Pionnier du Death français, Supuration est en fait un monstre à deux têtes : Supuration d’un côté, le versant Metal du quatuor, et SUP (pour Spherical Unit Provided) de l’autre, avec un aspect beaucoup plus progressif et finalement plus prolifique que son frère aîné. Cependant, c’est en tant que Supuration que revient le combo de Valenciennes…

[Entretien avec Fabrice Loez (guitare), par Philippe Jawor]

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Vous avez dépassé les 25 ans de carrière et vous faites figure de pionniers de la scène Death en France ; quelles ont été, selon toi, les étapes marquantes du groupe ?

On se dirige tranquillement vers les 30 ans, même, comme on a débuté aux alentours de 1987 sous le nom d’Etsicroxe avant de devenir Supuration. Le tournant, ça a indéniablement été l’album The Cube, c’est ce qui nous a vraiment placés sur l’échiquier, et ça nous a permis de faire ce qu’on a toujours voulu faire : des albums avec une histoire, un vrai concept…

…ce que n’est pas Rêveries, puisque c’est un album de réenregistrements de vos premiers titres !

C’est ça : les quatre premiers titres de Rêveries sont en fait ceux de notre première démo, Official Rehersal, et les trois suivants sont ceux de Sultry Obsession, notre premier EP.

Pourquoi avoir choisi de réenregistrer ces titres, justement ?

Tout simplement parce que le son de l’époque était mauvais (rires) ! À l’époque, on avait enregistré un peu comme tout le monde : un magnéto cassette, et des réenregistrements successifs, qui forcément dégradent le son.

On commençait à répéter en vue d’un Bootleg #18, et on s’est rendus compte que ces morceaux, malgré leur âge, avaient plutôt bien vieilli ; je me souviens même l’avoir écrit sur Facebook à ce moment-là, tellement j’aimais ce que j’entendais.

On les avait déjà ressortis en 2001 sur Back from the crematory, une compilation sortie chez Xtreem Music, en Espagne, mais toujours sous leur format de démo et le son qui va avec ; il était temps de leur redonner un coup de jeune !

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Et puis il y a ces trois reprises : « Shattered », de Paradise Lost, « The Beast », de Twisted Sister, et « Among the Living », d’Anthrax ; leur choix a-t-il une motivation particulière ?

Bien sûr ! Chacun de ces morceaux correspond à une période de notre vie : Twisted Sister, ça a été notre premier contact avec le Hard Rock. Anthrax, ça correspond à un peu plus tard, la période à laquelle on faisait du skate et forcément on écoutait Among the Living à fond. Enfin, Paradise Lost, ça a été la claque : on aurait pu reprendre l’album Gothic en intégralité, tellement il est bon !

C’est pour ça qu’hormis de légères variations de ton et un chant – forcément – plus guttural que Dee Snider, il n’y a pas tant de différences avec les versions originales ?

Exactement : les versions originales sont assez efficaces comme ça, il n’y avait pas d’intérêt de trop les modifier !

Quel matériel avez-vous utilisé, dans ce cas, pour donner ce coup de jeune à ces titres ?

On a quand même fait ça à l’ancienne : nos micros avaient bien quinze ans, la table de mixage pareil, on a enregistré ça tout seuls… J’ai par exemple dû trigger la grosse caisse parce que j’avais fait un mauvais réglage (rires) ! Mais l’enregistrement n’a rien coûté, à part l’illustration.

Justement, parlons-en : vous avez fait appel au légendaire Dan Sea Grave

Comme l’enregistrement n’a finalement rien coûté au label, on a préféré mettre de l’argent dans l’illustration ; une belle image, vraiment à l’ancienne.

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Il n’y aurait pas un peu de nostalgie, dans tout ça ?

Non non, vraiment pas, on avait juste envie de remettre tout ça au goût du jour !

Ça passe aussi par la scène ?

Ça n’est pas prévu, non. Enfin, si on vient nous chercher on ira probablement jouer, mais ce n’est pas nous qui allons faire les démarches pour faire du live de Supuration.

J’ai l’impression que vous n’êtes pas plus motivés que ça par la scène… Si on fait un parallèle assez facile avec Loudblast, il semblerait que vous n’avez pas vraiment cette démarche de tourner, notamment à l’étranger, je me trompe ?

C’est pas ça, on a tourné à l’étranger aussi, mais c’est quelque chose qui coûte de l’argent. Nous venons du Nord, nos parents étaient mineurs, on garde en tête cette valeur de l’argent et on n’a pas envie de s’éparpiller ; maintenant on a tous une vie, familiale et professionnelle, et c’est surtout ça qu’on doit gérer. Quand on part pour un concert, on n’est pas forcément payés ; la seule chose que l’on demande, c’est que le camion et le trajet soient payés, mais surtout que nos techniciens le soient, sans eux il n’y a pas de concert.

Stéphane (Buriez, de Loudblast, qui a notamment aidé à produire l’EP Sultry Obsession, ndlr) nous en avait déjà parlé à l’époque mais on n’a pas vraiment eu cette éducation, et on n’était pas prêts à faire ce pari risqué ; Loudblast a osé, on ne peut que les respecter pour ça !

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Pour autant, on retrouvera S.U.P. sur la scène du Hellfest 2015

Tout à fait ! Supuration était à Clisson en 2014, et ils nous ont demandé de revenir cette année avec S.U.P., ce qu’on fera avec plaisir !

Si on compte un peu, vous avez été plus prolifiques en tant que S.U.P., d’ailleurs ; saurais-tu m’expliquer pourquoi ?

Le fait d’avoir deux groupes, avec deux noms différents, nous a permis de bien séparer les deux styles ; Death d’un côté, plus progressif de l’autre… S.U.P. nous permet de mieux retranscrire nos idées, nos inspirations. Comme je le disais, on avait surtout envie de faire des albums avec un concept, une histoire ; S.U.P. nous permet plus de faire ça.

Quelle est la suite alors, pour Supuration comme pour S.U.P. ?

Rêveries… vient de sortir, et en ce moment je bosse sur une adaptation BD autour de la trilogie The Cube/Incubation/CU3E. La moitié est déjà faite, mais honnêtement je ne sais pas quand ça sortira ; je ne pensais pas que c’était autant de boulot, de scénariser une BD (rires) !