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WESENWILLE
Black metal urbain

Sincèrement, rares sont les nouvelles formations Black Metal qui nous font encore hérisser les poils en 2021. Pourtant, ce surprenant duo hollandais originaire d’Utrecht y réussit avec brio et intelligence grâce à son excellent second opus. Réunissant deux musiciens déjà expérimentés sur la scène Métal du plat pays, Wesenwille insuffle un certain vent de fraîcheur dans son Black froid et féroce à l’approche sociologique… [Entretien intégral avec Ruben Schmidt (guitare, basse, chant) et David Schermann (batterie) par Seigneur Fred – Photos : DR]

Pouvez-vous tout d’abord simplement vous présenter s’il-vous-plaît ?
Bonjour Fred, merci de nous recevoir dans ton magazine. Nous sommes Ruben (basse / guitares / chant) et David (batterie) du groupe néerlandais Wesenwille. Vous nous connaissez peut-être déjà indirectement grâce à notre travail avec des groupes comme Glorior Belli, Verwoed, Wrang, Grafjammer et Verval entre autres.

Nous ne vous connaissons pas encore très bien Wesenwille pour l’instant à vrai dire, mais j’espère que les choses vont beaucoup changer pour vous avec ce nouvel et deuxième album II : A Material God. Alors, pourriez-vous résumer Wesenwille et votre musique que vous concevez en tant que binôme ? D’où provient le nom du groupe et que signifie-t-il exactement ? C’est du néerlandais ?
Merci. Nous l’espérons aussi. Nous travaillons dur pour diffuser notre musique à travers les frontières néerlandaises. En effet, vous nous avez peut-être manqué auparavant, ce qui pourrait être dû au fait que nous n’avons pas encore pu jouer de concerts en France. Mais pas de soucis, nous prévoyons de venir à votre rencontre en mai 2021 pour jouer au LADLO Fest II à Nantes [NDLR : évènement reporté malheureusement en mai 2022] ! Et oui, Wesenwille est un groupe de deux hommes. Nous avons commencé en trio en 2013, mais continuons avec nous deux seulement après avoir sorti notre premier album (I: Wesenwille sur un CD digipak via Redefining Darkness Records (USA)). Wesenwille est notre vision en quelque sorte du côté peu orthodoxe et dissonant du Black Metal. Cela pourrait vous évoquer des groupes comme Svartidauði, Svart Crown, Ulcerate, Deathspell Omega – pour ne citer que quelques-unes de nos influences… Wesenwille est un concept inventé par le sociologue allemand Ferdinand Tönnies pour décrire ce qu’il appelle la « volonté naturelle ». Équilibré avec le « Kürwille », c’est-à-dire son opposé en plus égocentrique, Tönnies déclare que ces types de volonté détermineront les formes de communauté ou de société dans lesquelles les humains vivent. Nos thèmes lyriques se concentrent généralement sur les aspects des interactions humaines dans notre époque moderne.

De prime abord, l’univers ou plutôt le concept lyrique de Wesenwille est très froid, industriel et lié à l’urbanisme qui nous entoure dans nos grandes métropoles. C’est gris, sombre… Il semble s’inspirer de l’industrialisme, de la dystopie et de l’avenir sombre dans un avenir fermé, comme nos sociétés contemporaines où nous vivons, n’ai-je pas raison ?
Tu as partiellement raison. Nous sommes généralement inspirés par la modernité, par le développement de la technologie et des structures sociétales et leur effet transformateur sur les interactions sociales humaines. On pense ainsi à l’individualisme croissant, à sa décadence, à la marchandisation de l’Homme, etc. Notre musique se concentre sur la création de contrastes saisissants, et cela correspond très bien à ces temps et thèmes modernes, comme nous le voyons. Nous essayons de ne pas trop nous concentrer sur une seule émotion cependant, mais d’incorporer des thèmes sombres et négatifs ainsi que des thèmes plus euphoriques et lumineux – tout ce qui ira de pair avec la musique que nous écrivons.

