Stéphane Buriez, c’est un peu notre tonton à tous, nous les fils (et filles) du Métal français qui avons grandi avec le son de Loudblast, croisons régulièrement le bonhomme sur scène que ce soit avec son groupe principal ou à travers ses divers side-projects (Le Bal des Enragés, Sinsaenum, Les Tambours du Bronx, Clearcut qu’il avait reformé live un bref instant en 2014…). Alors c’est avec un plaisir non dissimulé que nous avons passé un long coup de fil au parrain du Death Metal français, pour tout savoir sur le successeur de Burial Ground et sa difficile genèse. Baptisé Manifesto, ce huitième opus de nos amis Ch’tis sort dans un contexte ô combien troublé, trois ans après la parution de III Decades Live Ceremony qui célébrait alors (en décalé) les trente ans de carrière des Louds du temps où il y avait encore des concerts… [Entretien intégral réalisé par téléphone le 10/09/2020 avec Stéphane Buriez (guitare/chant) par Seigneur Fred – Photos : DR]

Lors de notre précédente interview pour la sortie de votre album live III Decades Live Ceremony célébrant vos trente bougies, tu étais alors en plein enregistrement pour le prochain Black Bomb A en studio en Normandie et tu m’avais alors parlé de l’idée de publier d’abord un EP de reprises à la sauce Loudblast, or vous sortez à présent directement ce huitième album Manifesto. Qu’est-il devenu ce projet tout d’abord ?
Ce n’est pas encore sorti en effet mais ce disque de reprises est toujours dans les tiroirs. Disons que nos plannings ont pas mal changé dernièrement mais c’est toujours en prévision. D’ailleurs, tu retrouves une reprise de Motörhead qui n’était pas prévue paradoxalement parmi nos reprises au départ mais du fait de la disparition de Lemmy, on s’est dit qu’on allait en faire une… Il s’agit de « Shine » tiré de leur album que j’adore Another Pefect Day (Bronze Rec./1983) dont Kevin Foley (notre batteur de session studio) est à l’initiative. Ce morceau est vraiment fun. On l’a enregistré en deux prises et ajouté à la fin du nouvel album en bonus ce qui donne un avant-goût…

Ah oui ? Génial ! Mais ce n’est pas Hervé ton batteur et camarade de longue date qui joue sur le nouvel album ?
En fait, en début d’année, on a commencé l’enregistrement à Calais chez notre batteur Hervé (NDLR : Hervé Coquerel) pour travailler, enregistrer et maquetter les nouvelles compositions pendant deux mois. Malheureusement, dès le deuxième jour, Hervé s’est blessé en studio et a dû tout stopper l’enregistrement de ses parties à la batterie. Il ne pouvait donc pas jouer. On a alors tout programmé ensemble afin d’avancer quand même. Mais du coup, Hervé n’a pas pu enregistrer à notre grand regret, et ce n’est donc pas lui que tu entends sur le nouvel album mais Kevin Foley alias « Kikou » (ex-Benighted, ex-Abbath, ex-Nostromo, ex-Lofofora…) ! On a tout de suite pensé à lui. Et franchement quand j’entends le résultat, j’ai l’impression d’entendre mon Hervé jouer, c’est exactement ça. Il a su garder les parties de Hervé en apportant sa touche. Il y a de la double pédale, et pour ça, il est génial. Et puis Kevin, on le connaît bien et ce n’est pas le dernier quand il s’agit de faire la foire ensuite ! (rires)

