Après avoir fait connaissance il y a deux ans avec les Allemands de Thron pour leur second et délicieux péché Abysmal, nos voisins Black-Metalleux d’outre-Rhin récidivent avec un excellent nouvel opus baptisé Pilgrim. C’est donc avec plaisir que l’on a retrouvé l’un de ses guitaristes qui nous en a dit plus sur sa conception en Forêt-Noire, ses influences musicales, et sa thématique après avoir fait un point sur leur précédent album. [Entretien avec PVIII (guitare) par Seigneur Fred – Photos : DR]

Comment considères-tu aujourd’hui votre précédent album Abysmal ? L’aimes-tu toujours autant deux ans après sa sortie ? Ce fut un grand pas pour Thron sur la scène Black Metal internationale, non ?
J’aime toujours Abysmal, et oui il constitue un album important pour nous qui a permis d’ouvrir beaucoup de portes. Il contient des chansons fortes que j’adore toujours live. Avec le recul, tu as plus ou moins envie de changer des choses ici ou là, bien sûr, j’aurai par exemple fait une production sonore moins claire et plus sauvage par endroit. Les critiques d’Abysmal furent géniales en fait, même pour certains pures fans de Black Metal underground, trop mêmes selon eux probablement, je pense… (rires)

Abysmal présentait un artwork inspiré du tableau de « L’origine du Monde » contenant divers symboles féminins et religieux que tu nous avais alors expliqués. Avez-vous rencontré des problèmes de censure ou des critiques virulentes de la part de mouvements religieux conservateurs ou féministes par exemple ?
Non, nous n’avons rencontré aucun problème, en fait. Mais ce qui est intéressant, l’œuvre ici de l’artiste argentin Santiago Caruso a été mentionnée très souvent, plus que je ne m’y attendais, et la plupart des gens l’ont vraiment aimé et étaient très ouverts à ce sujet. Honnêtement, on n’a jamais choisi cet artwork par provocation mais juste parce que l’on aimait sa signification et son savoir-faire. Ce n’est qu’après la sortie de l’album qu’il m’est venu à l’esprit que cela aurait pu provoquer de vives réactions, et finalement non.

Spontanément, j’ai trouvé votre nouvel album Pilgrim plus brutal et agressif, surtout dans les cris menaçants de Samca et tes riffs de guitare. Paradoxalement, je le trouve aussi très mélodique avec des influences Heavy Metal typées années 80. Qu’en penses-tu ?
Ta description résume assez bien comment je le décrirais. Je voulais créer un plus large éventail de sentiments, d’atmosphères et de dynamiques sur cet album. Il devrait être plus sombre, plus brut et plus brutal, mais d’un autre côté aussi plus fragile, mélancolique, calme. Quand Abysmal est sorti, j’avais déjà trois chansons de prêtes pour Pilgrim. J’étais dans un mode d’écriture constant ces dernières années, et au moment même où nous parlons, je suis déjà sur le point de terminer trois chansons pour notre quatrième album ! (sourires) Comme tu l’as évoqué, les influences Métal des années 80 comme le Classic Heavy Metal est dans mon ADN. C’est comme ça que j’ai appris à jouer de la guitare d’ailleurs, en 1989, quand j’essayais d’apprendre des chansons de Slayer, Metallica, Mercyful Fate, Iron Maiden ou Judas Priest, que je jouais alors avec mon premier groupe. J’écoute toutes sortes de musique et suis capable de jouer de nombreux styles. Mais ces premières années vous façonnent !

