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MAGNUM
Pour rugir de plaisir

Ces deux dernières années, Magnum a été particulièrement actif, jugez plutôt : en 2020, ils sont de retour avec The Serpent Rings un opus d’excellente facture immédiatement suivi par Dance of the Black Tattoo, une compilation agrémentée de morceaux live. Une chose est sûre, malgré leur quarante-neuf ans de carrière, nos papys British ne sont pas prêts de raccrocher les gants comme en témoigne The Monster Roars, leur vingt-deuxième album (!!!) concocté de main de maître par le guitariste Tony Clarkin, et son fidèle acolyte Bob Catley. Et une fois de plus, ce nouveau disque de Magnum ne peut que séduire tous les fans du combo de hard rock. [Entretien intégral avec Bob Catley (chant) par Pascal Beaumont – Photos : DR]

La dernière fois que tu as joué à Paris, c’était avec Avantasia à l’Olympia le 10 Avril 2019. Qu’as-tu ressenti en foulant les planches de cette salle mythique ?
C’est vrai que j’avais eu cette opportunité, c’est une salle magnifique. Le public était très bien. C’était un véritable plaisir de pouvoir chanter à Paris. Magnum a toujours des soucis pour jouer dans votre capitale et ce depuis quelques années. J’ai passé une excellente soirée. On a aussi joué au Hellfest en 2013 dans le cadre de la tournée mondiale d’Avantasia. C’est fou cela fait déjà huit ans, j’ai donné beaucoup de concert depuis et tout ça se mélange un peu dans ma tête. Il faut que je fasse un effort. Mais c’était un très bon concert. On était logé dans un hôtel dans une ville près du festival. On avait beaucoup voyagé et très peu dormi mais on a passé un bon moment. J’étais très heureux de découvrir cette région française. Tout le monde fut gentil avec nous. Je pense qu’on rejouera avec Avantasia dans ce festival, j’adore la région et Avantasia. J’espère pouvoir rejouer en France avec Magnum car je sais qu’il y a des fans loyaux qui ont envie de nous voir. Je ne sais pas si lors de notre prochaine tournée nous passerons par la France, je l’espère.

Quant à ton dernier concert en France avec Magnum, il remonte à au 17 Novembre 2012 au Forum à Vauréal !!!
Oui, je me souviens très bien de ce club pas très loin de Paris. Je ne comprends pas pourquoi ne jouons pas très souvent en France. Il y a des hauts et des bas mais les fans sont toujours présents à nos côtés. Il y avait dans le public des gens qui ne nous connaissaient pas, mais c’est ainsi, que puis-je y faire…

En 2022, vous allez célébrer vos cinquante ans de carrière, un demi-siècle ça donne le vertige ! Quel est ton ressenti en repensant à toutes ces années passées au sein de Magnum ?
(rires) C’est une bonne réflexion ! Magnum c’est une très longue histoire faite de haut et de bas, un groupe pas trop mauvais qui essaye de percer. On a eu des moments fantastiques comme lorsque nous avons ouvert pour Ozzy Osbourne en 1982 sur sa tournée américaine. On a pu jouer dans tous les grands festivals du monde entier, on a eu de gros contrats internationaux comme lorsque l’on a signé chez Polydor (Ndlr : maison de disques, filière d’Universal Music). Il y a d’ailleurs une expression très connue : « vivre son rêve », et c’est ce qui nous est arrivé. Tony Clarkin savait ce qu’il voulait, il s’est battu pour l’obtenir, pour que le rêve perdure. On a enregistré dans des studios renommés, on a voyagé dans deux tours bus, on a eu le succès, les limousines, avec deux managers devant, ce n’est pas très confortable d’ailleurs ! (rires) Mais on a connu aussi les moments où on dormait à même le sol, dans un van, on n’avait pas d’hôtel, on était dans une sorte de folie. En 1976, lorsque l’on enregistrait Kingdom Of Madness dans un studio à Londres (Ndlr : le De Lane Lea Studios), le label ne nous avait pas réservé de chambres d’hôtel, apparemment il n’y avait pas d’argent, on s’est tous alors installé dans une cafétaria. Un matin des gens de la BBC sont venus pour un reportage, on les a reçus dans cet endroit, on était tous dans un sale état… (rires) On a eu aussi la chance d’enregistrer Goodnight LA en Californie. A une époque, on a été au top avec de bons morceaux et de bonnes productions. Tous les ans, les fans me souhaitent un bon anniversaire sur Facebook. Après toutes ces années nous sommes toujours là malgré les difficultés. On n’a pas l’intention de s’arrêter, on continue à travailler, on revient avec un nouvel album, on ne regarde pas le passé, on est en forme, on a un très bon line up et on a bien l’intention de continuer à faire de la musique ensemble.