Sur certaines introductions de chansons ou sur des passages (« The Descent », « Ritual », la pause au milieu de la chanson-titre, « Ruin »…), on peut entendre des paroles narrées, peut-être extraites de films de cinéma ?? Je pense à des œuvres comme Metropolis, Les Fils de l’homme avec Clive Owen (en V.O. Children of Men), Dark City ou Blade Runner, plus futuristes. Sont-ils des sources d’inspiration, par exemple dans vos chansons, peut-être, la fiction rejoignant la réalité dans notre monde décadent de nos jours ? Ou bien la littérature (livre de Ferdinand Tönnies Gemeinschaft und Gesellschaft) ont pu aussi vous inspirer ? Ou alors les deux : cinéma et littérature ? (sourires) Parlez-moi de votre concept en fait… !!
Exactement, nous utilisons parfois des échantillons dans nos chansons pour créer des effets plus dramatiques. Les paroles de Wesenwille elles-mêmes sont inspirées d’expériences et d’événements tirés du monde qui nous entoure, mais pas vraiment d’œuvres de fiction. Cela étant dit, les films que tu nommes sont vraiment géniaux, et pourraient certainement être une source d’inspiration à un moment donné pour nous…

Pensez-vous que la crise que nous vivons tous maintenant à cause de cette pandémie de Covid-19 révèle les symptômes de nos vies sociales et provoque encore plus d’individualisme que jamais dans notre société ou au contraire une certaine réaction avec de nouveaux élans de solidarité sociale ? Cette situation actuelle vous inspire-t-elle surtout en ces temps difficiles (beaucoup de morts chaque jour dans les hôpitaux et établissements spécialisés en gériatrie, crise économique et sociale, culturelle…) ?
Nous avons en fait terminé le travail sur II : A Material God bien avant que la pandémie ne frappe. Nous avons travaillé sur du nouveau matériel tout au long de l’année 2020, mais rien de tout cela n’a été vraiment inspiré par la pandémie elle-même en fait. Bien sûr, nous devons probablement être influencés d’une manière ou d’une autre, car nous n’avons jamais été obligés ou contraints de vivre ce type de vie depuis si longtemps. Au total, cette crise nous a donné beaucoup de temps pour travailler sur de nouvelles musiques, d’autres projets, pour réfléchir à nos projets d’avenir, etc. Mais de manière générale, nous ne qualifierions pas cette situation inspirante en elle-même. Bien que vivre la vie à un rythme plus lent pendant un certain temps ne soit pas mal du tout en même temps…

Dans votre bagage musical, certains d’entre vous ont joué dans différents groupes de Métal extrême hollandais dans le passé, comme Grafjammer, Verval, Weltschmerz, Wrang, Tetelestai, Apotelesma, etc. Tout cela vous a aidés je suppose pour composer et écrire ce nouvel album de Wesenwille, non ? En fait, vous n’êtes plus des débutants dans la scène musicale Métal donc ?! Comment avez-vous rassemblé et mélangé toutes vos influences musicales issues de votre background afin de créer votre musique pour Wesenwille que nous pourrions définir comme du Black Metal moderne et urbain, en quelque sorte, si vous êtes d’accord pour cette description bien sûr ?
Black Metal avec une approche moderne, ou Black Metal peu orthodoxe, ce sont deux exemples de descriptions qui sont, oui, assez correctes mais en même temps ne couvrent pas complètement ce qu’est Wesenwille selon nous. Nous ne sommes en effet pas des débutants dans le monde du Métal, nous sommes là depuis un certain temps avec différents groupes et projets. En plus de Wesenwille, nous avons travaillé ensemble avec Wrang et Iron Harvest. Puis nous nous sommes rencontrés lors de concerts avec d’autres groupes (Weltschmerz et White Oak), c’était probablement vers l’année 2012… Disons que nos autres groupes ne sont pas des influences directes sur la musique de Wesenwille. On essaie vraiment de faire quelque chose de différent dans ce groupe, mais en même temps, jouer dans d’autres groupes a fait de nous les musiciens que nous sommes aujourd’hui. La plupart des idées et les influences que nous pourrions utiliser pour d’autres projets ne se chevauchent pas vraiment avec Wesenwille. C’est, bien sûr, aussi la raison pour laquelle nous jouons dans différents groupes. Nous apprécions différentes formes de Métal (extrême), et chacun de nos groupes a son propre style, direction musicale, objectifs, etc.

