La mode est véritablement aux préquels : au cinéma avec Starwars I-II-III, Prometheus/Covenant (Alien), la trilogie du Hobbit avant Le Seigneur des Anneaux, etc., et même bientôt Game Of Thrones à l’écran ! Pour la vieille (re)formation musicale scandinave qui nous intéresse dans le cas présent, en résumé Mortem serait le préquel d’Arcturus… Un peu d’histoire maintenant… Formé en 1987 par le chanteur, à l’origine batteur, Marius Vold (ex-Arcturus, ex-Thorns) et l’excellent claviériste (également guitariste ici) Steinar Sverd Johnsen (Arcturus, ex-Ulver, ex-Emperor (live)), Mortem est souvent décrit en effet comme les prémices de ce qui allait devenir le fantastique groupe norvégien de Black Metal symphonique et avant-gardiste Arcturus en 1990, continuant même durant quelques années en parallèle d’Arcturus après la fondation de ce dernier. Alors quid de l’œuf ou de la poule artistiquement parlant entre Mortem et Arcturus ? Au départ carrément orienté Death Metal (comme bon nombre de formations norvégiennes à l’époque : Darkthrone, Old Funeral…), le trio d’Oslo (devenu quatuor de nos jours) publia une petite bombe, la démo Slow Death, qui fit son petit effet en 1989, produite par le leader de Mayhem, Euronymous (R.I.P.), sur son label Deathlike Silence Productions et dont la pochette fut réalisée par le chanteur Dead (R.I.P.) de Mayhem, deux ans avant sa mort.

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Si Ravnsvart (« Le corbeau noir » en norvégien) n’est seulement que le premier album des Norvégiens aujourd’hui, ses huit compositions n’ont été enregistrées que récemment dans leur pays au Toproom Studio à Lunner, et sonnent donc très actuelles mais l’essence Black Metal qui s’en dégage, elle, renvoie bien au mouvement musical de la fin des années 80/début des années 90. A l’aube de la seconde vague Black Metal en Scandinavie, la scène y était alors en plein bourgeonnement. Si les claviers sont nettement moins présents et recherchés que sur Arcturus sur ce premier album, ils sont utilisés avec parcimonie et justesse (« Sjelestjeler », « Blood Horizon »). Derrière les fûts, on retrouve ici notre fidèle Hellhammer (Mayhem, Arcturus) qui arriva dans Mortem en 1989, soit un an après son intégration dans Mayhem. Son jeu de batterie rend d’ailleurs les morceaux relativement dynamiques dans un ensemble musical Black Metal plutôt cru et direct, moins sophistiqué qu’un album comme La Masquerade Infernale mais plus mélodique cependant que le célèbre groupe d’Euronymous. Si le chant très convaincant de Marius Vold témoigne d’un côté evil bien ancré recherché par ses membres, cela donne un mélange extrême et atmosphérique quelque part entre Bathory et Arcturus forcément (le très réussi « Demon Shadow » rappelant « A Fine Day To Die » de Quorton/Bathory). Alors Mortem 2019 ? Simple anachronisme empli de nostalgie de la part de ses deux principaux membres en mal de sensations démoniaques et brutales au sein de leurs formations respectives actuelles avec cette touche mélodique caractéristique des groupes norvégiens (Emperor, Dimmu Borgir, etc.), ou bien avons-nous à faire à un acte opportuniste alors que le film Lords Of Chaos fait sensation sur internet  dans la scène underground et que le True Black Metal tend à disparaître ? Dans tous les cas, même si l’ensemble sonne donc plus basique qu’un album d’Arcturus et bien plus violent, et qu’encore une fois il ne s’agit là que d’un premier album tardif, n’oublions pas que Mortem fait office de groupe culte sur la scène, faisant presque aussi peur que ses petits camarades de jeu de Mayhem il y a trente ans…

[Seigneur Fred]

MORTEM
Ravnsvart
Black Metal
Peaceville Rec.
★★★★☆

MORTEM
Ravnsvart

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