Vous allez sortir le 14 Janvier 2022 votre 22ème opus Monster Roars. Je suppose que vous avez façonné cet album de la même façon que les précédents ?!
En effet. Tony à écrit tous les morceaux comme d’habitude. Je suis juste chanteur, je n’ai jamais écrit un seul morceau de toute ma vie, je n’en éprouve pas l’envie. Tony se charge de tout, et, une fois de plus, il nous a écrit de très bons titres sur lesquels je peux chanter. Monster Roars c’est une sorte de rétrospective étant donné que nous allons fêter nos cinquante ans en 2022. « Remember » est une chanson qui parle de la naissance de Magnum. Elle nous rappelle toutes ces années passées à travailler ensemble, nos débuts dans un Nightclub à Birmingham où l’on a commencé à mettre en place ce qui allait devenir Magnum. Les textes de cet opus traitent de cette période de nos vies. On était des débutants, nous n’avions pas d’argent mais les gens venaient aux concerts, on jammait avec John Bonham, Cozy Powel. Il y avait aussi Tony Iommi (Black Sabbath) qui venait jouer. C’était une période formidable pour nous, les fans, on jouait du Rock’n’Roll… Il y a aussi « I Won’t Let You Down », notre nouveau single, qui traite de problèmes que tu peux rencontrer et du besoin d’avoir des amis pour te soutenir. On était en résidence à l’époque, on jouait toutes les semaines mais on n’arrivait pas vraiment à émerger, on n’avait pas encore de morceaux fantastiques.

Monster Roars est un opus très varié et bien représentatif du style Magnum !
Oui. On vient de sortir un nouveau single « I Won’t Let You Down » qui est assez commercial et qui parle des temps où tu dois faire face à des problèmes et du fait que tu as besoin d’amis pour te soutenir. Il y a pas mal de morceaux assez accessibles sur cet opus mais on a quand même écrit des titres épiques comme « Your Blood Is Violence » qui est un bon morceau qui regroupe tout ce que Magnum sait faire de mieux avec de nombreux changements d’ambiance. C’est du Magnum classique, celui que nous avons toujours fait par le passé. On a toujours composé des chansons romantiques ou tristes. Il y a beaucoup d’émotions qui se dégagent à travers le texte de ce titre et c’est ce que j’apprécie. J’aime chanter ce type de paroles qui m’affectent énormément. Je suis quelqu’un de très émotif surtout sur scène, les gens le savent d’ailleurs. C’est un album plein d’émotions et de morceaux où je prends plaisirs à chanter. SPV, notre maison de disques, est très satisfaite d’ailleurs des titres comme nous le sommes nous-mêmes. C’est toujours agréable d’entendre les gens dirent qu’ils apprécient ce que tu fais car on ne sait jamais ce qui peux arriver et ça nous donne confiance en nous d’entendre ça de la part de personnes qui nous entourent…

