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THE LURKING FEAR
Mortelles réjouissances

Ah, les artistes scandinaves ! S’ils ne sont pas des plus bavards parfois, qu’est-ce qu’ils sont productifs en musique ! Quand ils ne sont pas en train de préparer un nouvel album studio avec un groupe, ils sont généralement en tournée avec une de leurs nombreuses autres formations auxquelles ils appartiennent, ou alors remplacent au pied levé un de leurs camarades ailleurs, ou préparent encore un nouveau side project. Preuve en est aujourd’hui en cette fin d’année avec le guitariste suédois Jonas Stålhammar qui évolue, entre autres, à la fois dans les fameux vétérans du Death Metal mélodique At The Gates, auteurs d’un excellent dernier album The Nightmare of Being l’été dernier (album du mois dans notre n° 98 de METAL OBS) et aussi dans The Lurking Fear. Constitué au trois cinquième d’illustres membres d’At The Gates, ce super combo de potes, tous originaires de Göteborg, profite du contexte sanitaire et culturel pour continuer sa musique d’une manière ou d’une autre en livrant un second album qui envoie sérieusement du pâté : Death, Madness, Horror, Decay. Sur ce nouveau brûlot de Death Metal typiquement suédois, The Lurking Fear y exprime ainsi tout sa frustration de ne pas pouvoir partir en tournée… [Entretien avec Jonas Stålhammar (guitare, mellotron, orgue, chœurs) par Seigneur Fred – Photos : DR]

Comment ça va tout d’abord du côté de Göteborg en Suède ? C’est bientôt l’hiver par chez vous déjà car chez nous ça commence à cailler sérieusement déjà ?
Ça va, tout va bien, je te remercie. En fait, je vis à dix minutes environ de Göteborg. Et oui, chez nous il fait déjà froid aussi.

Dis-moi, quelle année exceptionnellement chargée pour toi et tes collègues d’At The Gates que l’on retrouve au sein aussi de The Lurking Fear, à savoir Tomas Lindberg (chant) et Adrian Erlandsson (batterie) !! Entre un nouvel et excellent album The Nightmare of Being avec At The Gates (album du mois dans METAL OBS dans notre n° 98 d’été 2021), et puis maintenant un second album The Lurking Fear, vous ne chômez pas en ces temps de crise !! (sourires)
En effet ! On s’occupe comme on peut… (rires)

D’ailleurs, tu n’étais pas présent lors d’une des soirées promotionnelles virtuelles à laquelle j’ai assistée pour la listening-session européenne du nouvel album d’At The Gates. C’était l’autre guitariste Martin Larsson, et votre chanteur Tomas Lindberg qui étaient là et répondaient aux questions de la presse. Mais qu’as-tu pensé de cette innovation technologique dans le cadre de la promotion d’albums à distance comme ça, avec les médias, et de manière interactive ? Avez-vous eu de bons retours dans l’ensemble ? Personnellement j’ai trouvé ça pas mal, mais moins vivant…
Oui, plutôt bons. Disons que c’est assez pratique et plutôt facile pour tout le monde, dans le contexte actuel.

Toute cette forte activité studio résulte-t’elle de la crise sanitaire et cette pandémie qui vous empêche de partir en tournée à travers le monde, ou bien ces différents enregistrements étaient-ils déjà plus ou moins planifiés dans votre planning de ces deux dernières années ? Cela fut-il bénéfique à votre créativité ?
L’an dernier (2020), il était prévu que nous tournions et fassions des shows, des festivals d’été, etc. en fait. Et on avait déjà planifié de réaliser ce nouvel album avec At The Gates. On a donc travaillé dessus comme convenu, et du coup on a eu beaucoup plus de temps que prévu du fait de l’annulation des concerts… Comme l’épidémie est arrivée, on s’est dit par la même occasion que l’on aurait le temps aussi de travailler sur un nouveau disque de The Lurking Fear. Alors on s’est dit : « faisons-le maintenant ! » car on était tous là, présents à la maison, et non à droite à gauche en tournée. C’était idéal. On a donc écrit ce nouvel album de The Lurking Fear quasiment en même temps que le processus de composition et d’écriture de The Nightmare of Being, l’album d’At The Gates. Une fois ce dernier fini, il nous restait à enregistrer chacun nos parties en studio, et peaufiner l’ensemble et les arrangements. Tout cela remonte maintenant à il y a un an et demi. Au final, on a tous écrit et composé beaucoup de nouvelles musiques, et on a été plutôt créatifs, ce qui n’est pas plus mal, même si c’est frustrant que tous ses concerts soient tous annulés un par un… Notre but, en tant que groupe, c’est avant tout de jouer live sur scène.

