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JUANJO GUARNIDO : Batman Death Metal

JUANJO GUARNIDO

Bande destinée 

Star incontournable de la bande dessinée avec son Blacksad, mais aussi Sorcelleries ou Les Indes Fourbes, Juanjo Guarnido a pu exprimer à nouveau sa passion pour le metal à travers la magnifique couverture d’un épisode de la série Batman Death Metal consacré à Megadeth. On se souvient que celui a qui a longtemps travaillé dans l’animation pour les studios Disney (Tarzan, Hercules, Le Livre De La Jungle 2…) avait réalisé un impressionnant clip pour Freak Kitchen. [Entretien avec Juanjo Guarnido par Jean-Pierre Sabouret — photo : DR]

De temps à autre, le rock ou le metal et la bande dessinée sont associés, on se remémore notamment des comics Kiss ou Alice Cooper… Là, c’est Batman qui s’aventure dans le death metal. Comment as-tu été associé à ce projet ?

J’ai reçu une proposition d’Urban Comics, la filiale de Dargaud (mythique éditeur historique de certains des plus grands dessinateurs et auteurs français ou belges depuis les années 50). C’est Urban qui a la franchise de DC Comics, avec Superman, Batman et compagnie… Je ne sais pas comment est venue l’idée d’une série de Batman mettant en scène des groupes de heavy metal. Mais lorsqu’ils m’ont contacté, ils m’ont dit qu’ils avaient une liste et le mec, qui n’y connaît rien, commence à dire : « Megadeth »… Là, je l’ai arrêté : « Stop, Megadeth, c’est bon ! » Il m’a quand même donné les autres, pour voir, mais, dès que j’ai entendu « Megadeth », j’ai pensé « ah, oui ! »

Pourquoi cette préférence pour Megadeth ? 

J’aime beaucoup le metal, mais moins dans une forme contemporaine, avec l’évolution vers une forme extrême à partir du speed et du thrash, qui sont devenus bon enfant, par rapport à ce qu’on peut entendre dans un bar spécialisé comme le Black Dog à Paris. Mais, dans mes jeunes années, mes incursions dans le thrash et le speed s’arrêtaient à Megadeth. Même Anthrax ne me paraissait pas assez mélodique. À l’époque, j’ai toujours adoré ce côté exutoire ou cathartique dans le metal. Et ça me prend encore aujourd’hui, même si j’ai passé l’âge (rires). Mais je suis allé voir Accept, il y a deux ans, et la moyenne d’âge devait être de 50 ans. J’étais parmi les plus « jeunes » ! Chez Megadeth, il y a à la fois la puissance et une élaboration dans les compositions incomparable. Mustaine est un génie musical !

Lorsque tu dessines, tu le fais en musique ?

J’écoute toujours de la musique, mais de tous types. Je suis très éclectique et je fonctionne par vagues. Ça va du jazz au blues, en passant par les comédies musicales, mais avec beaucoup de metal et de rock… J’adore aussi la musique classique, notamment le baroque. Il y a 4 ans, à un jour de différence, je suis allé voir Metallica à Bercy et Néron, ou Le Couronnement de Poppée de Monteverdi à la Philarmonie. On pourrait croire que ce sont deux opposés du spectre musical et pourtant j’ai apprécié autant l’un que l’autre. Je suis entré dans le metal avec mon frangin, avec en tête Kiss et surtout Iron Maiden, à l’époque de Piece Of Mind. Le premier titre qui m’a accroché c’est « I Love It Loud » de Kiss que j’ai entendu à la radio. 

Et tu t’es replongé dans Megadeth pour cette couverture ?

Oui, pendant quelques jours, ça a été 100 % Megadeth. J’en ai profité pour découvrir vraiment quelques albums que je connaissais moins. J’avoue que j’étais super fan jusqu’à Cryptic Writings. Après, j’ai un peu perdu le fil, mais c’est surtout parce que c’était une période de ma vie avec des mariages ou divorces (rires)… Il y a eu aussi le départ de Marty Friedman de Megadeth qui m’a fait décrocher. Mais depuis, j’ai revu le groupe au Rockfest de Barcelone il y a trois ans et c’était formidable.

Quels sont tes coups de cœur plus récents ? 

Il y a déjà 10 ans, mon coup de cœur c’était Freak Kitchen… 

Pour lequel tu as réalisé un superbe clip animé (« Freak Of The Week») !

Merci beaucoup… Dernièrement, j’ai eu plusieurs claques dans le prog metal, avec Plini, Intervals, Polyphia, ou ce groupe super que j’ai vu en première partie de Ron Thal, Thank You Scientist… Ils sont fabuleux !

On imagine que tu as hâte que ça redémarre ! 

Oui, je n’en peux plus ! Dans la minuscule parenthèse qu’on a eue en septembre, j’ai pu voir trois concerts. Christophe Godin (Mörglbl) avec son autre groupe, Wax’In, qui est plutôt jazz expérimental, au Triton. C’était génial. Quelques jours après, il y avait un week-end Beatles à la Philarmonie, avec des tas de concerts dans des styles différents. J’ai pu en voir deux : Brad Meldau, un pianiste exceptionnel, qui a eu droit à 6 rappels, et le Quatuor Debussy, qui a joué des morceaux des Beatles dans un style baroque, mais avec des arrangements soignés sublimes. C’était jouissif. Le public était déchaîné, on entendait : « Merci, merci ! Vous nous avez manqué… » Et ils répondaient : « Vous aussi ! » J’ai une dizaine de billets de concert sous le coude. Mais ils n’arrêtent pas d’être reportés ou annulés.

Pour revenir à la BD, sur quoi travailles-tu en ce moment ?

J’ai réalisé cette couverture en interrompant la création du prochain Blacksad (également chez Dargaud, NDR), mais il est en bonne voie pour être terminé et sortir avant la fin de l’année.

Quelques pochettes en vue, comme celle de Freak Kitchen (Cooking With Pagans), sinon ?

J’ai réalisé celle du DVD live des 20 ans de Mörglbl. Pour le moment, il n’y a pas de proposition, mais je serai ravi d’en faire d’autres. Comme celle que j’ai réalisée il y a très longtemps, lorsque j’étais encore à la Fac, aux Beaux-Arts. C’était, après Satriani, Steve Vai ou Tony McAlpine, l’apparition de tous ces guitar heroes. Et il y a ce musicien, à Grenade, qui ressemble à Gary Moore, J.L. Pizarro qui a fait appel à moi pour l’album Few Words Man

T’es-tu essayé à la pratique d’un instrument ?

Je tâte un peu de guitare, mais même pas à un niveau amateur (rires). Avec des amis dessinateurs, on avait monté un petit groupe, Slumberland, pour jouer sans prétention dans les festivals de BD.