Après un long silence, plusieurs illustres formations de la scène Black/Death Metal mélodique suédoise ont fait leur retour en 2020 avec de nouveaux albums comme ceux de Naglfar, Necrophobic, Mörk Gryning, Trident (avec d’anciens membres de Lord Belial et Death) mais aussi annoncé leur reformation comme Unanimated ou Sacramentum… Est-ce que tous ces groupes célèbres ont pu t’influencer sur Pilgrim car Thron sonne finalement ici très suédois pour un groupe allemand ?
Oui, tu as raison, il y a eu beaucoup d’importantes nouvelles sorties des groupes mentionnés, mais je ne verrais pas cela comme une nouvelle vague ou un nouveau battage médiatique de ce style classique de Black Metal mélodique. Cette musique n’est plus très populaire comme elle l’était il y a vingt-cinq ans. Mais c’est génial qu’un groupe comme Mörk Gryning revienne avec un album aussi fort, et vraiment cool aussi pour Necrophobic qui semble donner le meilleur avec ces deux derniers albums. J’ai grandi avec ce genre de musique et à l’âge de vingt-ans ans, quand Storm Of the Light’s Bane de Dissection est sorti, ce dernier a eu un énorme impact sur moi à l’époque. Tu peux l’entendre clairement dans mon groupe. Mais pour autant Thron n’est pas censé être juste un clone de Dissection, nous avons beaucoup plus à offrir, ce qui est clairement audible sur Pilgrim qui est influencé par ces groupes, mais se tient debout sans cela. En passant, j’espère toujours des retrouvailles aussi de Dawn, Sacramentum et Vinterland, et le tout avec de nouveaux albums fantastiques qui rivaliseront avec leurs propres classiques. (sourires)

Avez-vous écouté l’un de ces nouveaux albums de ces artistes mentionnés ci-dessus ou préférez-vous vous concentrer uniquement sur vos nouveautés pendant la composition et faire votre propre musique sans trop d’influences extérieures ?
Pendant les sessions d’écriture, j’essaie de ne pas écouter de Métal, ni d’écouter aucune autre musique, à part les choses que j’aime vraiment. Emma Ruth Rundle, Pink Floyd, King Crimson, Radiohead… pour n’en citer que quelques-uns. Mais j’aime beaucoup ce nouvel album de Necrophobic, Dawn Of The Damned, qui est sorti après la fin de Pilgrim cependant. (sourires)

Au fait, pourquoi ce choix du nom Pilgrim pour ce nouvel album ? De quoi s’agit-il ? Est-ce une nouvelle référence aux religions monothéistes et à leurs fidèles qui sont des voyageurs lorsqu’ils partent en pèlerinage ?
Le pèlerin dans l’album est un homme de foi (peu importe la foi, en fait) partant en voyage, c’est-à-dire en pèlerinage qui se transforme alors en cauchemar personnel. Il est confronté à ses démons intérieurs et fait face à des visions. Il commet des crimes terribles et devient fou car il ne peut plus distinguer la réalité de la fiction. C’est une référence aux religions, oui, mais aussi une référence à la nature humaine.

Te considères-tu comme un pèlerin satanique personnellement ? (rires)
Absolument pas. (sourires) Je ne suis pas sataniste, ni membre d’aucune secte institutionnalisée. L’origine du mot « pilgrim » étant « étranger », parfois j’ai tendance à me sentir comme tel quand je regarde notre monde.

CHRONIQUE ALBUM

THRON
Pilgrim
Black Metal
Listenable Rec.

Alors que l’année 2020 fut marquée musicalement par le retour (annoncé ou réel) de diverses formations élogieuses de la scène Black/Death Metal mélodique suédoise (Necrophobic, Mörk Gryning, Sacramentum…), Thron poursuit quant à lui son bonhomme de chemin en se dévoilant totalement ici (exit les capuches) tout en rendant encore hommage à ses pairs (Dissection en tête). Plus contrasté intrinsèquement grâce à des breaks inspirés et des ambiances sombres plus mélodieuses et personnelles (« The Prophet », « Into Disarray »), ce troisième méfait des Teutons a été savamment élaboré en Forêt-Noire aux Iguana Studios par Christoph Brandes. Si Abysmal avait déjà placé la barre très haut en 2018, Pilgrim affirme véritablement Thron sur la scène Black Metal européenne. [Seigneur Fred]