Présents sur la scène néerlandaise depuis 1984 et actifs dans divers autres groupes de renom comme Asphyx ou autrefois Hail Of Bullets, les musiciens de Thanatos demeurent fidèles à leur Death/Thrash Metal malgré les années qui passent comme en témoigne leur septième péché capital : Violent Death Rituals (chroniqué tout en bas de cette page). [Entretien avec Stephan Gebédi (guitare/chant) par Seigneur Fred – Photo : DR]

La religion a toujours constitué l’un de vos sujets de prédilection sur vos disques parmi la mort ou la guerre, et votre nouvel album n’échappe pas à la règle à la vue de son artwork. As-tu noté une évolution du poids de la religion au cours de ces trois dernières décennies et personnellement, penses-tu avoir évolué dans tes opinions car des religions monothéistes comme le christianisme n’ont plus autant de poids dans nos sociétés que par le passé ? De nos jours, l’argent, l’économie, les médias régissent notre système même si avant c’était au nom d’un dieu…
Eh bien, je dirais que tu as en partie raison. Là où nous vivons dans l’ouest de la Hollande, l’influence du christianisme n’est plus aussi grande, mais la menace et l’influence de l’Islam deviennent de plus en plus importantes ici et pas seulement ici, je suppose. C’est pourquoi nous ne nous concentrons plus uniquement sur le christianisme. C’est trop facile sinon, autant donner un coup de pied à un cheval mort. On aborde également d’autres religions organisées. Mais attention, ne vous méprenez pas ! Je n’ai rien contre les gens qui croient en un dieu, c’est leur propre choix, mais la religion organisée est une maladie car elle vise à manipuler et à endoctriner les masses. Elles limitent la liberté d’expression et l’individualisme. Je pense cependant que la tendance actuelle du politiquement correct est une menace bien pire que la religion. Les gens sont offensés par tout, un mot, une blague, et ils essaient d’enfermer les autres simplement parce qu’ils ne sont pas d’accord avec leur point de vue. Si des gens essaient de faire taire les autres simplement parce qu’ils ne sont pas d’accord ou ne peuvent pas décider de leurs paroles, ce sont alors des  fascistes. Peu importe qu’ils soient de gauche, de droite, libéraux, croyants ou non, peu importe ce qu’ils pensent être. La liberté d’expression est sacrée ! Ah mince, mais c’est un mot religieux, ça, oups ! (rires)

A l’écoute de Violent Death Rituals, votre musique sonne éternelle, presque intemporelle et même temps toujours très contemporaine alors que vous jouez un Death/Thrash plutôt old school depuis 1984 !! Jamais vous n’avez suivi une quelconque mode au cours de votre carrière. Comment expliques-tu cette constance dans le son de Thanatos ?
Ouah… ! « Eternel, intemporel et très contemporain »… Ce sont de grands compliments, merci ! Mais oui, on est un groupe de la vieille école et en même temps nous faisons de notre mieux pour ne pas paraître « vieux », si tu vois ce que je veux dire… (rires) Il ne sert à rien d’essayer d’obtenir un son des années 80 ou quoi que ce soit pour moi car nous vivons en 2020 et non en 1985, mais bien sûr, nous sommes toujours inspirés par les groupes cultes qui nous ont influencés à l’origine comme Death, Possessed, Hellhammer/Celtic Frost, Venom, Slayer et Mercyful Fate. Nous entendons également de nouveaux groupes ici et là, et qu’on le veuille ou non, la nouvelle musique t’inspirera également lorsque tu l’écoutes. Comme tu dis, nous n’avons jamais suivi les tendances. On aime cette combinaison du Thrash et du Death metal, c’est ce que nous faisons depuis les premiers jours. Parfois, nous sonnons un peu plus Death Metal et parfois plus Thrash. Peut-être que certains puristes pourraient ne pas aimer ça, mais bon, nous aimons les deux styles. C’est ce que nous sommes, et c’est donc ce que vous obtenez. (rires)