Durant la période de confinement au printemps 2020, comment ça s’est passé alors pour Loudblast ? En avez-vous profité pour achever et fignoler tranquillement l’enregistrement et le mixage de Manifesto en studio ou bien tout était déjà prêt bien avant et tout a été mis en suspens du fait d’être bloqués chez vous en attendant des jours meilleurs pour sortir l’album et partir en tournée ? Quelle a été votre situation ?
Arrivé à début mars, on commence l’enregistrement de la batterie avec Kevin durant une semaine. Puis arrive le weekend mi-mars où on voulait se reposer un peu mais notre cher président avait annoncé peu de temps avant le projet urgent de confiner la population française à cause de l’épidémie de Covid-19… A ce moment-là, on s’est dit qu’on était vraiment dans la merde car on allait être bloqués en Loire-Atlantique au Vamacara Studio (NDLR : à Clisson) et il fallait donc tout enregistrer tout de suite si on voulait repartir chez soi. Alors qu’on ne devait pas travailler mais étant sur place, on a donc décidé de tout enregistrer et finir ce weekend mi-mars, et en effet, le lundi soir suivant (NDLR : le 16/03/20), l’annonce par le Président de la République a lieu : nous étions confinés. Donc on a terminé toutes nos prises de batterie, guitare, basse, et tout le monde est rentré chez soi le lundi soir. On pouvait finir les détails chez nous dans nos home-studios car on a tous notre matériel et un petit studio chacun pour s’enregistrer, un ordinateur, etc. J’ai donc eu tout le loisir de bosser sur les arrangements par la suite car en général, je m’occupe de ça. Après le confinement, je suis retourné en studio pour enregistrer le chant et toutes les voix. En gros si tu veux, l’album a été fini ce week-end (NDLR : le 06/09/20) ! C’est HK qui a enregistré, mixé l’album, et je l’ai coproduit. Franchement, il a fait un travail de dingue, et on a tous bossé dur dessus. Sincèrement, je pense que cet album-là est très important pour moi personnellement, avec tout ce qui s’est passé dans ma vie ces dernières années. Il a été enfanté dans la douleur et dans l’urgence du coup avec toute cette actualité et ces problèmes. D’un autre côté, cela nous a permis entre temps de prendre du  recul, et de retourner en studio pour poser ma voix alors que tout le reste était terminé. On n’a donc pas perdu de temps, et il s’agit là d’un disque de très grande qualité. Sur Manifesto, il y a quatorze nouveaux titres que l’on a enregistrés, dont une reprise de Motörhead « Shine ».

Du fait de ces conditions spéciales d’enregistrement, c’est pour ça que l’on ressent par conséquent un certain sentiment d’urgence sur Manifesto apportant encore plus d’agressivité comme sur les vieux albums de Loudblast ? Je pense à Sensorial Treatment et Disincarnate…
C’est clair ! C’est un album qui a été composé en fait en plusieurs parties. Quand j’ai commencé à composer Manifesto, cela remonte déjà à trois ans environ où là en effet, j’avais commencé à t’en parler car on se mettait à travailler dessus. Ensuite, j’ai fini l’autre partie tout juste avant de rentrer en studio pour enregistrer, c’est-à-dire il y a quelques mois à peine juste avant le confinement, avant enfin de retourner en studio pour enregistrer ma voix cet été avec les derniers textes. Gglobalement l’album était déjà composé en majorité il y a déjà pas mal de temps mais oui, l’enregistrement s’est fait très vite, l’envie était là de toute façon. En fait, le confinement nous a permis de prendre du recul pour le finir ensuite. C’est un pur album de Loudblast. En gros, pour ce nouvel album, tu prends Sublime Dementia pour ses mélodies ainsi que Cross The Threshold, Dinsincarnate pour sa violence, et l’avant-dernier Burial Ground pour sa noirceur, tu secoues tout ça et tu obtiens Manifesto, voilà ! Je pense qu’on est arrivé à ce résultat-là. L’album est sans concession, vraiment. D’ailleurs, j’étais encore au téléphone précédemment avec notre ex-bassiste Alex Lenormand à qui j’ai envoyé le nouvel album, et il me disait : « putain, je m’attendais pas à une telle claque, c’est fort ! ». Sans prétention, malgré les difficultés à cause de toute cette merde de virus, je pense que c’est un disque qui va faire date dans notre carrière.

