KARRAS
None More Heretic
Death’n Roll
Verycords
★★★★☆

Lorsque nous interrogeâmes Etienne Sarthou l’an dernier à propos de son avenir musical durant la tournée d’adieu d’AqME après son concert au festival du Printemps Sonique à Luisant (28) avec Black Bomb A, le batteur nous parla avec passion de divers projets dans sa tête et ses cartons, dont un notamment plus orienté Death old school aux légères influences Grind avec son ami guitariste Yann Heurtaux (Mass Hysteria) et surtout un certain Diego Janson (Sickback) au chant & basse, à l’origine des principaux riffs de ce premier opus fait avec les tripes par nos trois gaillards. Donc question musique ici, si vous aviez plutôt en tête la célèbre mélodie « Tubular Bells » de L’Exorciste (1973) signée du génie britannique Mike Oldfield, vous avez tout faux ! Enfin pas complètement car pour le patronyme, Karras fait bien référence au courageux Père Damien Karras dans le film culte de William Friedkin dont certains acteurs (mais aussi spectateurs) ne ressortirent pas tous indemnes par la suite (l’actrice Linda Blair, nommée aux Oscars à l’époque et récompensée d’un Golden Globe du meilleur second rôle pour son interprétation de la jeune et maléfique Regan McNeil, dut vivre avec ce fardeau durant toute sa jeunesse). Le décor étant donc planté pour l’aspect lyrique, penchons-nous sur None More Heretic, à commencer par quelque samples bien sentis histoire de mettre l’ambiance (« Dark Days ») sans toutefois en abuser. Clairement, le trio parisien puise ses racines dans le célèbre Wolverine Blues d’Entombed (Earache Rec./1993), album qui marqua l’orientation des Suédois vers un Death’n Roll graisseux et lourd mais plus accessible. Le but ici n’est pas de refaire l’histoire ou bien d’aller plus dans l’extrême (d’autres s’en chargent déjà), non, juste se faire plaisir et jouer avec ses tripes, comme Diego qui s’époumone durant douze morceaux, certes simples et directs dans leur approche (l’excellent premier single « Afterlife »), l’efficacité étant leur premier leitmotiv. Les influences Punk/Grindcore old school font mal par où ça passe (« Lifegrinder » ou « Pazuzu Chord » et leur minute de blasts beats signés Etienne). Si elles raviront les amateurs du genre, elles ne satisferont pas cependant les amateurs de Grind moderne (Nasum, Nostromo, etc.). La dizaine de titres s’enfilent ainsi comme des perles sur le chapelet du Père Damien durant ses prières face à l’incarnation du Diable, au risque tout de même de vous donner mal de dos à force d’headbanguer dans tous les sens (« Lumbago »). Enfin, l’outro instrumentale « The End Of All Happy Endings », plus longue, clôture dans une atmosphère horrifique un premier album réussi et tout à fait correct. Reste plus que tout cela soit incarné sur scène, or c’est bien là l’objectif du super groupe français. Rendez-vous cet été au festival Hellfest sur la scène Altar si bien sûr Dieu est avec nous d’ici là en ces temps maudits… Alors priez pour nous (et eux), pauvres pécheurs !

[Seigneur Fred]

Yann Heurtaux (guitare), Diego Janson (basse/chant), Etienne Sarthou (batterie)