Après la chronique en mai dernier de leur nouvel opus baptisé Cerecloth, il était grand temps de vous donner des nouvelles de nos amis suédois de Naglfar vivant du côté d’Umeå, huit ans après notre dernier entretien avec son imposant guitariste Marcus E. Norman alias « Vargher » (également membre de Bewitched et Havayoth) pour leur précédent méfait Téras. Se réveillant de son habituelle léthargie entre deux albums, Naglfar n’a pas échappé aux problèmes sanitaires actuels malgré sa situation géographique isolée tout au nord-est de la Suède. Fort heureusement, il demeure le garant d’un Black Metal mélodique scandinave de qualité même si un peu plus d’innovation nous aurait davantage séduits sur ce septième ouvrage très conservateur dédié aux morts… Son autre guitariste Andreas a répondu cette fois à nos questions. [Entretien avec Andreas Nilsson  (guitare) par Seigneur Fred – Photos : Marcus Norman]

Comment vas-tu personnellement à Umeå en Suède dans ce contexte de fin de pandémie de Covid-19, enfin, on l’espère tous, alors qu’une certaine reprise épidémique survenait malheureusement en Scandinavie dernièrement ? T’es-tu senti plus isolé et en sécurité peut-être jusqu’à présent à Umeå situé tout au nord-est de la Suède ?
Eh bien, le virus a une propagation nationale à ce stade, donc le seul sentiment d’isolement que je ressens est celui du genre auto-imposé par l’Etat. Ce sont des moments étranges, mais jusqu’à présent, ma famille et moi gérons. Je te remercie.

J’ai appris que c’est un certain Patrik Wall qui accompagnait Naglfar à la basse l’an dernier (2019) alors qu’il me semblait que c’était toujours Alex « Impaler » Friberg qui était et est votre bassiste officiel sur scène. Bien que très occupé par Firespawn dernièrement mais aussi Necrophobic qu’il a quittés d’ailleurs depuis, est-ce qu’Alex demeure votre bassiste live en fin de compte alors que nous l’avons interviewé à plusieurs reprises ces dernières années mais toujours pour ses autres groupes et pas eu depuis ?
Alex a décidé de prendre un congé à un certain moment, tout simplement. Patrik a eu la gentillesse d’accepter de prendre la relève et de le remplacer en 2019. Nous avons eu recours à d’autres personnes chaque fois qu’il y avait des conflits de planning avec d’autres groupes comme pour Alex à la basse. Mais généralement c’est lui qui gère ce genre de choses avec nous.

Sur vos deux précédents albums Harvest et Téras, la basse était un instrument justement plus en avant dans le son de Naglfar. Qui a joué les parties de basse sur votre septième album studio Cerecloth ? Est-ce notre interlocuteur habituel Marcus E. Norman, alias « Vargher » (Bewitched, Havayoth…), en charge aussi des guitares avec toi mais aussi de certains chants et des claviers au sein de Naglfar ?
Marcus avait assurait les parties de sessions de basse sur Téras, en effet, mais pas pour Cerecloth où là c’est bien Alex qui joue. Le son est différent cette fois-ci car nous voulions essayer quelque chose de nouveau qui conviendrait à l’atmosphère que nous cherchions à atteindre avec les nouvelles chansons. Cependant, je n’ai jamais pensé que la basse pourrait être considérée dans une moindre mesure ou passer en arrière-plan pour être honnête chez Naglfar.

Ces précisions étant apportées, revenons maintenant sur Téras pour lequel nous nous étions donc entretenus avec Marcus. Cela remonte déjà à 2012, or dans mon esprit, c’est comme si c’était hier… Que le temps passe vite ! (sourires) Peux-tu m’expliquer pourquoi encore tant de temps s’est écoulé depuis la dernière fois entre Téras et ce nouvel album Cerecloth ? Vous aimez prendre votre temps chez Naglfar… (rires)
C’est vrai. Le temps passe si vite, vraiment… Je pense qu’il y a plusieurs raisons à cela et notamment pour ce grand espace entre les albums. Avec la famille et nos emplois respectifs, nous avons eu plus de mal à trouver du temps pour planifier des sessions d’écriture de chansons comme nous le faisions auparavant. Alors que les offres des festivals et des promoteurs continuaient à arriver, nous avons donc priorisé le temps que nous devions nous réunir pour répéter les concerts à la place. Nous avions également rempli notre contrat avec notre label Century Media, donc nous sentions qu’il n’y avait pas de hâte à sortir un nouveau disque rapidement ni à chercher un label non plus. Il y a quelques années, Century Media nous ont contactés justement et nous ont dit que nous devions nous bouger et passer à autre chose car ils souhaitaient toujours collaborer. Je pense que c’est à ce moment-là que nous avons commencé à travailler alors davantage sur ce nouvel album.

