Century Media) ?
Bien sûr. J’ai intégré le groupe en 2010 sur le premier album mais la fondation d’Insidious Disease remonte quelques années avant, à 2004 environ. Quand Silenoz rencontra et collabora avec le batteur Tony Laureano (ex-Nile, ex-Angelcorpse, etc.) pour les concerts de Dimmu Borgir, ils jammèrent ensemble et commencèrent à travailler sur un projet Death Metal. Tony avait déménagé alors pour vivre à Oslo et côtoyait Silenoz. Mais auparavant, il faut savoir que Silenoz officiait dans des groupes plutôt Thrash (Nocturnal Breed aux influences Black) et Death étant plus jeune avant même de fonder Dimmu Borgir et de jouer du Black Metal. Il a toujours été féru de Death Metal.  Sur Shadowcast, je n’avais pas vraiment participé à l’écriture des paroles car tout était déjà prêt. Je ne suis arrivé que pour chanter. Sur le nouvel album, j’ai davantage participé à l’écriture de mes textes avec des choses personnelles. Il faut dire que j’ai eu le temps cette fois… (rires)

Qu’as-tu fait, justement, durant toutes ces années passées, depuis Shadowcast, le premier album d’Insidious Disease, jusqu’au nouveau qui sort à présent, After Death ?
Nous avons peu tourné avec Insidious Disease, du fait des impératifs des autres membres avec leurs groupes principaux : Napalm Death, Dimmu Borgir, Susperia. Avec Morgoth, j’ai fait la tournée de reformation en 2011. On a joué d’ailleurs à Paris en 2014, avec Bolt Thrower et Vallenfyre… Sinon, j’ai continué à Berlin mon travail quotidien d’éducateur social dans un orphelinat. Beaucoup de choses négatives ont eu lieu aussi, malheureusement. Il y a eu des décès dans l’entourage des membres du groupe. Personnellement, j’ai perdu mon père en novembre 2016, quand j’étais à Oslo, ce qui m’a forcément affecté, moi et mes proches. Ce fut comme un long tunnel noir dans ma vie… Ensuite, on s’est mis à composer et, pour ma part, écrire les nouvelles paroles d’After Death. D’où, aussi, le titre de cet album en lien avec mon expérience personnelle de la mort et les émotions que j’ai pu vivre ces dernières années.

Le légendaire chanteur Marc Grewe (ex-Morgoth) en studio

Comme Greg Mackintosh, avec Vallenfyre, qui lui servit de catharsis personnelle, suite à la disparition de son père, ce second album d’Insidious Disease t’a-t-il permis d’exprimer tes sentiments liés à ce deuil familial ?Oui, dès que l’on écrit et exprime quelque chose, c’est une catharsis, d’autant plus sur un album ou dans un livre. Cela m’a aidé, en effet. Tout le monde a son côté sombre en lui à extérioriser tôt ou tard.

D’ailleurs, crois-tu en quelque chose après la mort, étant donné ce titre d’album, After Death ?
Je pense qu’il y a quelque chose, peut-être pas typiquement une réincarnation comme on a souvent tendance à l’imaginer. On ne va pas renaître ou un truc de ce genre, je ne crois pas. Disons que peut-être l’esprit s’en va, un peu comme un fantôme, tu vois ce que je veux dire. L’énergie du mort quitte le corps pour aller quelque part. Les enfants dessinent parfois comme un nuage ou un fantôme pour décrire cela, on va dire que c’est ce qu’on pourrait appeler l’âme. Mais quand tu meurs, je pense que tu pars bel et bien, et ton esprit va quelque part. Parfois par exemple, j’ai l’impression qu’il est encore là ou me dis des choses, notamment en rêve… Mais je suis quelqu’un d’agnostique et ne crois pas dans les religions. Le pouvoir de l’énergie, de l’âme qui nous quitte, ça oui, j’y crois d’une certaine façon.

J’ai vu la vidéo du premier extrait « Betrayer » du nouvel album et visuellement ça fait très style années 90’s à l’époque faste du Death Metal, de la fin du tape trading, et des vidéo clips passant alors à la télé sur MTV…
Oui, c’est tout à fait ça. Il s’agit cependant de ce qu’on appelle une « lyric video » donc c’est quelque chose de simple. Mais on voulait quelque chose comme ça. Tu sais, on a vraiment tous démarré ou du succès dans les années 90 dans la musique, que ce soit Shane Embury avec Napalm Death, ou bien de mon côté avec Morgoth. Silenoz formait alors Dimmu Borgir avec Shagrath et jouait dans Nocturnal Breed aussi. On a aussi fait cependant une nouvelle vidéo pour le second single « Invisible War » qui là est un véritable clip.

En attendant de voir Insidious Disease live bientôt, profites-tu de la situation actuelle pour travailler sur d’autres projets parallèles en studio ?
Alors oui, j’ai travaillé sur un nouvel album studio avec Despair, malgré les circonstances. C’est Waldemar Sorychta (Enemy Of The Sun, ex-Grip Inc., producteur de Tiamat, Lacuna Coil, etc.) qui gère cela. Ça devrait paraître chez Century Media. Sinon, j’ai aussi enregistré récemment ma voix, pour un album avec le guitariste Rogga Johansson (Demiurge, Necrogod, Paganizer…), mais il n’y a pas encore de nom de projet défini.

Silenoz, co-fondateur d’INSIDIOUS DISEASE et bien sûr guitariste de DIMMU BORGIR

Le nom du groupe Insidious DIsease me fait toujours penser à ce film d’horreur contemporain Insidious qui était assez réussi. Aimes-tu les films d’horreur qui avaient peut-être influencé votre premier album Shadowcast au niveau des thèmes et visuels ?
Oui, j’aime bien et en regarde de temps en temps. Dernièrement c’est plus une série qui a retenu mon attention. Il s’agit de la série TV allemande Dark. J’ai trouvé ça assez intéressant et j’ai plutôt été impressionné provenant d’une production allemande surtout que j’ai déjà eu l’occasion de travailler en assistant technique.

Oui, c’est sûr, ça change des vieilles séries allemandes comme Derrick ou Le Renard !! (rires)
Ah ah !! (rires) Oui, c’est marrant car en Norvège, quand je vais là-bas pour répéter avec Silenoz et les autres gars d’Insidious Disease, tout le monde me parle encore de cette série policière allemande et de son acteur Horst Tappert… (rires)

CHRONIQUE ALBUM

INSIDIOUS DISEASE
After Death
Death Metal
Nuclear Blast/ADA

Fans d’Entombed, Asphyx, Obituary, Bolt Thrower, et bien entendu Morgoth, ruez-vous sur ce cru 2020 d’Insidious Disease, avec toujours au chant le légendaire Marc Grewe !! Si Shadowcast donnait dans un darkened Death Metal efficace mais convenu, axé sur l’ultraviolence, After Death sonne plus personnel, extrêmement sombre, nourri par les expériences de deuil de ses membres dont le frontman allemand en tête qui crie ici à la mort ! Brutal, groovy, malsain, l’album vous met clairement KO. Silenoz balance des riffs vicieux (à défaut de le faire dorénavant avec Dimmu Borgir) au côté de son compatriote Cyrus (Susperia), tous deux ici appuyés par la basse de Shane Embury (Napalm Death) et les martèlements infernaux de l’Américain Tony Laureano qu’on ne présente plus… Comme quoi, le malheur des uns fait parfois le bonheur des autres. [Seigneur Fred]