KONVENT
Puritan Masochism
Doom/Death Metal
Napalm Rec./Season of Mist
★★★★☆

Quand on interroge ces jeunes Danoises à propos du choix de leur mystérieux nom de groupe (« convent » en anglais signifiant comme vous l’aurez deviné « couvent » mais ici avec la lettre « K » pour accentuer la dureté du mot) ou bien sur les raisons du titre provoquant de ce premier album post #MeToo, ces dernières ne sont guère bavardes, réfutant cependant toute appartenance à un mouvement politique, social, ou religieux. Elles affirment simplement être apolitiques, n’ont rien contre l’Eglise, et ne sont pas membres des Femen, même si en tant qu’individu elles ont chacune leurs propres opinions et ne tolèrent aucune violence notamment à l’égard de la gente féminine. Alors penchons-nous du coup plutôt sur leur musique que l’on définirait ici comme un Doom/Death lourd et gras, obscure et monolithique, sans aucune lumière ni bouée de sauvetage au large du détroit d’Øresund. Signé chez Napalm Records simplement à partir d’une démo 4 titres parue en 2017, on se dit qu’il en a fallu probablement un peu plus pour que le quatuor scandinave séduise la direction artistique du fameux label autrichien. Hormis le joli minois de nos quatre sirènes de Copenhague (remarque volontairement masochiste ici vous l’aurez compris en toute ironie), avouons sincèrement que ce premier effort défouraille sévère et vous met d’emblée la corde au cou pour finir six pieds sous terre. Si l’originalité n’est pas foncièrement au rendez-vous (attention, il ne s’agit que d’un premier effort longue durée, alors soyons indulgents), l’ensemble est suffisamment costaud pour ravir les amateurs du genre. Plusieurs atouts résident chez Konvent à commencer par le chant caverneux et extrêmement convaincant de Rikke Emilie List qui, à défaut d’un jeu scénique recherché, s’époumone au micro à travers des growls d’une intensité rare (on pense à Angela Gossow d’Arch Enemy dans un Death Metal plus mélodieux). Cette grande blonde en t-shirt noir nous avouera en entretien suivre les conseils avisés de la désormais célèbre coach vocale américaine Melissa Cross (Machine Head, Slipknot, Movements, Beartooth, etc.). Ensuite, l’unique guitare aux riffs tranchants et heavy à souhait envoyée par Sara Helena Nørregaard fait plus que le job avec six cordes. Doté d’un grain (ou gain) de saturation poussé au max avec un accordage bas mais restant mélodique, la fan de Mantar arrive à enchaîner des riffs lourds et lents, certes peu variés, aux délicates influences Sludge (le groupe renie cependant appartenir à cette scène, se sentant plus à l’aise sur celle Death/Doom Metal). Et il en est du même acabit tout du long jusqu’à la fin de ce Puritan Masochism. On notera quelques moments plus recherchés au niveau des riffs moins linéaires comme sur les excellents « The Eye » et « Bridge », ou le dépressif « Ropes Pt. I ». Au milieu de l’album composé de neuf titres, un invité local, Tue Krebs Roikjer, vient taper le bœuf sur la chanson « Waste » avec ses screams qui apportent là aussi un soupçon de variété musicale bienvenue, en l’occurrence vocale, l’artiste appartenant au groupe de Black Metal Morild apparu sur la scène Métal danoise dans le même temps que Konvent. Maintenant, de là à dire que la nouvelle capitale du Doom/Death Metal le plus brutal qu’il soit passe de Halifax, Helsinki ou Stockholm à Copenhague, il y a tout de même un pas, et nous restons mesurés. Seul l’avenir nous le dira car il manque dans le cas présent un peu d’originalité tout de même. Néanmoins, vous pouvez plonger corps et âme dans cette première galette au nom délicieusement provocateur au risque par contre de vous pendre (le doublet final sans retour « Ropes Pt. I et II »).

[Seigneur Fred]

=> Interview de KONVENT à retrouver ici.