Y’a-t’il déjà des concerts de prévus pour The Lurking Fear pour 2022 ?
Pour l’année prochaine, on n’a qu’un seul show de booké pour The Lurking Fear actuellement, ce sera au printemps 2022. Mais avec At The Gates, on a davantage de concerts de programmés. Après on verra selon l’évolution de la situation, donc pour le moment, c’est un peu au jour le jour.

Mais The Lurking Fear est-il finalement un simple projet studio de plusieurs musiciens dont trois membres d’At The Gates ou bien un réel groupe live ?
Non, The Lurking Fear est bel et bien un groupe à part entière, né à partir de nos relations amicales. On est tous amis, et on veut jouer live, vraiment, mais disons qu’actuellement c’est compliqué étant donné les conditions sanitaires et administratives évoluent et ne le permettent pas partout pour le faire. Et il faut un line-up stable et un planning compatible et avec des créneaux communs à tous, or on a aussi pour certains un travail à côté. Tu sais, pour le précédent album, Out of the Voiceless Grave (Century Media, 2017), The Lurking Fear a pas mal joué. De mémoire, on a donné environ une quinzaine de concerts en Europe, ce qui est pas mal. Donc pour cette fois, on verra ce qui va se passer, on ne peut pas trop faire de prévisions, mais on voudrait bien partir plus en tournée avec The Lurking Fear, c’est clair.

Tu crois que ce serait possible une tournée commune At The Gates et The Lurking Fear, ce dernier ouvrant pour la tête d’affiche chaque soir ? Physiquement, tu en serais capable et ça te plairait ?
Ce n’est pas prévu mais dans l’absolu, on pourrait, je pense. Après, c’est surtout les conditions physiques à côté, le voyage, le déplacement, l’attente, bien se reposer, s’alimenter tout au long de la tournée, ou sur quelques dates, car pour le concert en lui-même, ce n’est pas crevant non plus, c’est fatiguant mais pas à ce point, sauf pour notre chanteur Tomas Lindberg, et Adrian Erlandsson, notre batteur, bien sûr. Pour eux, c’est beaucoup plus physique et éreintant.

Ces derniers mois, The Haunted (avec votre batteur commun Adrian Erlandsson et le bassiste d’At The Gates Jonas Björler) fait quelques petits concerts chaque weekend un peu partout en Suède. Son nouveau guitariste (enfin depuis 2013) Ola Englund, très communicant sur sa chaîne YouTube sur internet, filme ça d’ailleurs, live et backstage. C’est sympa. Vous pourriez faire ce genre de petites dates aussi avec The Lurking Fear ?
Oui, je vois ce que tu veux dire. Mais disons que c’est compliqué car Adrian Erlandsson vit en Grande-Bretagne, tu sais, même s’il ne fait plus partie de Paradise Lost. Donc quand il revient, on répète aussi pour les concerts à venir d’At The Gates même si on est fin prêt, mais pourquoi pas ce genre de petites tournées locales avec The Lurking Fear, à voir… Là on part justement en tournée suédoise pour At The Gates ces jours-ci…

