Depuis 1992, les Bataves de Sinister nous envoient régulièrement des brûlots Death Metal pas très catholiques comme Syncretism pour lequel nous nous étions entretenus avec son chanteur il y a trois ans et qui fit son petit effet. Pour leur quatorzième méfait Deformation Of The Holy Realm, on a voulu savoir ce qui motive toujours autant le groupe après tant d’années dédiées à la cause… [Entretien avec Adrie « Aad » Kloosterwaard (chant) par Seigneur Fred – Photo : DR]

En 2017, Syncretism fut un album contre les religions monothéistes officielles au profit du vaudou, de l’occultisme et du paganisme. S’il reçut de bonnes critiques dans l’ensemble, trois ans plus tard, en es-tu toujours aussi fier ?
Un disque d’enfer, ouais ! C’est toujours un super album, pourquoi ne serait-t-il plus bon trois ans après ? Je pense qu’il s’agit toujours d’un des meilleurs disques que le groupe n’ait jamais fait. Sur le nouvel album Deformation Of The Holy Real, vous y retrouverez à peu près la même ambiance avec moins de touches de claviers cependant.

Deformation Of The Holy Realm est votre quatorzième album studio ! Quand tu regardes dans le rétroviseur, malgré les aléas et changements de line-up inévitables dans la carrière d’un groupe (départ de la chanteuse Rachel après Creative Killings, faillite du label Hammertheart Rec. à ce même moment, split du groupe entre 2003-2005, arrivée de nouvelles modes dans le Métal…), comment expliques-tu la si grande longévité de Sinister fondé en 1988 ? C’est fou tout de même ?!
La détermination est ce dont tu as besoin pour durer. Deux choses sont les plus importantes dans ce domaine, le plaisir et l’amour, c’est-à-dire ta motivation pour la musique que tu joues. Je peux te dire que quand l’un des deux éléments manque ou même commence à faire défaut, rien ne va… Une autre chose est que tu dois gérer toutes les choses injustes qui peuvent te frapper (business, problème de line-up…).Regardez Sinister : nous n’avons jamais reçu autant d’exposition médiatique si l’on compare à d’autres groupes de Death Metal plus importants, alors que nous existons et apportons déjà depuis plus de trente ans du Death Metal de qualité avec notre propre son. Je n’abandonne jamais avec les gars du groupe, pour toujours apporter encore et encore le Death Metal que nous aimons tant.

Deux nouveaux guitaristes sont arrivés justement dans l’équipe : Michał « Grall » Gralak (Manslaughter, The Black Disorder…) et Walter Tjwa (Radiathor…). Quel a été leur rôle sur Deformation Of The Holy Realm ?
Michal a fait la plupart des solos de guitare sur ce disque et quelques riffs sont de lui, mais près des trois-quarts de la musique est créée par Ghislain, notre bassiste, qui est aussi un guitariste. En fait, toutes les guitares de ce disque sont jouées par Ghislain sauf les soli. Il a fait un travail fantastique quand tu m’en parles… Walter a rejoint le groupe juste après les enregistrements, donc son rôle sur ce disque est juste de paraître cool en photo dans le livret du CD ! (rires)

La guitare occupe un rôle prédominant dans le son et la musique du Death Metal que pratique Sinister. Le droit à l’erreur n’est pas possible au moment du casting. Comment ont-ils été recrutés dans le groupe ?
Michal nous a contactés car il savait que nous étions à la recherche d’un nouveau guitariste. La seule chose était qu’il était basé en Pologne, donc pas en mesure de pratiquer chaque semaine. Après la visite de Michal chez nous en Hollande même si personnellement je vis en Slovénie depuis plusieurs années déjà, le sentiment était bon. On a donc essayé ainsi et jusqu’à présent, ça fonctionne plutôt bien. Walter, je le connais déjà depuis de nombreuses années, mais je n’ai jamais vraiment été en contact régulier avec lui. Lorsque nous sommes arrivés au terme de la situation avec notre guitariste Dennis, j’ai tout de suite pensé à Walter. Je l’ai donc contacté en lui posant simplement la question s’il désirait devenir membre de Sinister et sa réponse fut très positive à notre égard.

