Fondé du côté d’Örebro au centre de la Suède, loin des modes des capitales du Métal que sont Stockholm et Göteborg, Wolf a mine de rien déjà publié pas moins de huit jolies bombes de Heavy Metal en l’espace de vingt-cinq ans de carrière dont la petite dernière qui s’est fait désirer : Feeding The Machine. Six ans après Devil Seed, il était temps pour son leader de relancer la machine… [Entretien avec Niklas Stålvind (guitare/chant) par Seigneur Fred – Photo : Therés Björk – stephansdotter.com]

Pourquoi un tel délai depuis la sortie de votre précédent album studio Devil Seed en 2014 ? Qu’avez-vous fait durant ces six dernières années ? Vous étiez très occupés, je présume…
Eh bien ! Nous avions tous des emplois à temps plein pendant cette période, et aussi des familles ! En plus de cela, nous avons fait pas mal de tournées, des festivals et d’autres concerts un peu partout. C’est ça la réalité, ce qui rend le processus de création d’un nouvel album plus long. J’ai écrit pour l’album et faisais des démos de chansons durant une période de trois ans qui s’est terminée en 2018. Le plan était d’enregistrer le plus tôt possible, mais Simon Johansson, notre guitariste à mes côtés dans Wolf, n’avait pas fini de construire son incroyable studio, le SolnaSound Recording ici en Suède. Nous avons commencé par enregistrer la batterie en décembre 2018 et l’album a finalement été enregistré un an plus tard. Mais il y avait toujours tout un tas de choses qui survenaient tout le temps. C’était frustrant à force, c’est le moins qu’on puisse dire, mais nous avons finalement réussi à sortir l’album sans nous faire virer de nos emplois respectifs ! Ah ah ! (rires)

Dans le passé, vous avez tourné avec la légende de la NWOBHM qu’est Saxon mais aussi avec des groupes allemands de Speed​​/Thrash tels que Tankard, également avec le groupe britannique Evile, ou bien les Américains de Trivium. Selon toi, penses-tu que toutes ces concerts, en particulier le fait de jouer en première partie de Trivium ou Saxon, ont pu enrichir votre créativité et vous influencer sur le processus d’écriture et de composition de votre nouvel album studio Feeding The Machine d’une certaine façon car il est très Heavy et en même très varié ?
Non pas du tout. Faire des tournées avec d’autres groupes est génial car tu te fais de nouveaux amis et contacts. Parfois, on acquiert de nouvelles idées plutôt sur la façon de gérer les choses sur scène et hors scène, techniquement, en voyant d’autres groupes évoluer, et en passant du temps avec eux personnellement. Mais en ce qui concerne la musique, non, ils ne nous ont pas influencés plus que toute autre musique que nous écoutons. J’avais un objectif en écrivant pour ce nouvel album. Je voulais le diversifier et vraiment écrire un album, tu sais, avec une vision holistique, globale, pas seulement une collection de dix chansons.

Feeding The Machine sonne donc comme le résultat d’un mélange très puissant de Heavy Metal old school et de Speed​/Thrash Metal moderne, chaque titre étant mélodiquement accrocheur. Comment vois-tu les choses maintenant que les dés sont jetés et qu’il sort par rapport à tes principaux objectifs définis avant l’enregistrement ?
J’aime cette description et je suis tout à fait d’accord. Nous jouons le genre de musique que nous aimons nous-mêmes, qui est tout bonnement du Métal old school. Mais nous ne nous sommes jamais vus comme un vieux groupe, rétro, tu vois le genre, essayant de sonner exactement comme 1984, enfin tu vois ce que je veux dire… (rires)