Parle-moi de toi car tu es très productif comme musicien sur la scène Métal suédoise ! Tu as fait partie ou fais partie de nombreux groupes par chez toi : Bombs of Hades, God Macabre, The Lurking Fear, ex-Darkcreed, ex-Utumno, ex-Carnal Redemption, ex-Macabre End, Electric Hydra, Venus Principle, ex-The Crown, ex-Dead Awaken (live), ex-Abhoth, ex-Crippled Black Phoenix, ex-Morbid Salvation Army, ex-Purulence, ex-Space Probe Taurus, ex-The Colombos. Quel est ton background ? Et vis-tu de ta musique en tant que professionnel car tout le monde n’est pas Metallica et de nos jours, ce n’est pas si évident de gagner sa vie ainsi…
(rires) J’avais un job, oui, à côté, jusqu’à ce que je rejoigne At The Gates en 2017… À présent, même si je ne suis pas le plus à plaindre et m’en sors, j’ai dû reprendre un travail à côté, du fait de la pandémie actuelle et l’impossibilité de partir en tournée et jouer à des concerts. Ce n’est pas un problème, mais disons que ce n’est pas toujours super de rentrer à la maison après une tournée et de retourner à un autre travail… Sinon, pour ce qui est de mon parcours musical, je joue de la guitare et évolue sur la scène depuis les années 90 en fait. J’ai commencé avec divers groupes : au chant avec Utumno entre 1990 et 1993, et dans Macabre End, là en tant que guitariste soliste, en 1990-1991. C’est devenu plus sérieux à la fin des années 90 pour ma part. Pour The Lurking Fear, on a lancé le groupe en 2016 et c’est simplement parti d’une amitié. On voulait vraiment faire quelque chose ensemble. Notre bassiste, Andreas Axelsson (Tormented, ex-Infestead, ex-Marduk, ex-Edge of Sanity..) a écrit une partie des morceaux, j’en ai écrit aussi une partie. Sur ce second album, on a beaucoup écrit tous ensemble aussi.

Jonas Stålhammar (guitariste soliste de The Lurking Fear, At The Gates, Bombs of Hades…)

Et quel type de guitariste es-tu au juste ? Plutôt soliste ou rythmique ?
Pour mon instrument, j’assure la guitare lead généralement, et joue aussi les rythmiques.

Enfin, quel(s) équipement(s) as-tu l’habitude d’utiliser et avec quel accordage joues-tu en général ?
Sur le premier album de The Lurking Fear, Out of the Voiceless Grave, j’étais accordé en D (Ré) standard. Et là, sur le nouvel album, je joue en accordage de B (Si) standard. Sinon, en modèle de guitare, j’utilise des guitares Solar, que ce soit pour les soli ou les parties rythmiques. En fait, moi et Martin Larsson (At The Gates) possédons nos propres modèles de guitare Solar, ça sonne vraiment bien. On ne joue que là-dessus dans At The Gates. Mais j’aime plutôt les modèles traditionnels de type guitare Les Paul, Stratocaster, etc. (marques : ESP, Fender…) et en utilise donc d’autres pour The Lurking Fear et les Solar. Après, pour jouer autre chose, comme du Rock, ce n’est pas très adapté sinon les guitares Solar. Donc pour At The Gates et The Lurking Fear, c’est parfait.

Le modèle Strat’ de Fender, c’est pas vraiment adapté à jouer du Metal, en effet. D’ailleurs j’ai jamais compris pourquoi certains musiciens, comme Trevor Peres, jouent sur ce genre de guitare, certes très agréable, mais pas vraiment adapté au style Death Metal comme le pratique Obituary… ?!
Oui, le manche est confortable mais après tout dépend des micros aussi. Trevor Peres aime cette guitare, c’est un guitariste rythmique, idem pour l’ex-guitariste Larry LaLonde de Possessed (et actuel Primus) qui joue aussi sur Fender Stratocaster. De mon côté, je ne sais pas si je joue personnellement du Death Metal avec The Lurking Fear… (rires)

Pour sonner comme tu le fais sur ce nouvel album de The Lurking Fear, qu’est-ce qui est justement le plus important lors de l’enregistrement : l’accordage ? Les types de micros ? Le modèle de guitare ? L’ampli ? Les effets ??
Les micros, bien sûr, ont leur importance, mais après, qu’importe la guitare, etc. Je dirai en fait que ce qui prime par-dessus tout, c’est le guitariste justement !!! (rires)

Où avez-vous enregistré et qui a mixé le nouvel album Death, Madness, Horror, Decay ? Au Fredman Studio peut-être comme au bon vieux temps d’At The Gates durant les années 90 à Göteborg… ? (sourires)
Je n’ai jamais travaillé avec Frederik Nordström à vrai dire. Tu sais, j’ai jamais été trop fan, sincèrement, du son même si j’adore tous les classiques qui y ont été enregistrés. L’album a été enregistré aux Welfare Studios, à Göteborg en Suède, oui, alors que la batterie d’Adrian Erlandsson a été captée en Angleterre, aux Orgone Studios à Bedforshire. Le producteur et ingénieur du son qui s’est chargé de tout ça s’appelle Per Stålberg. Il a déjà travaillé avec nous sur le précédent album de The Lurking Fear, mais aussi récemment sur The Nightmare of Being d’At The Gates, le dernier Domkraft, Bombus, etc.