Au niveau de votre line-up, quelle équipe de choc ! Hormis le remplacement au pied levé de Hervé Coquerel donc par Kevin Foley en studio, vous avez deux nouveaux musiciens à présent : Jérôme Point-Canovas (Undead Prophecies, ex-E-Force, ex-No Return…) et Frédéric Leclercq (Kreator, Sinsaenum, ex-Dragonforce, ex-Heavenly…).
C’est vrai que l’on a là un line-up de compétition maintenant, peut-être le meilleur jamais eu pour Loudblast ! (rires) Avec l’arrivée de Jérôme à la guitare (ex-No Return, ex-E-Force, etc.) qui est un guitariste surnaturel, et puis  Fred qui est un ami de longue date avec qui je joue dans Sinsaenum. Il nous avait rejoints déjà entre-temps sur la tournée de Sublime Dementia de Loudblast fin 2016. Donc quand le line-up a changé après le départ d’Alex, j’ai fait appel à Fred qui nous avait fait savoir que si un jour on avait besoin, il était partant pour rejoindre Loudblast.

Comment ça s’est passé auprès du management de Kreator pour pouvoir avoir Fred avec toi ? Il t’a fallu négocier et faire les yeux doux auprès de Mille Petrozza, le célèbre leader de Kreator ? (rires)
Ah ah ! (rires) En fait c’est assez marrant car il faut savoir que Fred a intégré Loudblast avant Kreator, déjà. Mais il n’y a pas eu vraiment de négociation proprement dit car Mille n’a rien retrouvé à dire que Fred joue déjà dans un autre groupe. Fred a d’autres projets musicaux comme Sinsaenum (NDLR : mais aussi Amahiru dont le nouvel album sort ces temps-ci !). Après c’est juste une question d’organisation d’agendas. Il est évident que quand un groupe a une actualité, ce sera sa priorité, et ses priorités principales à Fred sont pour l’heure Kreator et Loudblast. Si Fred doit s’absenter lors de nos concerts car forcément ça peut arriver, alors on fera appel au bassiste Jacou de Black Bomb A qui est en quelque sorte notre cinquième membre du groupe.

Et ton vieil ami Hervé (batterie) va être opérationnel pour les concerts de Loudblast si vous pouvez partir en tournée ? A-t’il pu bénéficier d’une rééducation malgré le confinement et la crise sanitaire ou ça l’a retardé ?
Hervé, ça y est, il est prêt et frais comme un pinson ! (rires) Il a pu se reposer et faire sa rééducation. Du fait du covid-19, il a eu le temps justement de se rééduquer et se remettre à la batterie chez lui. Il a repris la double grosse caisse à fond. On se revoit d’ailleurs la semaine prochaine pour tourner un second clip vidéo extrait de Manifesto : « Todestrieb », après le premier single déjà disponible « The Promethean Fire ». Tu sais, Hervé, on se connaît depuis si longtemps. On est les deux vétérans de Loudblast. Hervé, c’est un peu le frère que je n’ai jamais eu, sauf que l’on n’a pas la même mère ! (rires)

Justement, ce titre d’ouverture est très direct « Todestrieb » et fait allusion aux pulsions de mort dans la psychanalyse freudienne en gros… Peux-tu nous en dire plus ? Et Est-ce toi l’auteur des paroles sur Manifesto car elles sont très sombres mais sur des musiques plus directes que Burial Ground ?
Exactement, l’album commence ainsi. Le thème de l’album respire ce que j’ai vécu ces dernières années : la mort autour de soi, les problèmes, le doute, l’envie d’en finir parfois aussi soi-même, etc. Donc certainement tout ça se ressent sur Manifesto dont l’écriture est magnifique. Les textes ont été écrits pas une seule personne cette fois contrairement à Burial Ground. Là ça nécessitait un seul interlocuteur. Il avait déjà écrit les paroles de l’album Frozen Moments (…). Moi, j’aime bien composer de la musique, mais les textes, à part avec les Tambours du Bronx, j’aime bien faire appel à des personnes extérieures. Nathanael Underwood a fait des textes fantastiques, et franchement quand je chante ses textes, j’ai l’impression que c’est moi qui les ai écrits, comme avec mes propres mots. Ses paroles m’ont fait écho tout de suite. Quand on a commencé à parler, échanger pour bosser de suite, ça a collé de suite.