Quelle est cette « machine » que vous devez tant nourrir mentionnée dans le titre de votre nouvel album ? Est-ce une métaphore ici par rapport à vous-même ?
Oui, en fait je pensais aux médias sociaux quand je l’ai écrit, mais c’est une chanson très ouverte qui peut être interprétée de différentes manières… C’est ce que j’aime avec les chansons, chacun est libre de la manière de se l’approprier. J’ai déjà entendu d’autres points de vue intéressants jusqu’ici, qu’il s’agit du consumérisme dans notre société moderne et de la façon dont nous nous détruisons nous-mêmes et notre planète en consommant les choses matérialistes que nous chérissons tant. Certaines personnes interprètent la chanson-titre en lien avec la toxicomanie, ou sur tout type de dépendance, vraiment c’est très ouvert. Je pense que d’une façon ou d’une autre, nous alimentons tout le temps toutes sortes de machines. Et il est impossible de ne pas se nourrir de la machine, à moins de vivre en dehors de la société, seul au monde, sur un rocher. (rires)

WOLF Feeding The Machine (artwork)

Wolf possède toujours des artworks originaux et très colorés pour ses albums, les rendant très attractifs. Pour la couverture de Feeding The Machine, comment pourrais-tu nous la décrire avec tes propres mots pour rejoindre cette idée de « nourrir la machine » évoquée ici ?
J’ai discuté de tout l’album avec Thomas Holm, l’illustrateur qui a peint la pochette. Nous sommes allés assez en profondeur sur le contenu, comme nous le faisons habituellement lorsque nous parlons finalement et revenons après des années de silence. (rires) Le résultat que vous voyez est son interprétation, ou son point de vue. C’est comme la chanson-titre « Feeding The Machine » : elle peut être interpréter de différentes manières… Je pense que son œuvre a apporté une autre dimension aux chansons. Mais je préfère ne pas essayer d’expliquer trop les choses en détail. C’est de l’art. Utiliser la logique et les mots ne permet pas toujours d’expliquer cela. Cela reste très subjectif. La question est plutôt : quand vous regardez la pochette de Feeding The Machine, que voyez-vous ? Et surtout que ressentez-vous ?

Peut-on affirmer en fait que Wolf est aussi une machine dans un certain sens, une machine de Heavy Metal ? (sourires) Si oui, de quoi avez-vous besoin pour la nourrir, alimenter votre passion de la musique, professionnellement et personnellement ? Quel est ton carburant ou la source d’énergie du groupe depuis 1995 ?
Ma pure passion pour la musique ! Moi, je ne sais pas ce que je ferais sans. La musique a toujours été une grande partie de moi depuis que je m’en souvienne. J’ai commencé par être batteur, en utilisant des seaux à l’envers et des casseroles de cuisine étant petit, toujours encouragé par mon père, ha ha ! (rires) En plus, tu développes également une relation spéciale avec les fans et vous sentez une sorte de responsabilité envers eux. Nous faisons de la musique pour nous-mêmes, mais aussi pour nos fans, mais jamais les critiques des médias, désolé ! (rires) Je ressens le besoin de continuer à écrire de nouvelles chansons pour nos fans. Le côté le plus sombre de mon écriture est peut-être le carburant le plus important chez moi. Nous avons tous des ténèbres en nous, à l’intérieur, et nous sommes capables d’un grand mal, en tant qu’êtres humains. Ma façon d’y faire face est à travers la musique. Je pense que c’est pourquoi de nombreuses têtes en Métal sont les plus belles personnes que vous puissiez espérer rencontrer. Nous utilisons le Heavy Metal pour canaliser nos énergies maléfiques.

Vous venez d’Örebro au centre de la Suède contrairement à la majorité des formations suédoises de Métal provenant de la capitale Stockholm ou Göteborg. Penses-tu que cette situation géographique a permis à Wolf de créer son propre style ? Ou au contraire, ne crois-tu pas que cela a pu ou peut encore être un obstacle de nos jours dans la carrière et l’évolution de Wolf depuis sa fondation en 1995 ? Vous ne vous sentez pas isolé parfois ?
En fait, les trois autres membres vivent maintenant à Stockholm, mais de mon côté je vis dans la forêt, à l’extérieur d’un petit village. Je me sens parfois un peu isolé, oui, mais j’aime l’environnement calme. Cela facilite la concentration de mon cerveau hyperactif. Et oui, nous sommes originaires d’Örebro, une petite ville par rapport à Göteborg ou Stockholm. Mais en fait, je ne pense pas que cela ait beaucoup compté car Internet est arrivé quand nous avons commencé à sortir nos albums. Il est plus facile de communiquer de nos jours que dans les années 80 et 90.