C’est étonnant que tu n’aimes pas le son du légendaire Fredman Studio qui a contribué populariser le son du Death Metal suédois de Göteborg comme avec At The Gates… C’est parce que tu trouves ça trop propre ou dépassé peut-être comme mode d’aller y enregistrer ?
Disons que je n’ai  jamais été fan plus que ça de ce son propre même s’il a enregistré de grands albums. J’aime quand c’est propre, pas la bouillie sonore, bien entendu, attention. Mais je m’en fiche un peu de tout ça, Per, et aussi Kalle Lilja qui a travaillé avec nous, ont fait du bon boulot et on a rebossé alors avec, tout simplement.

À propos du titre de ce second album : Death, Madness, Horror, Decay, quand j’ai lu le titre, je me suis dit que le programme n’allait guère être réjouissant. Déjà que le dernier album d’At The Gates n’était pas des plus joyeux même si plus introspectif et philosophique…
Avec The Lurking Fear, c’est sombre mais tout de même assez différent d’At The Gates. Ce n’est pas philosophique ou aussi métaphysique que peut l’être At The Gates justement sur son dernier opus. Bien sûr, au niveau des paroles, on retrouve Tomas (Lindberg) qui en est l’auteur. Il s’inspire par notre monde, notre société, et ce qu’il lit comme livres, regarde des films, etc. On est dans des thèmes plus classiques et communs au Death Metal avec The Lurking Fear : la mort, l’horreur, les récits fantastiques et surnaturels de H.P. Lovecraft… Mais ces paroles sont bien plus intelligentes et intelligibles qu’elles ne peuvent le sembler à première vue. À noter que ce n’est pas un album conceptuel même s’il y un fil conducteur d’une certaine façon.

Quelques mots sur l’artwork représentant justement une sorte d’éclipse ou de soleil sur la pochette de cet album. Je crois que c’est un Français d’ailleurs qu’il l’a réalisé ?
Tomas avait cette idée, ça reprenait un peu le trou noir dans l’espace, très sombre, que l’on voyait déjà sur la pochette de notre premier album. Il avait vu ça sur une pochette au départ d’un album du groupe britannique de Rock gothique Bauhaus. Il a proposé quelque chose comme à Stefan Thanneur, qui est un ami à lui. Hé oui, il est français ! Son travail est remarquable.

On retrouve cette même ambiance très sombre commune entre At The Gates, après je ne vais pas toujours comparer non plus tes deux groupes… Cela t’agace peut-être d’ailleurs qu’étant donné qu’il y a trois membres d’At The Gates, on ramène ou on compare souvent The Lurking Fear à ton autre groupe principal, At The Gates, ou bien tu n’en as que faire, sincèrement ? (sourires)
Cela est inévitable, tu sais, c’est naturel, disons, pour toi, les médias, comme pour nous. Cela ne me dérange donc pas, et on n’y pense pas constamment personnellement.

Mais comment fais-tu justement pour scinder les deux, séparer dans ton esprit les morceaux, les mélodies et riffs que tu dois composer, puis interpréter pour chacun des deux groupes ? T’arrive-t’il de te mélanger les pinceaux parfois quand tu joues à la guitare ?
Ouais, je vois ce que tu veux dire, mais non, le tout est de se souvenir, ce n’est pas un problème de séparer les deux groupes musicalement parlant. Là, on va partir en tournée suédoise avec At The Gates, donc par exemple faut que je répète les morceaux d’At The Gates, surtout du dernier album que j’ai un peu oublié depuis sa sortie cet été et son enregistrement l’an passé. Je vais retravailler les chansons que d’At The Gates, et ça va aller car c’est toujours là, quelque part dans ma tête.

