Plutôt discret ces dernières années par rapport à son camarade Ihsahn d’Emperor à l’inspiration débordante, Samoth, lui, continue d’expérimenter à son rythme en studio avec le chanteur Cosmo (Mindgrinder, ex-Scum, ex-Windir) pour son groupe The Wretched End après avoir définitivement enterré Zyklon début 2010 (ce qui eut le mérite au moins de clore la polémique autour du nom). À l’occasion de la sortie du troisième album intitulé In These Woods, From These Mountains qui renoue d’une certaine manière (et toute proportion gardée) avec les influences Black Metal de l’ex-Emperor, nous avons tenté d’en savoir davantage sur les raisons de cette relative discrétion scénique du duo norvégien et sur la genèse de ce nouveau disque. Et si le guitariste est généralement affable en matière de riffs, quand il s’agit de lui tirer les vers du nez et l’interroger également sur un hypothétique album studio d’Emperor, il l’est alors beaucoup moins…

[Entretien avec Tomas Thormodsæter « Samoth » Haugen (guitares)
par Seigneur Fred – Photo : Sebastian Ludvigsen]

THE WRETCHED END photo#2 Sebastian Ludvigsen

J’ai l’impression que The Wretched End ne s’est pas beaucoup produit sur scène et n’a pas joué live pour défendre le précédent album Inroads paru en 2012… Pourquoi ?
Tes observations sont tout à fait correctes. Nous n’avons pas fait de concert en soutien des albums Inroads et Ominous (notre premier album)…

Alors doit-on considérer The Wretched End comme un simple side-project studio ou bien est-ce un véritable groupe et envisagez-vous de tourner ensemble, toi, Cosmo (guitares, basse/chant) et Nils « Dominator » Fjellström (batterie) ?
The Wretched End a toujours été une alliance en studio entre Cosmo et moi-même. Notre principale préoccupation a toujours été le processus de travail et d’enregistrement en studio et de prendre du plaisir dans le processus créatif. Pour nous, The Wretched End n’a jamais été ressenti comme un side-project. C’est quelque chose que nous prenons au sérieux et dans lequel nous mettons notre énergie, notre cœur et notre âme. L’aspect divertissant en tant que groupe live n’a pas été dans nos préoccupations jusque-là, et ce pour diverses raisons, et on verra ce que l’avenir nous apportera, je ne peux pas dire pour le moment.

Honnêtement, pourquoi avoir stoppé Zyklon en 2010, deux ans seulement après le lancement de The Wretched End en 2008 ? Tu ne voulais pas ou ne pouvais pas continuer avec Zyklon en fait ou bien est-ce lié à des problèmes de droits ou de label pour t’être concentré sur The Wretched End ?
Hé bien, en fait, Zyklon a donné son dernier concert au Japon en 2007 et déjà à ce moment-là, ce fut assez clair pour moi que le groupe touchait à sa fin. Zyklon était devenu une sorte de groupe disparate avec tous les membres qui vivaient dans des lieux différents et à la fin, l’essentiel était de garder simplement le groupe en vie afin de tourner à travers les quatre coins du monde. L’aspect créatif, le fait de travailler davantage les compositions en studio et d’enregistrer de la musique tout simplement dans un cadre plus structuré et réjouissant me manquait. Et puis entre temps, je suis devenu père une seconde fois en 2008, ce qui a également influencé ma décision dans ce sens, je pense.

Maintenant, peux-tu nous parler du nouvel album ? Quelle est l’idée qui se cache derrière ce titre et le superbe artwork de ce troisième album In These Woods, From These Mountains ? Est-ce en relation avec tes racines musicales norvégiennes et les paysages de chez toi dans le nord de l’Europe ?
Ce qu’il signifie exactement ? Cela en revient vraiment à l’auditeur, et comment la personne en tant qu’individu aborde l’art et les paroles. J’ai mes propres sentiments à ce sujet, et il y a forcément une grande connexion à la nature et à mes racines du passé. Je suis très influencé par ce qui m’entoure à la base. J’aime cette atmosphère de désolation, la nature sauvage, ce côté étrange et mystérieux. Il y a d’ailleurs aussi une ambiance sombre et dystopique dans notre concept.