Pourtant Burial Ground était très sombre aussi, très dark et heavy, aux relents frostiens parfois même. Comment le comparais-tu par rapport à Manifesto ? En es-tu encore totalement satisfait six ans après car tu avais alors travaillé différemment avec plusieurs auteurs pour les paroles dont avec ton ex-femme ?
Burial Ground, avec la contribution d’Alex notre bassiste, oui, était plus dark tout à fait, et je l’adore, mais le nouveau l’est peut-être encore plus tout en étant plus direct. Il s’écoute tout seul. En fait, je voulais de toute façon garder cette couleur, cette texture musicale de Burial Ground sur Manifesto, tout en intégrant la patte de nos anciens albums de ce qui fait Loudblast : le côté immédiat de Sensorial Treatment et celui plus violent de Disincarnate, avec l’aspect mélodique de Sublime Dementia et Cross The Threshold.

Pourquoi ce choix de titre Manifesto au fait pour ce nouvel album ? Rappelons la définition d’un manifeste : c’est « une déclaration écrite et publique par laquelle un gouvernement, une personne, un parti politique ou un courant artistique expose un programme d’action ou une position, le plus souvent politique ou esthétique ».
Disons que c’est notre manifeste à nous, notre programme pour les années à venir. Cela définit ce qu’est Loudblast en trente-cinq ans d’existence. Manifesto est un album moderne qui s’inscrit dans son époque et sans aucune concession, zéro ! Malgré les troubles actuels, on est toujours là avec donc un programme Métal que l’on espère bien pouvoir défendre sur scène prochainement !

On peut donc dire qu’à l’écoute de ce Manifesto, malgré le temps qui passe et trente-cinq ans de carrière, Loudblast ne se ramollit guère et vous n’avez pas besoin encore de Viagra malgré la cinquantaine, toi et Hervé ? (rires)
Non, a priori non ! (éclats de rires) A croire que le Rock’n Roll ça conserve finalement… (rires) On fait un peu plus attention cependant même si on n’est pas les derniers pour faire la foire, ça c’est sûr, et loin d’être des enfants de cœur ! Mais, à côté de ça, n’empêche que j’ai perdu pas mal d’amis ces dernières années… et je ne veux pas être le prochain non plus, donc à un moment donné, il faut savoir aussi ménager sa monture, son corps. Si ça va pas bien, le reste ne va pas bien, donc je me suis remis au sport par exemple aussi. Je fais attention.

Appliques-tu les gestes barrières au quotidien et es-tu sérieux dans la protection contre la Covid-19 avec ton entourage ? Finies les poignées de mains et accolades et autres bises par exemple ?
Non, je ne suis pas devenu paranoïaque pour autant. Mais je ne sais pas et me demande si je ne l’ai pas déjà eu en début d’année le virus (NDLR : comme pas mal de gens sans vraiment le savoir avec des symptômes grippaux similaires). C’était en avril, j’étais pas bien et ai eu une forme de virus… J’ai pas fait de dépistage encore mais je fais gaffe quand même, bien sûr !

Comment envisages-tu le retour à la scène en tant qu’artiste et surtout quand ? Que penses-tu des configurations assises et masquées pour le public dans les petits concerts qui recommencent ici ou là ? Avez-vous d’ores et déjà des dates de tournées de prévues ou des festivals pour cette fin d’année et surtout 2021 ?
Alors clairement je pense qu’il n’y aura pas de concert pour nous en 2020. Pour Loudblast c’est hors de question d’avoir un public assis pour nos concerts. On a décidé cela. Et tous les jours on nous annonce des annulations ou des reports… A mon avis, on ne va donc pas jouer d’ici la fin d’année malheureusement, et début 2021 ce va pas être la fête non plus de toute façon pour les artistes en général. En attendant, on va répéter à mort plusieurs sets différents, on sera comme ça fin prêts quand il s’agira de partir en tournée et monter sur scène. Là, j’ai installé une salle de répét’ chez moi. L’opportunité que l’on a actuellement malgré tout c’est de pouvoir travailler nos morceaux.