Sur votre nouvel album intitulé II : A Material God, on peut aussi trouver et écouter d’autres influences musicales comme le Métal industriel, le Dark Metal, et le Black ou le Death Metal dissonnant avec des groupes comme Dark Fortress, Deathspell Omega, Ulcerate par exemple mais toujours avec vôtre toucher ou propre style ! Tout cela crée Wesenwille et matérialise votre musique. Comment avez-vous travaillé et abordé le travail d’écriture et de composition pour A Material God, deux ans après votre album éponyme car le résultat est généralement très intense et complexe ici ? Vous vouliez atteindre la perfection dans vos nouvelles compositions ? (sourires)
Deathspell Omega et Ulcerate sont définitivement des influences pour nous ! Mais nous ne sommes pas trop « chez nous » dans les domaines du Métal indus et sombre, pour être honnête. Tu remarqueras que nous avons incorporé quelques influences de Death Metal sur notre nouvel album, ce que nous n’avons pas vraiment fait lors de notre premier album I : Wesenwille. Lors de la création de cet album, nous avons passé environ cinq ans à essayer différentes choses et à travailler lentement vers le créneau musicak avec lequel nous nous sentions à l’aise. Pour II : A Material God, le processus fut différent. Mais ce fut plus facile d’une certaine manière, parce que nous avions une bien meilleure idée de ce que nous visions comme objectif avant même de commencer à écrire la musique. Notre processus d’écriture commence maintenant par décider au départ quel type d’album nous voulons concevoir et réfléchir sur notre travail passé ; quelles influences allons-nous tirer de notre dernier disque, ce qui a bien fonctionné, quelles idées voulons-nous laisser derrière nous, etc. Nous ne commençons pas simplement à écrire de nouveaux morceaux au hasard et à voir ce qui se passe. Bien sûr, la plupart des idées réelles n’apparaîtront qu’au cours du processus d’écriture de la chanson et pourraient changer notre première vision de départ, mais en général, nous pensons qu’il est bon de prendre le temps de planifier à l’avance au lieu de commencer à écrire des riffs et des chansons au hasard en s’éparpillant. Une fois que l’on a décidé dans quelle direction aller, Ruben écrit les riffs à la guitare et construit les squelettes des chansons. David apporte ensuite des idées pour des parties de batterie et des adaptations aux structures des chansons. Nous laissons souvent les choses se reposer pendant un certain temps après cela, ce qui nous aide à revenir au processus d’écriture avec une nouvelle perspective. Cela aide vraiment à empêcher la vision façon tunnel, quelque chose que beaucoup de musiciens doivent connaître… Ruben revisite ensuite les chansons, et nous répétons le processus ci-dessus jusqu’à ce que nous soyons tous les deux aussi satisfaits que possible du déroulement général de l’album. Nous passons ensuite à la pré-production de l’album entier, où les chansons se rejoignent vraiment. C’est la dernière phase avant les enregistrements proprement dits, et va de pair avec l’écriture des paroles et la démo des structures vocales, dont Ruben se charge.

Et comment s’est déroulé le processus d’enregistrement avec John-Bart (JB) van der Wal dans son home studio ? Était-ce la première fois que vous travailliez avec lui ? Joue-t-il aussi sur le nouvel album ? La production sonore est tellement géniale et si lourde et claire !!
Nous sommes très, très satisfaits du son de cet album. Heureux d’apprendre que tu apprécies également avec ce côté lourd, oppressant, mais vif et clair à la fois, c’est exactement ce que nous avions en tête en travaillant dessus, en fait ! JB van der Wal avait également mixé et masterisé notre premier album. Bien qu’il ne joue sur aucun de nos albums, David et JB jouent ensemble car ils sont tous les deux membres live du groupe Verwoed (un autre grand groupe d’Utrecht – regardez-le !). Par rapport à notre premier album, cette fois JB a été impliqué dans le processus d’enregistrement dans son ensemble, ce qui était essentiel pour le son de II : A Material God. Nous avons d’abord enregistré la batterie avec JB à Amsterdam (studios RPM), puis nous nous sommes réunis dans son studio à Groningen pour travailler plus tard sur le son des guitares et mélanger des idées pour l’album dans son ensemble. Après avoir travaillé avec JB auparavant et comparé le son avec notre premier disque I : Wesenwille, il nous a été très facile de repérer les choses que nous voulions changer, et ça, JB l’a très bien compris. Alors oui, on est vraiment satisfait du processus d’enregistrement dans son ensemble.

