Monté il y a à peine un an, le groupe éponyme de Mathias Wakrat ne saura sans doute tarder à faire ses premières vagues au sein de la presse européenne. Actuellement en plein milieu de leur tournée avec les Prophets of Rage, le groupe aux deux-tiers originaires de nos contrées françaises comporte un membre commun avec le supergroupe, à savoir leur bassiste Tim Commerford (Rage Against the Machine, Audioslave) qui loue par la même occasion ses talents en tant que chanteur et parolier pour le groupe. Détrompez-vous cependant quant à l’identité de ce jeune projet, car il serait mal à propos de s’attendre à une simple copie de Rage Against the Machine. Entre ses rythmes mécaniques et ses compositions criblées de rythmiques asymétriques issues de la formation Jazz de Mathias, l’identité du son singulier de Wakrat évoque tant l’esprit énervé et dynamique du métal alternatif engagé que le caractère carré et maîtrisé du Math Rock. Je me suis entretenu avec le cerveau du projet, à savoir Mathias Wakrat, pour en savoir plus sur le projet ainsi que la sortie de leur premier album en date.

[Entretien avec Mathias Wakrat (Batterie), par Robin Ono]

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Pour commencer, peux-tu nous parler un peu de ton parcours musical jusqu’à la formation de Wakrat ?
J’ai démarré dans la musique sur les coups de 10-11 ans, je ne sais plus pourquoi la batterie. J’ai étudié dans des écoles de batterie en France et j’ai bougé aux Etats-Unis sur les coups de 22 ans, c’est-à-dire il y a 20 ans. Je voulais jouer des choses un peu plus agressives, j’aimais bien la musique un peu plus violente que ce que j’entendais autour de moi et que ce qu’on me faisait jouer. Je faisais pas mal de séances et de Jazz à l’époque et j’étais surtout branché sur ces trucs plus violents et qui déménageaient un peu plus. Je me suis dit que ce serait plus facile de trouver ce genre de projets aux Etats-Unis, donc j’ai déménagé. J’ai joué dans pas mal de groupes, j’ai entrepris, j’ai joué de la variété et des conneries comme ça jusqu’au jour où j’ai essayé de mettre ce projet en route. J’avais cette musique en tête de rock punk un peu violent avec des mesures asymétriques. J’ai parlé à pas mal de musiciens que je connaissais à LA qui étaient très intéressés. On a commencé à jammer, mais c’était pas encore vraiment ça. Puis un jour, j’ai commencé à jammer avec ce gars que je connaissais par l’intermédiaire d’un de mes meilleurs amis, Laurent, qui est aussi Français, probablement le seul musicien français avec qui j’ai joué à LA depuis que j’ai bougé. On s’est bien entendus, le projet correspondait aussi à ce qu’il avait en tête aussi et c’est comme ça que tout a démarré pour Wakrat.

La rythmique de Wakrat comporte un certain nombre de signatures rythmiques asymétriques. Est-ce un élément né d’une vision artistique spécifique ou alors une partie intégrante et naturelle de ton jeu ?
Au départ, étant batteur, le fait de pouvoir jouer des signatures rythmiques atypiques était un fantasme pour moi. En fait tous les riffs et toute l’écriture est basée sur des idées rythmiques. C’est la base de l’écriture. Je sors une base rythmique et des idées de riffs que Laurent tourne ensuite à sa sauce. Et par-dessus, toutes les mélodies viennent finalement de la basse. Ce qu’on faisait à la base était très mécanique et électrique. C’est devenu beaucoup plus mélodique depuis que Tim est dans le projet. J’aime beaucoup The Prodigy et leur côté Electro/Punk avec des sons bizarres et des rythmes en l’air, et j’aimais bien l’idée de retranscrire ça avec des vrais instruments. J’aime beaucoup les rythmiques asymétriques parce que ça donne “coup de fouet”. Au lieu d’avoir cette monotonie du 4/4, t’as une part d’inattendu qui fait “paf!” et ça repart ! Comme un coup de fouet dans la tronche. Ça me plaît, mais c’était pas voulu au départ. On s’est retrouvés avec des mesures asymétriques sans s’en rendre compte.