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Oui, et il semble que non seulement ton environnement géographique et naturel t’ait inspiré, mais aussi dans l’ambiance générale de l’album, sombre et dissonante, avec le retour de tes influences musicales Black Metal…
Oui, il y a assurément un côté sombre sur cet album. Je pense que c’était déjà présent dans nos précédents albums, mais la façon dont on a produit et créé ce nouveau disque a rajouté en fin de compte une plus grande part de spontanéité et quelque chose d’organique et de plus sombre dans ses fondations. Je le considère encore comme un album de Métal extrême étant donné la diversité de nos influences, mais tu as raison, il y a davantage de réminiscences Black Metal présentes cette fois-ci.

Et comment as-tu l’habitude de travailler pour The Wretched End lorsque tu prépares et composes un nouvel album justement ? Composes-tu toute la musique tout seul et Cosmo écrit ses textes de son côté ?
Non, en fait, j’ai écrit toutes les paroles pour ce nouvel album. Musicalement, nous sommes tous deux très impliqués dans le processus de composition et y ajoutons ce que l’on veut exprimer tous les deux.

THE WRETCHED END photo#3 Sebastian Ludvigsen

À la batterie, Nils Fjellström alias « Dominator » de Dark Funeral accomplit une nouvelle fois un travail fantastique ! Il est très technique et puissant dans ses parties. A-t-il participé de près ou de loin à la conception des nouvelles chansons ou bien il était trop occupé par son groupe principal Dark Funeral ?
Oui, Nils est un batteur incroyable, ça c’est sûr ! Comme pour chacun de nos albums, nous lui avons fourni une pré-production (maquette) avec nos idées sur la manière dont nous voulions les parties de batterie. Il a donc joué principalement en se basant là-dessus. Bien sûr, il a ajouté sa propre touche sur les nouvelles chansons. Sur le nouvel album In These Woods, From These Mountains, on a enregistré la batterie d’une manière beaucoup plus basique en fait, pas en ayant recours au click avec une batterie triggée ou en faisant trop de peaufinages, mais en conservant davantage un son brut qui se fond parfaitement avec le travail de Nils. Ce mec n’a pas besoin de tout un tas d’artifice de merde pour accomplir une grande performance de son instrument de toute façon ! (rires)

A présent, peux-tu me parler des divers invités figurant sur In These Woods, From These Mountains et pourquoi les avoir choisis eux ? (Attila Csihar (Mayhem) au chant, Einar Solberg (Leprous) aux chants clairs, LRZ aux claviers/samples)
J’ai toujours été en contact avec Attila depuis des années, notamment depuis que j’ai sorti l’album Anno Domini de Tormentor sur mon label Nocturnal Art Productions dans le milieu des années 90, et j’ai toujours trouvé qu’il s’agissait d’un chanteur particulièrement intéressant. J’ai alors pensé que ce serait cool de l’inviter finalement afin de prendre part sur l’un de mes projets actuels. Et je trouve que le résultat s’avère très bon. Pour Einar du groupe Leprous, je le connais forcément car il fait partie d’Emperor depuis notre reformation scénique depuis quelques années déjà, et c’est un chanteur tout bonnement impressionnant. Il était la rencontre parfaite sur notre chanson épique « Dewy Fields » qui clôture l’album. Quant à LRZ, je le connais là aussi, car il fait partie du groupe norvégien Red Harvest. Il s’agit d’un autre groupe de l’époque de mon label à ses débuts et je les aime beaucoup. Il a apporté de grandes choses sur la programmation de l’album pour les passages industriels.