Parfois, je trouve des points communs avec le célèbre groupe norvégien Emperor, peut-être avec une approche plus moderne maintenant, bien sûr, vingt-cinq ans plus tard et sans les claviers, mais j’ai trouvé la même ardeur et le même sentiment dans votre puissance artistique sur A Material God, dans les harmonies aussi et la folie de vos chansons. Êtes-vous d’accord ? Emperor a-t-il peut-être une énorme influence sur vous durant votre jeunesse ?
Anthems to the Welkin at Dusk et IX: Equilibrium sont des albums qui auraient pu influencer II : A Material God. Et nous avons certainement écouté ces albums en entrant dans le Métal extrême, et tout spécialement dans le Black Metal à l’adolescence. Nous n’essayons pas vraiment d’incorporer consciemment les influences d’Emperor, mais tu n’es cependant pas du tout le premier à faire la comparaison musicale avec Wesenwille, il doit donc y avoir du vrai !

Enfin, quels sont vos projets pour 2021 ? Êtes-vous optimiste pour l’avenir et l’avenir de Wesenwille, ou restez-vous silencieux maintenant, en attendant de voir ce qui se passe, et espérez-vous des jours meilleurs à la maison et en studio alors ?
Nous sommes définitivement optimistes et nous tirons le meilleur parti de toute mauvaise situation. On se prépare pour un retour sur la scène live depuis un moment maintenant. Il y a d’abord notre participation au festival chez nous aux Pays-Bas à l’édition spéciale 2021 du Festival Roadburn Redux mi-avril, et nous croisons actuellement les doigts pour que le LADLO Fest II qu’il se produise ! [NDLR : le festival français à Nantes organisé par le label Les Acteurs de l’Ombre Productions a été annulé pour cette année et reporté à 2022 entre-temps] En même temps, on continue à travailler sur du nouveau matériel et d’autres projets passionnants pour l’avenir, quelle que soit la façon dont la pandémie évoluera… Merci d’avoir pris le temps de préparer cette interview, portez-vous bien à Metal Obs et venez voir notre concert au LADLO Fest II plus tard cette année ou en 2022 !

CHRONIQUE ALBUM

WESENWILLE
II : A Material God
Black Metal
Les Acteurs de l’Ombre Prod.

Si le terme Wesenwille peut sembler à première vue éloigné des sphères Black Metal, le groupe possède une approche lyrique pour le moins originale mais qui colle parfaitement au caractère froid et misanthropique du genre en fin de compte : « Wessenwille s’inspire du concept inventé par le sociologue allemand Ferdinand Tönnies pour décrire la « volonté naturelle » nous confie son chanteur quant à l’origine du mot. « Équilibré par son opposé « Kürwille » plus égocentrique, Tönnies déclare que ces deux types de volonté déterminent les formes de communauté ou de société dans lesquelles les humains vivent. Nos thèmes lyriques se concentrent généralement sur des aspects des interactions humaines dans notre époque moderne ».  Voilà une perspective lyrique intellectuelle et plutôt originale dénonçant ici notre uniformisation dans nos sociétés contemporaines où l’individu est effacé au profit du groupe dont il fait alors partie, oubliant ses désirs et volontés pour s’épanouir en tant qu’individu.

Musicalement, nos Bataves n’en sont pas à leurs premiers faits d’armes et cela s’entend nettement sur ce très solide A Material God produit aux petits oignons par JB van der Wal (Dool, Lugubre, ex-Aborted) et à la performance technique maîtrisée : « Tu nous connais peut-être déjà par nos différentes œuvres avec des groupes comme Glorior Belli (live), Verwoerd, Wrang (live), Graf Hammer et Verval entre autres… » lorsque l’on fait davantage connaissance avec ses membres forts de leur background.

Les neuf compositions de ce nouvel album nous convainquent donc totalement, que ce soit au niveau technique, vocal (les screams rappelant ceux d’Ihsahn), tout en variant les ambiances (le mélancolique « Ruin », ou « The Descent », qui, une fois passé son sample narratif en intro, les guitares aux riffs dissonants vous attaquent alors que la batterie pilonne). On pense souvent à la furie d’Emperor à ses débuts mais sans aucun clavier paradoxalement : « Anthems to the Welkin at Dusk et IX: Equilibrium sont des albums qui ont pu influencer II: A Material God. On a certainement écouté ces albums en découvrant le Métal extrême à l’adolescence. Cependant, nous n’essayons pas vraiment d’incorporer consciemment les influences d’Emperor, mais tu n’es pas le premier à faire la comparaison musicale avec Wesenwille, donc il doit y avoir du vrai ! (sourires) ». [Seigneur Fred]