Comme sur l’album Syncretism, des introductions, de brefs passages de claviers et de guitare acoustique ici ou là, et quelques samples ponctuent Deformation Of The Holy Realm, contribuant à l’atmosphère sombre et belliqueuse de ce nouvel opus. Avez-vous eu de nouveau recours aux services de Jörg Uken ?
Tous les claviers, chœurs, parties de guitare acoustique, intro et outro sont des mains du Slovène Denis Mauko cette fois. Nous lui avons, enfin moi, je lui ai demandé s’il voulait travailler pour nous, parce que je le savais capable. Au début, ça n’a pas été si facile car nous avions une vision différente de la façon dont ça devait sonner, mais au final tout le monde est satisfait.

Sur le morceau « Apostes Of The Weak », on peut donc entendre de courtes parties de guitare acoustique dans le mixage. C’est intéressant et assez nouveau. Pourriez-vous développer cela à l’avenir ce genre de passages acoustiques, comme par exemple Entombed ou Centinex l’ont parfois fait dans le passé sur leurs disques ?
Oui, ça tue ! Nous l’aimons beaucoup. Après, pourquoi pas ? Peut-être que nous le ferons plus à l’avenir. Je peux te dire que pour nous, c’est seulement la chanson elle-même qui compte, dans son ensemble, alors quand une partie requiert un passage de ce genre, alors on y va car ça la rend encore meilleure ensuite. Nous verrons donc à l’avenir si cela est justifié.

Quelle est donc cette « Déformation du Royaume Sacré » évoquée précisément ici à travers le titre du nouvel album ?
Le titre signifie plus que toutes les religions doivent disparaître, toutes ces conneries insensées encore en 2020 n’apportent que la mort et la haine parmi les gens sur Terre. Pour le prochain album, nous aurons certainement quelque chose de vraiment différent en ce qui concerne les paroles.

Vos pochettes d’albums représentent toujours un élément fort avec un certain style graphique. Il s’agit en quelque sorte d’une marque de fabrique chez Sinister depuis vos débuts. Pourrais-tu décrire l’illustration de Deformation Of The Holy Realm pour votre troisième collaboration avec Alexander Tarcus ?
Pour moi et Sinister, c’est très important et ça le sera toujours. La pochette doit attirer l’attention des gens. Lorsque tu vois une bonne couverture d’album, tu es tout de suite plus intéressé à vérifier ce qu’il y a dedans et à écoute, ou alors peut-être est-ce ma façon de faire à l’ancienne… (rires) En fait je ne voudrais pas trop dévoiler par conséquent le contenu. C’est la troisième pochette qu’Alex a faite pour nous, en effet, et à chaque fois c’est un chef-d’œuvre, alors voyons ce que l’avenir nous réserve…

Du coup, j’aurai tendance à dire, malgré vos textes envers les institutions religieuses, que Sinister est lui-même devenu depuis longtemps déjà une véritable institution du Death Metal sur la scène européenne et internationale du Metal. Donc si quelqu’un ne connaît pas votre musique et n’a jamais écouté de disques de Sinister, de manière générale, comment pourrais-tu décrire ce nouvel album avec tes propres mots ? Et comment résumer le Death Metal joué par Sinister depuis vos débuts à la fin des années 80 ?
Hé bien ce nouvel album de Sinister sonne rapide, sombre et super accrocheur comme nous l’aimons tant. Nous ne sommes pas un groupe qui a besoin d’étaler cinquante riffs dans une même chanson. Les riffs doivent servir les chansons et quand tu peux le faire avec moins, c’est alors encore plus accrocheur.

