THE OCEAN
Phanerozoic II: Mesozoic | Cenozoic
Post-Hardcore/Metal progressif
Metal Blade Rec.

Voici la suite naturelle et l’épilogue du cycle musical géologique de The Ocean entamé sur l’album Precambrian en 2007 pour lequel le collectif allemand tourna d’ailleurs en Europe (à l’époque pas si lointaine où il y avait encore des concerts vivants… 🙁 ) afin de célébrer le dixième anniversaire du dit album, enfin pour la France ce fut plutôt le onzième anniversaire pour être exact lors de son passage unique à Rambouillet en mai 2018 pour un superbe show où nous assistâmes à l’interprétation intégrale du double pavé Precambrian. Quel merveilleux souvenir mais aussi quel scoop alors car le guitariste et maître d’œuvre Robin Staps accompagné du chanteur suisse francophone Loïc Rosseti nous parlèrent alors des deux albums Phanerozoic à venir ! Ceux-ci avaient en effet pour objectif de clôturer successivement tout un cycle : tout d’abord Phanerozoic I : Palaeozoic paru en nov. 2018, et le petit dernier et pas des moindres sorti cet automne : Phanerozoic II: Mesozoic | Cenozoic.

The Ocean (de gauche à droite : Loïc Rossetti (chant) et Robin Staps (guitare)).
Photo backstage 2018 à L’Usine à Chapeaux (Rambouillet/78) par Seigneur Fred.

S’inscrivant dans la parfaite continuité de son prédécesseur qui s’achevait par le morceau plutôt énervé « Permian The Great Dying », ce neuvième opus (si l’on exclut la version instrumentale de Phanerozoic I sortie entre-temps) s’annonce toujours aussi ambitieux de la part des Berlinois. Phanerozoic II démarre de manière on ne peut plus progressive par l’ère du Mésozoïque avec la chanson « Triassic ». Quelques notes simples jouées à la guitare claire, vite suivies par la batterie presque jazzy et prog’ de Paul Seidel inspirée par le grandiose Danny Carey. On croirait en effet entendre un extrait du dernier album de Tool, c’est dire le haut niveau de The Ocean désormais atteint ici et ce, grâce à la fluidité des compositions, et de son accessible technicité car la musique du combo allemand, si elle s’avère extrêmement riche par ses arrangements et divers invités, demeure assez simple. Attention pas simplette, mais simple, fluide, accessible, habilement construite sans une surenchère d’effets techniques parfois inutiles dans le Métal progressif, le tout au service de l’émotion. L’aspect binaire qui caractérise si souvent les chansons du combo allemand sur les albums tels que Heliocentric ou Anthropocentric ou encore le plus synthétique Pelagial (qui lui explorait les fonds marins), qui certes, tous sortaient du cycle d’exploration géologique démarré sur Precambrian, semble ici s’effacer et se dissoudre à travers des morceaux tout bonnement captivant de long en large, et non plus simplement sur sa partie de chant clair ou sa partie saturée que l’on attend indéfiniment pour headbanguer et faire un slam sur scène. Chaque titre possède son atmosphère, son époque comme par exemple le passionnant « Jurassic | Cretaceous » featuring Jonas Renkse (Katatonia, Bloodbath, ex-October Tide) dont la voix claire se meut avec grâce dans la fusion Post-Hardcore/Metal. Les claviers qui accompagnent le chanteur suédois et divers arrangements de cuivres sont tout bonnement divins et d’une fluidité encore une fois monstrueuse, rythmés par les habituels parties plus énervées de Loïc Rossetti dont les progrès ont été croissants au cours de cette dernière décennie du fait de son travail acharné. Ce second morceau totalement réussi et sublimé par ce duo en pleine symbiose se termine comme sur un air entêtant de Tool, avant que les guitares massives et une rythmique pachydermique donnent le point final à cette chanson phare de l’album.

Sur le frontal « Palaeocene », l’ambiance est nettement plus guerrière avec une rage Hardcore où l’on retrouve étonnamment un des anciens chanteurs Tomas Hallbom Liljedahle (également ex-Breach) à la voix proche de celle de Jamey Jasta (dont le nouvel album sort avec Hatebreed ces temps-ci). On se souvient alors que The Ocean était à l’origine un collectif où gravitait de nombreux artistes du côté de Berlin. Plus loin, en fin de disque, le violoncelle de Dalai Theofilopoulou sera familier à l’oreille des fans ce qui permet de revoir là aussi un visage que l’on a l’habitude de voir et surtout d’entendre chez The Ocean, notamment sur scène lors de l’anniversaire de Precambrian évoqué en préambule à cette chronique. A présent, nous pourrions décrire les nombreux et divers passages des autres morceaux que contient Phanerozoic II: Mesozoic | Cenozoic, tous plus passionnants les uns que les autres (encore du Tool sur le mélodieux  » Eocene » avec son jeu de percussions qui maintient l’attention ; l’interlude instrumental « Oligocene » flirtant avec Cult Of Luna ; le lancinant « Miocene / Pliocene » avec ses claviers presque arabisants et son magnifique refrain où encore une fois Loïc Rossetti impressionne sur ses parties de chant clair ; l’alarme jouée au clavier et sa rythmique assez martiale sur « Pleistocene » qui monte crescendo avec un final limite Black Metal signé encore une fois Loïc Rossetti sur un agencement d’instruments (piano, violoncelle et des guitares électriques) savamment mixé et dosé où l’on perçoit même un léger chant féminin façon Cœur de Pirate heureusement discret ; etc.) jusqu’au troublant et introspectif « Holocene » (= la deuxième et dernière époque de la période Quaternaire, et l’un de ses nombreux âges interglaciaires avant ce que certains scientifiques qualifient d’Anthropocène). Cet ultime morceau assez froid conclut paradoxalement de façon groovy et futuriste ce nouveau chef d’œuvre de Post-Metal/Hardcore progressif machin chose (choisissez l’étiquette qui vous sied) comme pour mieux nous rappeler la théorie de l’évolution et le déclin de l’humanité dans la froideur de notre monde urbain moderne d’aujourd’hui… Bien moins chaotique et mieux maîtrisé que Precambrian qui en imposait déjà en 2007 mais non exempt de défauts notamment dans sa trame conceptuelle et ses arrangements, Phanerozoic II frôle la perfection en 2020. Franchement, chapeau bas à Robin et toute sa bande pour ce travail de Titan accompli soigneusement ici par The Ocean ! [Seigneur Fred]