Justement, certaines parties de claviers atmosphériques plus expérimentales m’ont fait penser à Arcturus, les derniers Enslaved ou bien Borknagar, surtout lorsqu’ils sont renforcés par des parties de chants clairs comme sur « Old Norwegian Soul », « Dewy Fields » dont on parlait tout à l’heure, etc. Vas-tu continuer à explorer davantage cette voie sombre que l’on pourrait presque qualifier de progressive à l’avenir ?
Oui, je pense que nous le ferons. Chaque nouvel album que nous avons fait comporte de nouvelles expérimentations différentes notamment au niveau vocal, et avec ce nouvel et troisième album, nous l’avons amené à un autre niveau, je crois. Je nous vois bien faire davantage de choses dans cette veine dans le futur. Cosmo (guitare/chant) a vraiment accompli un tel travail sur ce nouvel album. Il est là pour ça et a réussi à rendre la chose crue et bel et bien vivante.

Possèdes-tu toujours ton label Nocturnal Art Productions et continues-tu de produire des groupes norvégiens tels que Limbonic Art ?
Non, Nocturnal Art n’est plus un label fonctionnel comme avec lequel je signais de nouveaux groupes dans le passé. Néanmoins, je manage toujours le catalogue d’autrefois du groupe Limbonic Art. Ils sont d’ailleurs en train de travailler sur un nouveau disque, il en est question en ce moment. Il sortira sur le label Candlelight Records.

Et quel regard portes-tu sur la scène Black Metal norvégienne, et plus généralement scandinave, de nos jours ? Gardes-tu toujours un œil sur les nouveaux groupes et talents issus de ta région de Notodden, ou bien d’Oslo ou encore Bergen ?
Hum, je dois dire que je ne prête plus vraiment autant attention à la scène locale comme j’avais l’habitude de le faire dans le passé à nos débuts… Et je ne suis pas spécialement tous les nouveaux artistes qui en émergent. En fait, je ne fais plus vraiment partie de la scène active locale ni même d’un point de vue social, je fais simplement mon propre truc la plupart du temps de mon côté, voilà tout.

Peut-on espérer un jour voir la publication d’un nouvel album studio de Scum ? Est-ce toujours un side-project d’actualité ?
Scum fut un side-project unique en 2005 (NDLR : l’album Gospels For The Sick / DogJob Records), et je ne nous vois pas revenir en arrière et faire un nouvel album. Ce fut certes une chouette expérience, plutôt cool, mais ce n’était pas du tout le début d’un nouveau groupe.

Si on revient à The Wretched End, une tournée du groupe est-elle envisageable ? Allez-vous promouvoir comme il se doit cette fois sur scène ce troisième album et rencontrer vos fans ?
Comme je le disais tout à l’heure, il n’y a aucun projet de tournée pour The Wretched End.

Enfin, ayant interviewé ton camarade Ihsahn il y a quelques semaines pour son nouvel album solo, je me dois de te poser aussi la question que tout le monde se pose et qui brûle les lèvres de tous les fans d’Emperor : peut-on espérer un jour un nouvel album studio d’Emperor suite à la récente reformation scénique du groupe ? Ihsahn m’a dit de son côté non pour le moment… Quel est ton avis là-dessus et voudrais-tu travailler sur un nouvel album ou bien c’est définitivement hors de question ?
Oui, en effet, beaucoup de gens me demandent cela régulièrement et la réponse est toujours la même de la part d’Ihsahn et moi-même. Nous ne voyons pas cela arriver, nous remettre ensemble et enregistrer un nouvel album studio… Je crois que cela serait difficile de ressusciter l’esprit d’Emperor, et je pense peut-être que ça serait davantage ressenti comme un compromis forcé plutôt que quelque chose d’entier et vrai. Forcément, Emperor signifie tant à la fois pour nous deux mais aussi pour les fans, mais c’est aussi devenu une sorte d’entité à part entière depuis son arrêt et, hormis durant la récente reformation, nous avons tous été très occupés par nos activités et sommes davantage concentrés à présent de manière individuelle sur nos différentes expressions musicales aujourd’hui.