Donner des concerts sans public en vidéo retransmis sur internet comme bon nombre de groupes l’ont fait durant le confinement, gratuitement ou payant, ça tu accepterais de le faire pour Loudblast et ses fans ?
Comme on ne fera pas de concerts avec un public assis et masqué, ça c’est certain car ça n’a pas de sens pour des concerts de Métal. Mais on est train de s’équiper dans ma salle de répèt’ pour justement faire de la captation vidéo professionnelle et donner des rendez-vous pour présenter le nouvel album, en jouer une partie ou l’intégralité, etc. Tout cela est à l’étude, et de toute manière on a que ça à faire. (rires) Je fais même un rêve récurrent en ce moment, ou plutôt un cauchemar où je joue sur une scène devant personne et il ne se passe que des merdes durant le concert, que des problèmes ! (rires) Je crois que nous tous, les artistes, on est traumatisé de ne pas pouvoir rejouer notre musique. Jamais dans toute ma vie dans ce métier, je n’ai vu une telle situation à vrai dire, tu sais. Depuis trente-cinq ans que je fais ça bientôt, jamais on a cessé de faire des concerts !

Il y avait eu tout de même les attentats terroristes au Bataclan (R.I.P.) et à Paris le 13/11/2015 qui avaient jeté un froid dans les salles de concerts un peu partout ?
Oui, c’est vrai, mais on avait continué à jouer quand même car avec Loudblast on était alors en Allemagne en tournée européenne. C’est vraiment une catastrophe pour les artistes et tous les gens dans la culture malgré les promesses de soutien et le report des droits pour les intermittents jusqu’à 2021. On n’en peut plus d’attendre de rejouer !

Qu’est-ce qui t’influence encore de nos jours musicalement avec trente-cinq ans de carrière de Loudblast derrière toi ? Qu’écoutes-tu comme albums et artistes car je sais que tu suis toujours l’actualité et du fait aussi notamment de ton travail de producteur et ingénieur du son ?
Euh, je t’avouerai que je n’ai pas écouté grand-chose de récent ces derniers temps étant à fond sur le nouvel album. On a réécouté tous nos vinyles avec un pote. Durant le confinement je me suis acheté toutes les rééditions de King Diamond. J’ai réécouté tous mes CD’s que j’ai ressorti de mes cartons, pour tuer le temps, comme beaucoup de gens. Mais je n’ai pas spécialement cherché à écouter de nouveaux trucs sur internet, tu vois.

Le groupe de Death Metal français Loudblast dans une forêt des environs de Paris (juil. 2020)

Pourtant il y avait pas mal de choses qui sortent par voie numérique ces derniers mois, et des concerts en huis-clos sans public furent diffusés durant le confinement (Disbelief, Katatonia, Arcturus, Dropkick Murphys, concerts Hellfest, l’Alliance Fest, etc.)
Oui, j’ai vu Behemoth, c’était mortel ! J’ai aussi adoré aussi ce que proposait régulièrement Devin Townsend autour du Covid, c’était fun. Il jouait des morceaux live avec sa folie naturelle. Mais bon j’étais plutôt focus sur Loudblast…

Avant de conclure, quels sont tes autres avec Loudblast et en dehors en attendant des jours meilleurs ? Tu n’avais pas exclu de refaire un album de Clearcut suite à l’éphémère reformation live lors de notre dernier entretien…
Oui, on en parle… Tu sais, encore maintenant nos emplois du temps sont pas mal chamboulés. La dernière fois que l’on était eu au téléphone, j’enregistrais et produisais aussi les parties de guitares et les voix du nouvel album de Black Bomb A qui est paru entre temps en 2018 donc. Avec Loudblast, on sortira donc plus tard notre album de reprises, oui, et ensuite autre chose de différent puisqu’en fait j’ai déjà un autre album de prêt de Loudblast que j’ai pu composer et écrire durant le confinement et qui verra le jour plus tard… (sourires) J’attaque sinon l’écriture des paroles du nouvel album des Tambours du Bronx. Je produis le premier album de Redemption, groupe familial de Metz révélé au Hellfest. Et avec Fred (basse) sinon, on a un troisième album de Sinsaenum en cours de conception. Mais pour l’heure, priorité est donnée à Loudblast. On ne va pas trop se disperser même si tant que je suis inspiré, je continue ! (sourires)