Avant de conclure, peux-tu me dire quels sont tes quatre chansons préférées sur votre nouvel album ? Je sais que ce n’est jamais facile ce genre de choix… (rires) Personnellement, j’ai adoré le milieu de l’album, les sixième et septième morceaux (« Architects Of Madness » et « In A Thousand Horrors Crowned », ainsi que les deux derniers : « Restless Death » et « Leech Of The Aeons » avec son orgue mortuaire…
Ah oui, « In A Thousand Horros Crowned »… Hum… Je dirai pour ma part, en premier, « Architects of Madness » aussi ; « Funeral Abyss », « Kaleidoscopic Mutations », et « Leech of the Aeons ». Mais bon, tu sais, pour autant, j’aime toutes les chansons présentes sur ce nouvel album Death, Madness, Horror, Decay. (rires)

CHRONIQUE ALBUM

THE LURKING FEAR
Death, Madness, Horror, Decay
Death Metal
Century Media Records

Quelle productivité de la part de nos Suédois ! Coincés dans leur pays à cause de cette satanée pandémie et à défaut de pouvoir jouer live aux quatre coins de la planète, les trois membres d’At The Gates que sont Tomas Lindberg (chant), Jonas Stålhammar (guitare), et Adrian Erlandsson (batterie) n’ont pas perdu de temps finalement ces deux dernières années. Après nous avoir livrés le chef d’œuvre The Nightmare of Being l’été dernier avec At The Gates (Album du mois dans Metal Obs #98), voilà que débarque sur un plateau en or le second brûlot de The Lurking Fear. Attention, nos trois gaillards ne sont pas seuls car l’on retrouve également à la basse l’ex-chanteur de Marduk, Andreas Axelsson (Tormented, Skitsystem, ex-Infestdead, ex-Edge of Sanity…), et un certain Fredrik Wallenberg (également membre de Skitsystem, autre projet de l’hyperactif Tomas Lindberg…) à la seconde guitare. Si l’on a tendance à vite comparer naturellement The Lurking Fear à At The Gates dès que l’on entend la voix commune de Tomas Lindberg, il faut essayer d’aller plus loin sans pour autant trop intellectualiser le propos de ce second album au titre qui n’invite pas à la joie. Plus sauvage et immédiat, moins et introspectif et philosophique que The Nightmare of Being, le Death Metal de Death, Madness, Horror, Decay renvoie en fait plutôt du côté du son de Stockholm que de Göteborg. Produits par le même ingénieur son Per Stålberg dans le même studio que le dernier At The Gates et que le premier album de The Lurking Fear, Out of the Voiceless Grave (Century Media/2017), les douze salves successives sont intenses, immédiates, très heavy (« Funeral Abyss »), avec ce grain de guitare typique des Entombed, Dismember, etc.,  voire carrément Bloodbath, surtout avec l’ambiance mortifère qui l’accompagne. C’est pesant, violent, mais Jonas Stålhammar sait distiller de bons soli de guitare sur sa Solar au moment opportun, avec groove et finesse (« Architects of Madness », la chanson-titre pesante à la limite du Black/Death suédois). La présence de Andreas Axelsson dans la composition n’est pas innocente non plus, son influence se ressentant à chaque instant, lui qui est amateur et acteur sur la scène extrême depuis plus trente ans (Marduk, Edge of Sanity, etc.). La partie finale avec ses nappes d’orgue funéraire interprétées par Jonas Stålhammar surprend (« Leech Of The Aeons »), et conclut des hostilités décidément mortelles. Si vous aviez trouvé The Nightmare of Being d’At The Gates un poil trop raffiné et intellectuel, alors vos instincts les plus bestiaux seront réveillés à l’écoute de cet excellent Death, Madness, Horror, Decay qui se révèle un peu plus à chaque fois (un solo de guitare lumineux par ci, un riff tronçonneuse par là…).Bon, maintenant que l’on a eu droit cette année 2021 à un nouvel album d’At The Gates, puis celui-ci de The Lurking Fear, croisons les doigts pour qu’un nouveau Disfear nous arrive aussi entre les oreilles prochainement. Rendez-vous pour ça en 2022 ! [Seigneur Fred]