Je sais que vous aimez prendre votre temps… (sourires) Devenez-vous plus paresseux avec les années d’une certaine manière ou votre règle d’or avec Naglfar est-il toujours de privilégier la qualité à la quantité parmi le nombre d’albums sortis dans votre discographie ? Vous sentez-vous libres dans vos engagements et obligations envers votre label Century Media en tant qu’artistes en fin de compte ?
Nous avons toujours eu le sentiment que nous ne voulions pas sortir de nouveaux disques tous les deux ans juste histoire de faire plaisir à nos fans. Et c’est une chose qui a rendu le travail avec Century Media si facile finalement. Ils ne nous ont jamais stressés et ont toujours compris notre façon de gérer les choses. Cela dit, si nous avons un prochain album terminé dans deux ans, alors nous le publierons, bien sûr !

Plus sérieusement, huit ans plus tard après Téras, comment décrirais-tu votre nouvel album Cerecloth par rapport à Téras aujourd’hui ?
Je dirais que c’est une continuation naturelle de Téras, mais avec de nouvelles idées qui apparaissent de temps à autre sur l’album, et avec un son qui est plus proche de notre configuration scénique live quand nous jouons en concert que sur les précédents albums studio.

Où avez-vous enregistré les nouveaux morceaux ? Peut-être au studio Wolf’Lair de Marcus et vous l’avez mixé au studio Toontrack comme pour l’album Téras ou bien vous avez changé quelque chose cette fois pour Cerecloth afin d’obtenir ce son avec cette basse plus en avant justement dont on parlait tout à l’heure ?
A cause de quelques problèmes d’agenda, nous avons dû procéder un peu différemment en fait. Une grande partie du matériel a été enregistrée dans au studio Wolf’s Lair, oui, mais quelques parties de guitare mineures ont été faites chez moi. Les percussions quant à elles ont été enregistrées au studio The Bleak chez notre batteur Efraim. Nous voulions aussi garder le processus au sein du groupe autant que possible afin que Marcus fasse le mixage avant de l’envoyer pour le mastering au Unisound Studio de Dan Swanö, mais au studio AB en Allemagne (à Oedt (Grefrath)) et non à celui d’Örebro en Suède.

Du coup, qui a enregistré la batterie sur Cerecloth en studio parce que personne n’est mentionné dans les crédits du nouvel album? Je suppose que c’est Efraim Juntunen de l’excellent groupe de Heavy/Speed ​​Metal mélodique suédois Persuader? Vous avez recours à un batteur de session en général en studio…
Cela n’est pas dit ? Aïe, c’est regrettable. Il est définitivement inscrit aux crédits de l’album pourtant. Oui, c’est bien Efraim Juntunen qui joue de la batterie sur notre nouvel album. Comme il est notre batteur live, nous avons pensé qu’il était naturel de le faire jouer sur les nouvelles chansons de Cerecloth. Il s’agit de quelque chose d’essentiel afin d’obtenir ce résultat final sur l’album car son style de jeu a inspiré la plupart d’entre nous apportant un groove plus naturel à travers tout l’enregistrement du disque. Je dirais encore une fois que cet album est une représentation très proche de Naglfar en situation live.

D’un point de vue lyrique, Téras était basé sur le thème principal de la Terre Mère (Gaia) considérée alors comme un monstre sur le précédent album mais qui ne constituait pas pour autant un concept album comme cela avait précisé dans votre interview en 2012 par Marcus. Alors, de quoi parle Cerecloth à présent ? Que signifie exactement ce nom si étrange avec ce fantôme représenté sur le magnifique artwork signé pour la première fois par l’incontournable Kristian Wåhlin alias « Necrolord » (Dissection, Emperor, Necrophobic…) ?
Autrefois, nous avions pour habitude d’envelopper le cadavre de nos défunts dans un tissu recouvert de cire pour être imperméable à l’eau (NDLR : « Cerecloth » en anglais), c’est-à-dire un linceul ou un drap mortuaire. Dans le cas présent de ce septième album, nous recouvrons le monde entier ici dans ce drap ou cette nappe mortuaire. Nous pensions que c’était un titre approprié faisant figure de fil rouge sur tout l’album car le thème est : la mort…