Personnellement, écoutes-tu et ne vis-tu que pour le Metal et le Death Metal 24 heures sur 24, ou bien tu es relativement ouvert d’esprit et essaies de déconnecter par moment afin d’écouter d’autres types de musique, voire même arrêter totalement d’écouter de la musique afin de créer mais aussi de penser à autre chose dans ta vie ?
Ha ha ha ! (rires) Je suis pareil que toi, tu sais Quatre-vingt-quinze pour cent de ce que j’écoute n’est que du Métal extrême. Le fait que ce soit une musique simple doit te donner une bonne impression et selon moi, il n’y a seulement que la musique brutale qui me procure ça. Après, que certaines personnes te qualifient alors d’ « esprits fermés » ou des trucs de ce genre, peu m’importe ! (rires) C’est peut-être finalement les moins ouverts, ah ah ! Je m’en fous.

Avant de conclure, parlons business. Sinister a sorti son premier album Cross The Styx en 1992 sur le célèbre et grand label Nuclear Blast. Vous êtes restés sur ce label pendant environ quatorze ans. Par la suite et jusqu’à présent, vous travaillez avec Massacre Rec. depuis 2008 et l’album The Silent Howling. Si tu devais comparer entre ces deux gros labels allemands en matière de collaboration durant toutes ces années passées avec chaque label, quel bilan pourrais-tu dresser et quelle période as-tu préféré quand regardes en arrière ?
Tu sais, une maison de disques est une entreprise donc c’est simple à résumer : quand vous faites du bon travail, vous pensez tout pour eux, vous faites tout pour eux, et puis quand vous faites moins bien, alors tu sais ce qui se passe… Cependant, je ne suis pas la bonne personne pour en parler parce que les sentiments personnels prendront le dessus et je ne veux pas dire de mal de personne. Nous sommes depuis de nombreuses années sur Massacre Records et nous sommes reconnaissants de pouvoir faire sortir notre musique par eux, y compris ce nouvel disque.

Enfin, malgré la situation actuelle, quels sont les projets de Sinister pour 2020/2021 ? Êtes-vous en mesure de partir en tournée et de jouer en direct en Europe et à travers le monde lorsque cette épidémie mondiale cessera ? Pouvons-nous espérer vous voir vivre en France prochainement ? Bien sûr, nous savons que c’est très difficile pour le milieu culturel en général et il est difficile d’avoir des projets actuellement pour les artistes. Nous ne manquerons pas de vous suivre sur internet pour votre actualité, mais quelle est ta vision des choses aujourd’hui ?
Tout à fait vrai. On ne sait pas encore combien de temps ce chaos va durer, mais comme toujours, nous aimons jouer autant que possible dans le monde entier et rencontrer partout nos fans. Et oui pour nous, la France ça serait génial de revenir jouer chez vous. Espérons donc que cela se produira dans un avenir proche.


SINISTER
Deformation Of The Holy Realm
Death Metal
Massacre Rec.
★★★☆☆

Injustement relégué comme second couteau derrière les leaders plus imposants du genre, Sinister garde sa foi intacte envers le Death Metal malgré les années à défaut d’évoluer. Les Hollandais débordent toujours autant d’énergie (la chanson-titre écrase tout sur son chemin, passée l’intro « The Funeral March ») jusqu’au-boutisme dans leur obsession lyrique contre la Sainte Église s’en donnant à cœur joie sur ce quatorzième péché d’une brutalité rare. S’ils ne délaissent pas totalement les petites touches de claviers ou samples ainsi que les trop rares passages à la guitare acoustique qui apportaient déjà une certaine ambiance sur Syncretism (« Apostles Of The Weak », « Scourged By Demons »), il en faudra bien plus encore à Sinister malheureusement pour espérer à l’avenir rassembler de nouveaux fidèles. [Seigneur Fred]

SINISTER
Une détermination sans faille (ou presque)

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