THE AMENTA
Revelator
Death Metal/Indus
Debemur Morti Prod.

Nous avions quelque peu perdu de vue The Amenta depuis leur précédente bombe Flesh Is Heir (Listenable Records) sortie en 2013, peut-être du fait de son éloignement géographique (le groupe est basé à Sydney) par rapport à notre Vieux Continent, ou bien tout simplement à cause d’un manque de visibilité sur la scène internationale (lié à son éloignement aussi), à moins que ce ne fusse liée à sa musique relativement froide et hostile à l’oreille du néophyte ou des réfractaires au mélange extrême du Death Metal avec l’Indus… Quoiqu’il en soit, le quintette australien refait surface sur nos radars et c’est tant mieux car nous étions circonspects sur son avenir après de telles expérimentations aussi intenses même si le potentiel était au rendez-vous dès ses premiers méfaits Occasus (2004) et nOn (2008). En fait, il a aussi fallu ces dernières années que ses membres digèrent eux-mêmes leur propre travail afin de repousser toujours plus loin leurs limites en matière de créativité artistique…

D’entrée, on retrouve sur ce Revelator l’habituelle brutalité du combo avec ses dissonances malsaines, ses sonorités martiales empruntées à la musique industrielle et les hurlements schizophrènes de son chanteur Cain Cressall totalement habité sur le titre « An Epoch Ellipsis », lui qui est arrivé en 2009 et a su apporter sa personnalité sur Flesh Is Heir. Mais très vite, sur le refrain, on note la présence de quelques chants clairs intéressants apportant un soupçon de mélodie dans ce monde de brutes tout droit en provenance du pays des kangourous. Si l’ensemble demeure très compact et aussi inhospitalier qu’un sprint dans un bush en plein après-midi, une certaine diversité bienvenue et des nuances de couleurs font donc leur apparition chez The Amenta. On sombre dans leur folie et est attiré dans une spirale de Métal extrême contemporain brassant Dark, Black/Death, Indus où tout est bien plus qu’un magma en furie composé uniquement de riffs dissonants sous fond de blast beats étouffants et de growls dérangeants… Non, The Amenta insuffle clairement depuis son troisième album une nouvelle énergie plus mélodieuse et presque progressive où le groove transpire parfois derrière la machine (l’excellent « Sere Money » quelque part entre Tronos, Killing Joke, et Godflesh). Le chant clair se fait plus présent aussi donc, mais attention, cela reste diablement heavy et intense ! Il faut s’accrocher.

Revelator s’inscrit donc dans la lignée logique de Flesh Is Heir, que ce soit au niveau du format des chansons mais aussi cette volonté de simplifier l’accessibilité (tout est relatif quand même) et les ambiances (l’excellent interlude « Silent Twin » à l’intro à la guitare acoustique donnant ce petit supplément d’âme) même si la musique de The Amenta pourra rester hermétique pour certaines âmes peu enclin à ses mélanges bruitistes. Sur le précédent effort, on pouvait déjà percevoir néanmoins cette tendance à travers des morceaux plus nuancés (« Obliterate’s Prayer ») ou faussement calmes mais tout aussi dark (« Ego Ergo Sum », « Cell »).

Le parfait exemple sur ce quatrième album serait alors la chanson intitulée « Parasight Lost » où sur les parties les plus orchestrées et intenses surgit une influence désormais prédominante : Strapping Young Lad (ou SYL pour les intimes) d’un certain Devin Townsend, qui d’ailleurs avait sorti un live culte bourré d’overdubs capté en Australie, No Sleep Till Bedtime (Century Media /1998). Qui sait, cet enregistrement live marqua peut-être le claviériste/sampler Timothy Pope « Chlordane » à qui nous n’avions alors pas pensé à poser la question en 2013 à l’époque de la promotion de Flesh Is Heir. Il y a toujours ce côté noisy, industriel et froid empruntés donc aux musiques industrielle et électroacoustique également version extrême qu’intégrait alors déjà Townsend, et le chant clair et passages plus lents éclaireront l’auditeur égaré lui permettant de respirer (« Twined Towers ») après des passages de folie purement Métal (ici majoritairement Death alors que SYL sonnait carrément Cyber Thrash par contre à l’époque) qui font donc indéniablement penser au génie canadien du temps où il pratiquait encore du Métal extrême… (« Psoriastasis »).

Vous l’aurez donc compris, The Amenta a évolué, et continuer sa mutation plus que jamais avec plus de finesse malgré la première impression que l’on pourrait avoir. Le quintette du Pacifique sud a mis un peu d’eau dans son vin australien et décidé de ménager plus ou moins nos sens sur ce très bon Revelator même si encore une fois l’ensemble demeure globalement furieux, intense, dérangeant, ne convenant pas aux âmes sensibles. Tout n’est donc pas que désolation, froideur, et barbarie sonore chez The Amenta. On perçoit comme une lumière au bout du tunnel. Et on presque rassurés en se disant qu’il y a bien un cœur (cf. artwork) qui bat chez nos musiciens australiens aux visages pourtant peu engageants. [Seigneur Fred]