Des chansons comme « Cerecloth » justement, « The Dagger In Creation », « A Sanguine Tide Unleashed » ou « Vortex of Negativity » apparaissent comme des morceaux très rapides et agressifs tandis que sur « Horns » ou « Like Poison For The Soul », plus lourds avec plus de basse, un certain groove se fait sentir… Mais la chanson « Necronaut » c’est un peu différent, plus mélodique et lent, presque instrumental sauf à la fin du titre. Peux-tu le décrire avec tes mots, de quoi s’agit-il ?
Sans trop entrer dans les détails, la chanson « Necronaut » parle de quitter le monde physique pour explorer l’inconnu… Je pense que c’est l’une de ces chansons où la musique et les paroles se nourrissent les unes des autres mutuellement et évoluent vers quelque chose de plus grand. Il s’agit en effet d’une chanson quelque peu différente parmi le reste que tu as bien décrit au demeurant.

Quant au dernier morceau de Cerecloth intitulé « Last Breath Of Yggdrasil », il fait référence je présume à l’arbre de vie dans la mythologie nordique qui contient les Neuf Mondes. Est-ce donc un prélude à l’apocalypse ou au Ragnarök évoqué ici indirectement avec ce « dernier souffle » ? Est-ce un message pour dire que c’est peut-être le dernier album de Naglfar ??! En tout cas, je ne l’espère pas !! (rires)
Cette chanson « Last Breath of Yggdrasil » est notre interprétation des événements qui ont mené au Ragnarök, avec une légère entorse à la narration mythologique. Néanmoins, je doute fortement que ce soit le dernier album de Naglfar, mais rien dans la vie n’est certain, tu sais. Je peux dire définitivement que mon implication personnelle dans cette musique ne se terminera pas de sitôt en tout cas. (sourires)

De nos jours, en 2020, considères-tu Naglfar comme le gardien d’un temple en quelque sorte, ce temple qui serait la marque traditionnelle du son typique du Black Metal mélodique suédois ? Si oui, comment expliques-tu votre longue fidélité sans faille à ce genre musical depuis toutes ces années (depuis 1992 en fait) ?
Je ne dirais pas que nous sommes des gardiens, mais nous sommes restés fidèles à nos racines, oui, tout en essayant de trouver de nouvelles façons d’évoluer musicalement. Je pense que nous nous sommes toujours concentrés sur l’écriture de musiques qui nous plaisent à nous-mêmes avant tout, voilà tout. Je ne peux pas expliquer pourquoi nous existons depuis si longtemps sur la scène avec Naglfar, mais cette musique est ce que je vis et je respire quotidiennement donc je vais continuer à faire ce genre de musique sous une forme ou une autre aussi longtemps que j’en suis physiquement capable.

Avant de conclure, même si tu n’es certes pas le principal intéressé pour répondre à cette question, peux-tu tout de même nous donner quelques nouvelles de l’autre groupe principal de ton collègue guitariste Marcus E. Norman alias « Vargher » et de ton chanteur Kristoffer W. Olivius alias « Wrathyr » qui font partie tous deux parallèlement de Bewitched. Pourquoi n’ont-ils pas enregistré et sorti de nouvel album depuis Spiritual Warfare sur Regain Records en 2006 !! Après cela, ce label suédois disparut mais a refait surface depuis, il est donc temps pour un tout nouvel album de Bewitched maintenant en 2020 !!! Les fans attendent… (rires)
Eh bien, je ne joue pas dans Bewitched en effet, donc malheureusement je ne suis pas la bonne personne pour répondre aux pourquoi et pourquoi pas ?! (rires) Mais étant également un grand fan du groupe, je conviens donc aussi qu’il est grand temps pour un nouvel album. En fait, ils ont fait leur premier show depuis des lustres un peu plus tôt en mars dernier, et ils devaient participer à tout un tas de festivals cette année (2020), mais la pandémie a éclaté dans le monde, et tout est reporté pour l’instant…