Dennis Ward est arrivé au sein du combo en 2019 et semble vous avoir beaucoup apporté musicalement et humainement !
Oui. Quand Al Barrow nous a malheureusement quitté pour tout un tas de raisons, il nous fallait remplacer ce grand musicien qui était bassiste et chanteur par un autre de la même classe. Ce fut un gros défi pour nous de remplacer Al. Notre manager nous a suggéré Dennis Ward qui a d’ailleurs produit un de mes albums solo, Immortal, en 2008. Je le connaissais mais je ne savais pas que c’était un bon chanteur et un excellent bassiste, il joue même un peu de clavier. Tony en a parlé avec Tobias Sammet d’Avantasia qui lui aussi nous incitait a travailler avec Dennis. On l’a contacté, il était très occupé mais il nous a dit qu’il serait disponible si on avait besoin de lui. On a enregistré avec lui l’album The Serpent Rings en 2019, il était capable de chanter comme moi que ce soit au niveau de la gamme ou de la puissance. On devait se voir et répéter l’été dernier, on a fait trois répétitions avec lui. Nous devions partir en tournée et il devait nous accompagner lorsque l’on a appris qu’elle était annulée et qu’elle serait reprogrammée plus tard en raison de la pandémie. On n’a jamais donné un seul concert avec lui. J’attends donc cette expérience ! (rires) On devrait partir en tournée l’année prochaine (Ndlr : 2022). Quant à Rick Benton, notre claviériste, il est avec nous depuis 2016 lorsque Mark Stanway nous a quitté. C’est un très bon musicien, un vrai plus pour Magnum. Et puis en 2017, Lee Morris est arrivé, c’est un fantastique batteur et un type très sympa. Lors de la dernière tournée, il nous a dit qu’il était ravi de jouer avec nous. (rires) On est prêt pour repartir sur les routes avec ce line-up. On va le garder pour la vie, c’est bien d’avoir ce sang neuf. On est prêt, et on va répéter l’année prochaine puis partir en tournée. J’espère que le public sera au rendez-vous. Magnum est bien vivant et prêt pour de nouveaux concerts. (rires)

Les deux font la paire (de gauche à droite) : Bob Catley (chant) et Tony Clarkin (guitare)

En mai 1977, vous avez ouvert sur la tournée anglaise de Judas Priest lors de la sortie de Sin After Sin, je suppose que vous avez bien vécu cette tournée ?
Oui, je m’en souviens très bien. A l’époque, on jouait très régulièrement dans un pub à Birmingham qui s’appelait The Railway, on était des résidents. On avait enregistré un album mais nous avions des soucis avec Jet Records pour qu’ils assurent sa sortie. Pour continuer à exister, on donnait pas mal de concerts. C’est à cette époque que l’on nous a proposé d’ouvrir pour Judas Priest sur le Sin Afer Sin tour. Nous devions en contrepartie transporter tout le matériel, c’était le deal. On voulait faire cette tournée et jouer devant le public de Priest mais on n’avait pas d’argent et on a dû s’occuper tous les soirs de l’équipement. Lors du premier show à Liverpool dans cette salle l’Empire Theater (Ndlr : le 7 Mai 1977 donc), on ne savait pas si on arriverait a transporter tout ce matériel, c’était difficile, heureusement on a finalement eu de l’argent pour assurer ces dates. C’était une belle tournée, on a joué devant un public bien plus important que lors de nos concerts. C’est à ce moment que l’on a commencé à se constituer un public en jouant régulièrement au Railway Pub. Par la suite, on a eu aussi l’opportunité d’ouvrir pour Whitesnake, c’était leur première tournée en Angleterre (Ndlr : David Coverdale’s Whitesnake). Petit à petit, nous nous sommes forgés un public notamment en jouant en première partie en Grande Bretagne. C’était il y a si longtemps…