Enfin, j’ai encore posé la question à Max (Otero) de Mercyless et je te repose l’éternelle question que je continuerai à te poser tant que ce ne se sera pas réalisé : à quand une tournée du Big 4 français : Mercyless, Agressor, No Return, et Loudblast car après l’épidémie de Covid-19, c’est maintenant ou jamais ??!
Ah ! (rires) Hé bien, il faudra bien que l’on fasse, en effet ! (rires) Mais on la fera, on y réfléchit entre nous, on se parle entre les groupes, et j’aimerai bien franchement, même avec en plus Misanthrope ou Massacra, tu vois. C’est compliqué au niveau des emplois du temps de chacun. Il faut pouvoir programmer ça sur nos agendas, sans forcément faire une énorme tournée, juste quelques dates, par exemple le temps de plusieurs weekends. C’est tout à fait envisageable, voire même en festival. Je pense au Muscadeath Festival (44) avec déjà tous les ténors du genre en France qui sont à l’affiche.

CHRONIQUE ALBUM

LOUDBLAST
Manifesto
Death/Thrash Metal
Listenable Rec.

Si Burial Ground nous avais mis six pieds sous terre avec sa puissance tellurique aux accents Frostiens, il ne fit cependant pas l’unanimité auprès des fans de la légende du Death/Thrash Metal français. Six ans ont passé depuis, entrecoupés par la sortie d’un album live CD/DVD intéressant célébrant alors les trente ans de carrière de Loudblast. En 2020, notre ch’tite famille, toujours menée tambour battant par le duo des vétérans Stéphane Buriez/Hervé Coquerel accouche d’un huitième album studio tout simplement énorme ! S’ouvrant sur les chapeaux de roue avec le titre « Todestrieb » évoquant les pulsions de mort et mauvaises pensées de son chanteur/guitariste, le ton est donné : pas de quartier ! Truffé de breaks et de leads de guitares plus incisifs et moins mélodiques que sur le mélancolique Frozen Moments, nos Louds taillent dans le vif, et ce n’est pas sur « Relentless Horror » et sa rythmique Thrashy que les choses s’apaisent, bien au contraire ! Le métronome s’affole, on ne s’ennuie pas une seule seconde, aucun temps mort. Il faut dire que Manifesto a été enregistré en urgence juste avant le confinement, les mois suivants ayant servis à ajouter divers arrangements comme certains chœurs féminins à la Cross The Threshold ou effets soigneusement mixés par Stéphane Buriez et HK au Vamacara Studio à Clisson (44). Le très heavy et martial « The Promethean Fire » qui n’aurait pas dénaturé sur des deux derniers Behemoth, ou « Preaching Spiritual Infirmity » rappelant les violentes heures Death Metal de Disincarnate atteignent un niveau de puissance qui ne demande qu’à s’exprimer live. Plus loin, le riff gojiresque d’« Into The Greatest of Unknows », plus réussi qu’à l’époque de Planet Pandemonium et sur lequel Stéphane pousse des cris black, ou bien alors les guitares à la Septicflesh sur « Invoking To Justify » apportent également leur lot d’innovations sur un album parfaitement maîtrisé et moderne grâce à sa production sonore dantesque. A cinquante ans passés pour ses deux membres historiques (même si Hervé a dû laisser ses fûts en studio à Kevin « Kikou » Foley (ex-Benighted, ex-Abbath, ex-Nostromo, etc.) pour cause de blessure), nul besoin encore de viagra pour Loudblast quand il s’agit de pondre un disque sévèrement burné comme Manifesto. Notre ch’tite famille du Métal français a encore visiblement la frite ! [Seigneur Fred]