Stephan Gebédi (guitare/chant) fidèle au poste au sein de Thanatos depuis 1984

Finalement, Thanatos, c’est un peu comme un arbre solide parmi les autres dans la forêt, ou un rocher dans une pleine autour duquel vous vous réunissez pour jouer de la musique entre vieux amis depuis une trentaine d’années car quoiqu’il arrive, Thanatos est toujours là, debout, comme un point de repère sur la scène néerlandaise du Métal extrême au fil des ans… C’est ce qui vous unit et réunit malgré vos divers projets et vies privées à côté ?
Haha, c’est une jolie comparaison, mais ça n’a pas toujours été un endroit amusant où se retrouver. Nous avons traversé plusieurs moments difficiles avec Thanatos, également après notre split lorsque l’on a recommencé en 1999. Mais oui, nous semblons être cet arbre solide dans la forêt que tu décris et qui a tant bien que mal survécu à de nombreuses tempêtes. Peut-être que certaines branches se cassent de temps à autre mais l’arbre ne s’est jamais cassé et revient plus fort après chaque tempête. Ça sonne poétique, non ? Je me surprends moi-même à te dire cela… (rires) Peut-être que j’aurais dû utiliser ça pour des paroles d’une nouvelle chanson ! (rires) Plus sérieusement, nous avons survécu à beaucoup de mauvais moments. Problèmes de label, changements de line-up et même si cela prend parfois un peu trop de temps, du fait de nos autres groupes et projets parallèles, nous parvenons toujours à chaque fois à nous retrouver pour produire de nouveaux albums. Et je crois que depuis 2000, nous sommes devenus plus forts à chaque nouveau disque.

Musicalement, il y a toujours eu des influences Thrash dans votre musique. C’est comme un mélange de Thrash et de Death Metal qui dynamise vos chansons. Que pensez-vous de l’arrêt des Américains de Slayer qui ont commencé approximativement à la même époque au début des années 1980 (1981 pour Slayer exactement ; et 1984 pour vous) bien que Kerry King a déclaré qu’ils continueront à enregistrer des albums studio ? Es-tu triste peut-être ?
En tant que vieux, j’apprécie évidemment le plus les anciens albums de Slayer. Hell Awaits reste mon préféré. Mais j’ai toujours aimé Slayer et j’aime aussi la plupart de leurs derniers albums. Je pense que Repentless était un album vraiment cool. Alors oui, je me considère comme un fan de Slayer. Et même si cela me rend triste de penser que je ne reverrai probablement jamais Slayer live, je pense qu’ils ont arrêté de tourner au bon moment. Je veux dire qu’ils étaient toujours pertinents et qu’ils étaient vraiment bons dernièrement lors de leur tournée d’adieu, donc ils vont vraiment manquer au public. Cependant il vaut mieux sortir avec fracas quand tu es encore bon que continuer indéfiniment et devenir une triste parodie de soi-même… J’aimerais voir Thanatos faire la même chose; ne pas continuer indéfiniment mais sortir sur une note assez élevée. Nous avons encore de bonnes années en nous, je pense, mais je ne le ferai pas quand j’aurai plus de 60 ans. À cet âge, je créerai probablement un groupe de Doom Metal, haha ! (rires)

THANATOS
Violent Death Rituals
Death/Thrash Metal
Listenable Rec.
★★★★☆

Véritable gardien du temple du Death/Thrash Metal batave depuis 1984 (malgré un split (1992-1999)), Thanatos n’a jamais cédé à la tentation des modes musicales ce qui est tout à son honneur ! Fidèle à ses racines (Death, Possessed, Hellhammer/Celtic Frost, Venom, Slayer…), il le demeure sur ce septième opus. Violent (forcément), dynamique, tout est taillé pour la scène où ça va défourailler sévère comme d’habitude avec les expérimentés Stephan Gebédi et Paul Baayens aux guitares. Un morceau comme « The Outer Darkness » aux méchantes influences Death/Black (Asphyx vs Immortal) nous surprend même encore. Ce Violent Death Rituals fait donc son petit effet, idéal pour patienter jusqu’au prochain Asphyx où l’on retrouvera de nouveau l’excellent Paul Baayens à la six cordes. [Seigneur Fred]