Est-ce que les idées principales sont nées de Jams ou alors d’idées rythmiques que t’as travaillées et apportées de ton côté ?
Les trois-quarts des rythmes sont des idées qui me sont venues comme ça. Je me réveille un matin avec un rythme en tête. On teste ça en studio, Laurent essaye de mettre des trucs par-dessus et on discute. C’est vraiment un travail d’équipe. Tout le monde y apporte un truc, c’est ce qu’il y a de génial dans le groupe. Il y a un travail collectif qui est énorme, je n’ai jamais vécu quelque chose comme ça avant. Ça fait des années qu’on joue tous et aucun d’entre nous n’a connu ça. Chacun apporte un angle vraiment différent et c’est ce qui crée le son unique du groupe. Après, t’as toujours des gens qui vont trouver des influences : on m’a parlé de Helmet, de Fugazi. Helmet, c’est un groupe que j’adorais au début des années 90, je les trouve incroyables, Tim adore aussi. Après j’écoute surtout du Jazz de la fin des années 50 à la fin des années 60, c’est ce que j’écoute principalement. Bizarrement, c’est cette musique qui m’inspire à faire des choses comme ça.

Bien qu’étant principalement centrés sur des points de vue personnels, les paroles semblent faire écho à des sujets socio-politiques. De quoi se nourrit cette énergie qui inspire votre son ?
Le son à proprement parler est né de la collaboration entre nos 3 personnalités, c’est pas vraiment réfléchi. Pour ce qui est des paroles et de l’aspect politique, c’est complètement Tim. Je sais que Laurent est assez branché politique aussi, lui et Tim sont assez d’accord sur quelques idées, mais ils ont des opinions différentes sur d’autres. Tim est très très politique par rapport à son passé. Je ne vais pas cacher que je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’il dit, notamment sa manière d’attaquer les Etats-Unis, qui est le pays que j’ai choisi et que j’adore même si Tim n’a pas tort sur certaines choses. Tout ce qui est paroles, c’est Tim en tout cas. Comme j’ai toujours dit, il ne m’a jamais dit quoi jouer donc je ne lui dirai jamais quoi écrire, ça fait partie de son expression, de ce qu’il a envie de dire et de la beauté de ce projet. On fait absolument ce qu’on a envie de faire et si ça plaît tant mieux, si ça ne plaît pas tant pis. Ce projet est un fantasme. Tim a des choses à dire et je ne m’opposerai jamais à ça. Il a quelques idées dont je ne me sens pas proche mais je les respecte. Je suis content d’avoir mis en place une plateforme sur laquelle il peut s’exprimer et en parler.

Je me suis également demandé pour le coup l’origine et l’idée derrière le titre “La Liberté ou la Mort” au sein d’une tracklist et de paroles en anglais…
En fait, c’est un titre qu’on a gardé. C’est un titre que j’avais composé avec Laurent, le deuxième qu’on a écrit ensemble. La rythmique de batterie avec les charleys me faisaient penser à une lame de guillotine, on se marrait avec ça avec Laurent. On parlait révolution et en déconnant, on a appelé le titre La Liberté ou la Mort en se disant qu’on le changera plus tard. Au final ça allait avec les paroles et Tim adorait l’idée d’avoir un titre en français donc on l’a gardé. Donc au départ ça partait de Laurent et moi qui déconnions par rapport au son. Il y a quelques titres comme ca, t’en a pas mal qui ont changé mais on en a gardé 2 ou 3 comme ça. T’as aussi “Nail in the Snail” qui sort d’un truc comique entre Laurent et moi. On était en train de bouffer des escargots et Laurent était en train de fixer des trucs au mur et en gros, je lui ai dit en anglais “Fais gaffe, ce serait dommage qu’on retrouve un nail in the snail”. Ça nous a fait rigoler et il se trouvait qu’on était en train d’écrire ce titre. Encore une fois, c’est resté parce que tout le monde aimait comment Ça sonnait.

Et pour The Thing, serait-ce en référence au film ? À Heidegger ?
Non alors en fait The Thing, c’est comme ça que j’appelle ma femme (Rires), “La Chose”! C’est devenu une blague. Encore une fois, avant d’avoir les paroles, on avait le titre. Après avoir écrit les paroles, on a changé le titre. On avait fini et mixé tout l’album et Tim est revenu vers nous pour dire “J’adore The Thing ! Ça va très bien avec les paroles et je trouve que c’est bien plus intéressant que l’autre titre”. C’est un peu con de te répondre ça, c’est un peu moins intello que ce à quoi tu t’attendais (rires).

Est-ce qu’elle l’a bien pris au moins ?
Elle rigole. Il n’y a pas plus peinard et encourageant. Elle en rigole. Au final, c’est vrai que c’est pas super positif, mais les paroles ne parlent pas d’elle. Ça la fait sourire. On avait tout fini et c’est Tim qui a insisté pour qu’on garde le titre The Thing. Il a d’ailleurs demandé si ma femme n’allait pas être vexée, il avait peur qu’elle le prenne personnellement parce qu’il sait que je l’appelle the Thing. Elle s’en fout.