À présent au sujet de Naglfar, allons-nous bientôt vous revoir live en Europe ? Pensez-vous que vous pourrez quand même faire une tournée pour défendre ce nouvel album sur scène ? Quels sont les projets pour Naglar en 2020 ou 2021 car vos albums sont si rares, s’il n’y avait aucun concert, ce serait vraiment triste… ?
Alors on travaille sur la réservation de festivals et de spectacles pour partir sur les routes et jouer le nouvel album. Comme tout le monde, la pandémie nous a obligés à tout reporter à plus tard cette année et également à l’année prochaine. Il est impossible de dire quand les choses reviendront à une situation « normale » où les groupes pourront jouer à nouveau, si toutefois cela revient totalement à la « normale », mais quand cela se produira, nous serons prêts, crois-moi ! En attendant, nous écrivons déjà de la nouvelle musique, donc il y a toujours quelque chose. Et c’est déjà ça de pris ! (sourires) Merci à toi pour cette interview et ton soutien, Fred, depuis toutes ces années.


NAGLFAR
Cerecloth
Black Metal
Century Media/Sony Music
★★★★☆

Les années passent et les albums de Naglfar, s’ils se font rares, ont tendance à se ressembler un peu trop depuis Pariah (2005) même si la qualité a toujours été constante en général. Alors quid de cette cuvée 2020, huit ans après un Téras correct mais qui ne nous terrassa pas non plus complètement ? Avec un artwork signé Kristian Wåhlin (Dissection, Emperor, Dismember, Nifelheim, etc.), on se dit de toute manière que l’on va avoir droit ici à du classique de chez classique. Bingo ! Tel le gardien du temple, le groupe d’Umeå conserve de toute façon en secret un véritable savoir-faire en matière de Black Metal mélodique à la suédoise, loin au nord de sa contrée. A l’instar d’un Necrophobic encore en grande forme dernièrement ou d’un Mörk Gryning sur le retour (un nouvel album est en prévision chez Season of Mist), et à défaut bien sûr des regrettés Dissection (R.I.P.), le trio scandinave retourne de temps à autre en studio pour accoucher d’une nouvelle galette nous rappelant qu’il reste un des maîtres d’un genre si prisé durant les années 1990 où il connut alors son heure de gloire grâce notamment au guitariste/chanteur Jens Rydén et les albums Vittra, Diabolical et le puissant Sheol. Si Téras avait permis de revenir sur le devant de la scène et ce, même si le groupe est plutôt avare de concerts, au niveau prise de risque on frôla le zéro absolu, accentuant peut-être le côté plus sombre sur certaines mélodies plus lourdes et lentes et ralentissant parfois le tempo dans ses chansons. Sur ce septième opus, Naglfar n’invente rien et souffle sur de vieilles braises qu’il suffit uniquement de rallumer. De l’écrasant « Horns » au plus mystérieux « Vortex Of Negativity » en passant par le furieux « The Dagger In Creation » au tempo frénétique ou la plus classique chanson-titre avec son riffing entêtant, on est totalement en terrain balisé. Mais telle la tentation de goûter au fruit défendu à laquelle on résiste, on se laisse happer par les terribles guitares à la fois incisives et mélodiques si typiques du style suédois signées Marcus E. Norman (le géant « Vargher » dans Bewitched, vous savez !, également membre d’Havayoth) et Andreas Nilsson. La basse, enregistrée par leur membre officiel de session live Alex « Impaler » Friberg (Fireswpawn, ex-Necrophobic…), comme souvent se fait entendre (« Like Poison For The Soul »), n’hésitant pas à se frayer un chemin sur ce puissant Cerecloth. Le chant haineux et bien evil de l’ex-Setherial Kristoffer « Wrath » Olivius, qui a délaissé la quatre cordes, fait toujours lui aussi son petit effet au micro comme sur la seconde partie déchirante du faussement calme « Necronaut ». Classique et efficace vous en aurez conclu, Cerecloth s’achève sur le long et dispensable « Last Breath Of Yggdrasil » en espérant que Naglfar ne donne là cependant son dernier souffle ou ne replonge dans un profond sommeil durant huit ans. Mais bon d’ici là, peut-être aura-t’on droit à une nouvelle galette de Bewitched, l’autre fameux groupe de rétro Thrash/Black Metal de Vargher & Kris ? [Seigneur Fred]