L’artwork pour The Monster Roars est très différent des trois dernières pochettes. Vous aviez envie de changer et proposer un design différent ?
On a trouvé ce titre en choisissant celui d’un des morceaux de l’album, c’est d’ailleurs le tout premier. On a fait le choix de prendre une photo pour cet artwork (Ndlr: réalisé par Rob Barrow, le frère de l’ancien bassiste Al Barrow) qui est lié aux paroles de cette chanson. Le texte évoque un monstre qui vient hanter les nuits des enfants, leurs cauchemars… Bien sûr, on en a parlé avec Rodney Matthews et on a choisi ce cliché. Il fallait que ce soit une personne effrayante et inquiétante. On a pris cette photo puis redessiné dessus pour l’intégrer. C’est un modèle qui a été photographié, on a trouvé ce cliché magnifique et brillant et cela a été facile de l’intégrer dans l’artwork, il colle parfaitement avec le texte du morceau. On en a parlé avec Rodney qui était d’accord, il était très occupé à cette époque, il travaillait sur un livre. Et nous avions besoin de cette pochette très rapidement car nous voulions absolument sortir ce nouvel opus. Mais Rodney n’était pas disponible. C’est vrai que c’était différent du travail de Rodney. Mais on est toujours en très bons termes avec lui et il est certain que dans le futur on retravaillera ensemble. Il a tellement fait de covers pour nous tout au long de toutes ces années. Et puis le label avait envie que cette fois-ci nous allions dans une autre direction. C’est la première fois que nous travaillons ainsi mais il est certain qu’on retravaillera avec Rodney.

Vous abordez des thèmes différents tout au long de The Monster Roars. Est-ce qu’il y a un texte dont tu te sens plus proche personnellement ?
La plupart des textes sont importants pour moi. Si je dois en choisir un, je dirais : « I Won’t Let You Down ». Cette chanson évoque beaucoup d’émotions chez moi, et elle m’a beaucoup affecté. Mais il n’y a pas vraiment de textes spécifiques, c’est juste un sentiment global qui se dégage de cet opus, en fait. Les textes me touchent profondément. Sur The Monster Roars, il y a de très beaux titres et il m’est très difficile de choisir. J’ai cette chance de pouvoir chanter sur de paroles de Tony Clarkin, j’aime cet opus. Je remercie Dieu de m’avoir donné l’opportunité de pouvoir chanter les textes de Tony. The Monster Roars me touche particulièrement, j’ai besoin de ressentir les paroles pour pouvoir les chanter. C’est à chaque fois la même chose, tous les deux ans nous revenons avec un nouvel opus. C’est un peu comme si je rencontrais un nouvel ami ! (rires) J’ai besoin d’avoir ce sentiment de vivre avec les textes pour qu’ils aient un sens pour moi, j’aime donc chanter les chansons de Tony. Il a d’ailleurs déjà commencé à composer de nouveaux titres. C’est très bien que l’on pense déjà au prochain. Ce sera notre vingt-troisième opus ! Il m’a déjà envoyé des morceaux. En attendant, j’adore The Monster Roars et je pense qu’il sera bien accueilli.

CHRONIQUE ALBUM

MAGNUM
The Monster Roars
Hard rock
SPV/Steamhammer

Quarante-deux ans après ses débuts, Magnum poursuit ses pérégrinations métalliques aux grés de ses albums sans jamais décevoir. Il semblerait que la source d’inspiration de Tony Clarkin soit intarissable malgré ces soixante-quinze printemps. The Monster Roars ne déroge pas à la règle, et nous propose un hard rock mélodique parfois heavy ou FM gorgés d’envolées lyriques des plus réussies avec une tendance progressive, le tout reposant sur des morceaux extrêmement bien construits, preuve d’un savoir-faire à toute épreuve acquis depuis bien longtemps déjà. Ce nouveau monstre s’avère un très bon cru certainement dû à l’arrivée des petits nouveaux Rick Benton, Lee Morris et Dennis Ward. Bob Catley, une fois de plus, s’avère impérial sur ses parties vocales conjuguées aux talents sans commune mesure de Tony Clarkin à la guitare. En un mot la grande classe à l’état pur. [Pascal Beaumont]