Déjà auteurs d’une démo à leurs débuts (Our Darkness en 2005) et deux albums studio (Abyss en 2007 suivi d’Opaque en 2013), les Allemands de Nailed To Obscurity semblent vouloir prendre leur temps afin d’imposer et de personnaliser un peu plus leur Death/Doom Metal mélodique. Si leur nouvel et troisième opus fait toujours ressortir leurs premiers amours pour Opeth (entre autres), il n’empêche que ce King Delusion se veut extrêmement convaincant et de bonne facture, la récente expérience scénique du groupe ayant renforcé l’assurance de ses membres à l’image de son excellent chanteur Raimund. Nous avons donc fait connaissance avec ce dernier ainsi qu’avec l’un des deux guitaristes.

[Entretien avec Jan-Ole Lamberti (guitare) et Raimund Ennenga (chant) par Seigneur Fred – Traduction par Philippe Jawor]

NAILED TO OBSCURITY promo band photo 2016

Comment se porte la scène Death/Doom Metal allemande en ce moment ?
Ole : Nous jouons avec tellement de groupes différents que nous ne pouvons pas vraiment faire de différence entre les scènes. J’ai le sentiment que les gens écoutent toutes sortes de Métal, donc je dirais que la scène Métal, en général, est très vivante.
Raimund : Si ta question concerne la taille de cette scène, je dirais qu’il y a des zones – comme la Ruhr – où le Métal est un peu plus présent qu’ailleurs. Mais il y a aussi beaucoup de Métal dans la partie est du pays ; le Métal est très présent en Allemagne, ce qui est vraiment bien pour un groupe comme nous.

King Delusion est votre troisième album studio. Ses prédécesseurs Abyss et Opaque vous ont-ils apporté plus de technique ou plus d’expérience dans le processus d’écriture et d’enregistrement ?
Ole : On a beaucoup appris ces dernières années, c’est sûr : j’ai appris pas mal de technique en étant simplement sur scène, à observer les autres groupes et leurs équipements. Aujourd’hui, c’est moi qui programme nos lumières, ainsi que toutes sortes de détails techniques ; j’ai appris sur le tas, en essayant, en tâtonnant. Pareil pour l’enregistrement et la production : quand nous avons enregistré Abyss…, nous ne connaissions pas grand-chose à l’enregistrement à vrai dire. Aujourd’hui, nous enregistrons des démos et des pré-prods tout le temps ! Nous avons également beaucoup appris au niveau du songwriting… principalement à l’aide de nos erreurs passées.

Chaque instrument est très bien maîtrisé, très travaillé, notamment au niveau des guitares, mais aussi le chant. Qui a produit King Delusion ? Avez-vous testé de nouvelles choses comme par exemple un peu de chant clair sur « Protean » ?
Ole : C’est Victor alias « V. Santura » Bullok (Dark Fortress, Triptykon, Noneuclid…) qui a produit l’album. Nous avons essayé beaucoup de choses au studio, surtout au niveau du chant, et pas seulement du chant clair. Cependant, tout ce que nous avons essayé au studio était prévu : nous savions quelle partie comporterait du chant clair, etc., mais nous avons juste pris le temps, au studio, de bien travailler tous ces passages.
Raimund : On a essayé d’arriver au studio le plus préparé possibles, et nous avons essayé pas mal de choses avant même d’y entrer. Cependant, les versions finales des mélodies de « Protean » par exemple ont été créées avec Victor : les paroles étaient écrites avec une mélodie d’Ole, mais nous l’avons retravaillée, pour arriver au résultat présent sur le disque. C’était cool d’échanger des idées avec lui.

D’où vient l’ambiance sombre et mélancolique de votre musique ? De votre vie quotidienne ?
Ole : Notre musique est certes très personnelle, mais cela ne veut pas dire pour autant que notre vie est aussi morose que ça ! (rires) La musique est un excellent exutoire pour nos sentiments les plus sombres, ou quand il se passe quelque chose de triste dans le monde. Nous aimons tous la musique sombre, et c’est pour cela qu’il nous semble naturel d’écrire des chansons dans cette tonalité quand nous avons quelque chose à exprimer.
Raimund : Je ne considère pas notre musique comme seulement sombre ; elle est aussi très réfléchie. Nous aimons la musique mélancolique, pas seulement parce qu’elle nous divertit, mais parce qu’elle permet souvent d’aller au-delà des paroles et des mélodies. Il y a toujours une note d’espoir dans nos chansons ; sombre ne veut pas forcément dire dépressif.

Qui est ce King Delusion au juste évoqué dans le titre de l’album ? Et quels sont les thèmes principaux des nouvelles chansons ?
Raimund : J’aime ajouter des images à mes textes : ils sont très personnels, mais les images permettent aux auditeurs de bénéficier de leur propre grille de lecture. « King Delusion » est le sentiment qui t’anime quand tu regardes en arrière, sur un moment où tu as perdu les pédales, parce que tu étais trop énervé, ou trop triste, ou que tu as prononcé des paroles que tu n’aurais pas prononcées d’habitude – c’est comme si tu étais une autre personne, comme si tu agissais sous les ordres d’un roi. Ce « King Delusion », c’est donc le sentiment qui t’anime quand tu t’oublies complètement. C’est cette image que j’ai essayé d’intégrer dans chaque chanson ; ce sentiment d’oubli total, ou de recherche désespérée d’une solution dans une situation où il semble n’y avoir aucune issue.

Sur certaines chansons, on note toujours quelques influences Doom/Death à la Opeth, Katatonia voire Novembre. Qu’en pensez-vous ? Quelles sont vos influences principales ?
Ole : Ce sont assurément des groupes qui nous ont beaucoup influencé. Mais nous sommes tous impliqués dans le processus d’écriture, et chacun a ses propres influences, qui vont de Black Sabbath à Iron Maiden en passant par Sepultura, Dark Tranquillity, Paradise Lost, ceux cités dans ta question, et bien d’autres, plus petits et beaucoup moins connus.

Comptez-vous tourner en Europe ou vous produire dans des festivals – européens ou US – à l’été 2017 pour défendre King Delusion ?
Ole : Nous comptons tourner le plus possible, et jouer dans quelques festivals également ; on y travaille.

Quels sont vos projets pour cette année, alors ?
Ole : Assurément donner le plus de concerts possible ; si l’on peut une plus grosse tournée, avec des groupes et des gens sympas.
Raimund : Voir le plus de gens possible, qui aimeront ou qui aiment déjà notre musique.