A propos des autres membres du groupe, derrière les fûts, votre nouveau batteur n’est autre que Johan Koleberg. Il est arrivé au sein de Wolf l’an dernier et est connu pour avoir joué dans Therion dans le passé, Anima, Hammerfall, etc. et avec bien d’autres groupes de Métal célèbres. D’après toi, qu’a-t-il apporté à Wolf et notamment sur ce nouvel album Feeding The Machine parce qu’il a beaucoup d’expérience très variée au sein de la famille musicale qu’est le Métal et ses divers styles (mélange de musique classique et de Métal avec Therion par exemple) ?
J’adore sa contribution au sein de Wolf, ce qui pour moi est très important. L’album était déjà écrit et enregistré lors de son arrivée. Nous avons et venons d’enregistrer à nouveau la batterie car il voulait faire partie intégrante du groupe alors que l’ancien batteur Richard Holmgrem, non. Le résultat m’a vraiment époustouflé. Cela sonnait comme j’avais imaginé les chansons dans ma tête. Il sait quand garder un groove et quand vraiment devenir fou sur la batterie ! (rires)

De même à présent à propos de l’autre nouveau venu : le bassiste Pontus Egberg (Mercyful Fate…), comme Johan Koleberg, a-t’il pu être impliqué dans la composition et l’écriture des nouvelles chansons sur Feeding The Machine ? Quelles choses ont pu être apportées par ses services ?
Comme je l’ai dit, les chansons étaient déjà écrites avant mais je pense que sa contribution à l’album fut énorme tout comme ce le fut pour notre batteur Johan. Ils ont tous les deux véritablement donné vie aux chansons. C’est bien simple : ils ont dépassé mes attentes. J’adore d’ailleurs les lignes de basse et les parties de Pontus !

Et qui a produit ce nouveau disque Feeding The Machine : Fredrik Nordström ? L’as-tu enregistré en Suède ?
C’est Simon Johansson, notre autre guitariste, a produit l’album dans son nouveau studio, SolnaSound Recording, en Suède donc. Mike Weed était également là pour aider et j’ai enregistré beaucoup de choses par moi-même dans le studio de Simon. L’album a été mixé cependant par Fredrik Nordstöm au Studio Fredman. Nous sommes allés là-bas pour travailler avec Fredrik pour les touches finales.

Enfin, question plus sérieuse et peut-être plus personnelle : comment te sens-tu  pour cette nouvelle tournée européenne dans ce contexte de pandémie mondiale de « virus Corona » ? En plus, vous commencez tout juste à jouer en Grande-Bretagne, il me semble… (NDLR : interview réalisée le 07/03/2020 avant l’annulation des concerts et du confinement général dans la plupart des pays européens et dans le monde pour cause d’épidémie de corona virus)
Oui, nous avons tout juste commencé au Royaume-Uni, d’abord en Angletter et là en Irlande, puis nous nous dirigeons vers l’Europe continentale. En ce moment, je suis justement sur le ferry pour l’Irlande pour le spectacle de Dublin. Je ne m’inquiète pas trop pour le virus Corona en ce moment. J’essaie de faire preuve de bon sens et de me laver les mains régulièrement, etc. On croise cependant beaucoup de gens avec des masques … Si nous l’attrapons, nous le traiterons sérieusement comme il se doit !

=> Lire la chronique de l’album Feeding The Machine (Century Media-2020)